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Ottawa « prêt à faire tout son possible » pour Asia Bibi, détenue au Pakistan

Une femme recouverte d'un voile à motifs couvrant tout sauf ses yeux est assise aux côtés d'un homme portant lunettes et veston.

Photo d’archives de novembre 2010 : le gouverneur du Pendjab au Pakistan Salman Taseer et Asia Bibi. M. Taseer a été assassiné un mois et demi plus tard parce qu’il se serait opposé à la loi condamnant le blasphème.

Photo : The Associated Press

Radio-Canada

Pour assurer la sécurité d'Asia Bibi et de sa famille, le Canada se dit prêt à prendre « toutes les mesures nécessaires », a déclaré la ministre canadienne des Affaires étrangères Chrystia Freeland, mardi. Acquittée après avoir été condamnée à mort pour blasphème, cette Pakistanaise réclame l'asile politique au Canada, au Royaume-Uni ou aux États-Unis.

Un texte d'Anne Marie Lecomte

La vie d'une femme et celle de sa famille sont en jeu, selon la ministre Freeland, qui exhorte le gouvernement du Pakistan à assurer la sécurité d'Asia Bibi, de son mari et de ses enfants.

Le sort de cette chrétienne, condamnée à mort en 2010 pour avoir bu de l'eau dans un puits réservé aux musulmans, demeure incertain. La Cour suprême du Pakistan l'a acquittée mercredi dernier; malgré tout, la Pakistanaise reste emprisonnée à Multan, dans la province du Pendjab.

Mme Freeland a commenté la situation d'Asia Bibi lors d'une conférence de presse tenue à Montréal, au terme d'une rencontre avec Federica Mogherini, haute représentante de l’Union européenne (UE) pour les Affaires étrangères et vice-présidente de la Commission européenne.

Lorsqu'il lui a été demandé si le Canada était prêt à donner asile à Mme Bibi et à ses proches, la ministre n'a pas répondu directement, affirmant que cela représente « une préoccupation centrale » pour Ottawa.

« Je demande au président Donald Trump de nous aider à partir », a déclaré lundi le mari d'Asia Bibi, sollicitant du même souffle l'aide de la première ministre britannique Theresa May et du premier ministre Justin Trudeau.

« Le Canada, notre gouvernement, moi personnellement, le premier ministre, nous sommes très engagés dans cet enjeu depuis longtemps », a affirmé Mme Freeland.

C’est un travail diplomatique assez délicat, mais nous travaillons en étroite collaboration avec nos alliés sur cet enjeu.

Chrystia Freeland, ministre des Affaires étrangères du Canada

Une condamnation à mort pour blasphème

Béatrice Vaugrante, directrice générale d'Amnistie internationale, expliquait ainsi le contexte de cette affaire sur les ondes d'ICI Première, lundi : « Au Pakistan, surtout depuis les années 1980 – ça a été renforcé depuis – il y a une loi très vague, très générale et éminemment discriminante, qui permet à toute personne accusée de blasphème d'être arrêtée et condamnée. Dans ce cas, puisqu'on attaque le Prophète, ça veut dire condamnée à mort. »

Ulcérés par le verdict d'acquittement de la Cour suprême en faveur d'Asia Bibi, des milliers de musulmans sont descendus dans les rues au début du mois, paralysant l'activité dans le pays et entraînant la fermeture des écoles. Ces protestations étaient organisées par un parti politique virulent et en pleine croissance, le TLP, dont la mission première est de punir les blasphémateurs.

L'avocat d'Asia Bibi, Saif Mulook, se trouve désormais aux Pays-Bas parce que l'ONU et l'UE, craignant pour sa sécurité, l'ont contraint à quitter le Pakistan.

« Ils m’ont mis dans un avion contre mon gré, je leur ai dit que je ne quitterais pas le pays avant qu’Asia ne soit sortie de prison », a déclaré Me Mulook.

Deux femmes debout devant trois drapeaux de l'Union européenne et deux drapeaux canadiens.

La ministre des Affaires étrangères du Canada, Chrystia Freeland et la haute représentante de l’Union européenne (UE) pour les affaires étrangères et la vice-présidente de la Commission européenne, Federica Mogherini.

Photo : Radio-Canada

Le Canada, partenaire « crucial » pour l'UE

Chrystia Freeland et Federica Mogherini en étaient à leur deuxième réunion du comité ministériel formé dans la foulée de la conclusion de l'Accord économique et commercial global (AECG). Le premier s'était tenu à Bruxelles l'an dernier.

Puis, en septembre dernier, les deux femmes avaient coanimé la réunion des femmes ministres des Affaires étrangères à Montréal. Réunies de nouveau à Montréal mardi, Mmes Freeland et Mogherini se sont entendues pour dire qu'entre le Canada et l'UE, la relation est « plus étroite » et « plus forte » que jamais.

« Ce partenariat est crucial pour l’UE », a dit Mme Mogherini.

Nous sommes vraiment plus que partenaires, nous sommes vraiment des amis, et ça, c’est quelque chose d’important dans le monde d’aujourd’hui.

Federica Mogherini, haute représentante de l'Union européenne et responsable des Affaires étrangères et de la sécurité

Répression en Chine

Parmi les sujets abordés mardi par Chrystia Freeland et Federica Mogherini figurait la répression qu'exerce la Chine à l'encontre des Ouïgours.

Jusqu'à 1 million de Ouïgours et d'autres membres d'ethnies chinoises de langue turque sont ou auraient été détenus dans la région du Xinjiang, selon des estimations citées par un groupe d'experts de l'ONU.

La ministre canadienne des Affaires étrangères affirme avoir soulevé la question directement lors d'un entretien avec son homologue chinois au siège de l'ONU à New York, en septembre dernier.

Federica Mogherini affirme que l'UE aussi en a parlé directement avec Pékin. « Ça ne veut pas dire que nous avons des relations négatives avec la Chine, a-t-elle nuancé. Au contraire, récemment, nous avons assisté à un renforcement de notre partenariat avec la Chine. »

Mardi, à Genève, la Chine a fait l'objet de vives critiques dans le cadre de l'Examen périodique universel (EPU) prévu pour les 193 membres des Nations unies, qui doivent tous les quatre ans présenter le bilan de la situation des droits de la personne dans leur pays respectif. Le chargé d'affaires américain, Mark Cassayre, a affirmé que les États-Unis sont « alarmés par la répression croissante des autorités chinoises contre les Ouïgours, les Kazakhs et d'autres musulmans au Xinjiang ».

La délégation chinoise a rejeté la plupart des reproches reçus à l'ONU.

Une Canadienne retenue en Iran

La conférence de presse conjointe de mardi a aussi donné lieu à des questions sur l'Iran : Chrystia Freeland affirme que la priorité du Canada vis-à-vis de ce pays touche à la situation de Maryam Mombeini.

Ottawa demande la levée de l'interdiction de voyage dont est frappée Maryam Mombeini, veuve de l'universitaire irano-canadien Kavous Seyed Emami. Ce dernier est mort en prison à Téhéran, en février dernier, dans des « circonstances extrêmement douteuses », aux dires de Mme Freeland.

« Elle est canadienne, ses fils sont canadiens [...] et il n’y a absolument aucune raison pour laquelle Maryam Mombeini ne pourrait pas revenir à la maison, au Canada », a déclaré la Mme Freeland.

Nous tenons à ce que le gouvernement iranien résolve ce problème, a-t-elle déclaré en substance.

Avec les informations de The Guardian

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