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Des élèves de l’Ouest s’exilent pour étudier en français

Amélie Boutin (au centre) devra quitter sa famille si elle est acceptée à l'Université d'Ottawa l'an prochain.

Photo : Courtoise / Amélie Boutin

Radio-Canada

Il n'existe aucune université entièrement francophone à l'ouest du Manitoba. Cette réalité force de nombreux élèves de la Saskatchewan, de l'Alberta, de la Colombie-Britannique, du Yukon et des Territoires du Nord-Ouest à quitter leur milieu, simplement pour poursuivre leurs études postsecondaires en français.

Un texte de Marianne Meunier

Amélie Boutin est une Fransaskoise de 17 ans. L’an prochain, elle commencera ses études universitaires. « Je veux étudier en biologie et en éducation pour pouvoir enseigner la biologie dans le futur », dit-elle.

Non seulement Amélie a-t-elle dû réfléchir au programme d’études qui l’intéressait, mais elle a aussi dû s’assurer que ce dernier était offert en français.

« J’ai toujours étudié en français. Pour moi, c’est important de continuer à le faire. Évidemment, ce serait beaucoup plus facile de pouvoir étudier en anglais, parce qu’il y a une bonne université à Saskatoon, mais je veux étudier en français », explique la jeune Fransaskoise.

Le nombre d’établissements postsecondaires francophones étant limité dans l’Ouest canadien, Amélie a décidé d’élargir ses recherches aux universités francophones en Ontario, au Québec et au Nouveau-Brunswick.

Deux établissements ont retenu son attention : l’Université d’Ottawa et le Campus Saint-Jean, la seule faculté francophone de l’Université de l’Alberta.

« Je veux faire le programme des pages à Ottawa pour une année. Par la suite, j’aimerais venir terminer mes études à Edmonton, au Campus Saint-Jean », dit-elle.

Le programme des pages

Chaque année, 40 étudiants bilingues, inscrits dans l’une des quatre universités de la capitale nationale, sont choisis comme pages pour travailler à la Chambre des communes. Pour être admissible à ce programme, il faut notamment être bilingue et avoir une moyenne d’au moins 80 %.

« J’aurais pu décider de faire un baccalauréat en éducation à la Cité universitaire francophone, à Regina. Par contre, ce n’est pas vraiment une bonne option, puisque je veux aussi avoir une majeure en biologie. À Regina, tu peux seulement avoir une majeure en français », déplore Amélie.

Une situation fréquente

Plus de 300 élèves originaires de la Saskatchewan, de l'Alberta, de la Colombie-Britannique, des Territoires du Nord-Ouest et du Yukon ont été acceptés au sein de l’Université d’Ottawa en 2017.

« En parlant avec mes camarades de classe, je remarque qu’il y a beaucoup de personnes qui décident d’aller étudier en anglais parce que c’est plus facile pour eux. [Il y a aussi] des personnes qui sont dans le même bateau que moi et qui doivent déménager si elles veulent continuer d’étudier en français. C’est une réalité qu’on partage tous », raconte Amélie.

La question financière

Si elle est acceptée à l’Université d’Ottawa, Amélie devra quitter sa famille et ses amis pour aller s’établir à près de 3000 kilomètres de chez elle.

Partir si loin, cela demande du courage... et un budget. Si Amélie souhaite revenir auprès de sa famille pour les vacances des Fêtes, elle devra prévoir une enveloppe d’au moins 700 $, et ce, seulement pour payer son billet d’avion.

« C’est sûr que déménager pour aller étudier, c’est difficile parce qu’il y a des désavantages émotionnels et financiers. C’est beaucoup plus cher d’aller étudier ailleurs, entre autres, à cause des résidences », reconnaît Amélie Boutin.

À l’Université d’Ottawa, le prix d’une chambre individuelle avec cuisinette et salle de bain communes est de 12 113 $ pour un contrat de huit mois. Le prix d’une chambre à partager avec une autre personne est de 10 881 $.

La pétition « enseignement postsecondaire »

En mars, Anna Tölgyesi, une élève franco-yukonnaise, a lancé une pétition exhortant le gouvernement fédéral à augmenter le nombre de programmes postsecondaires offerts aux élèves issus des minorités francophones.

Anna Tolgyesi

La jeune Anna Tolgyesi demande à Ottawa de se pencher sur l'offre de programmes universitaires en français dans l'Ouest du pays.

Photo : Anna Tolgyesi

Non seulement Amélie Boutin a signé la pétition, mais elle l’a aussi diffusée dans son réseau. En quatre mois, la pétition a obtenu 590 signatures, dont 218 provenant du Québec.

« J’ai signé la pétition parce que c’est quelque chose qui me tient à cœur. J’aurais vraiment aimé avoir plus d’options en français dans l’Ouest et ne pas avoir besoin de déménager aussi loin. J’ai l’impression que, s’il y avait plus [de programmes d’études] en français dans l’Ouest, il y aurait plus de francophones dans l’Ouest », conclut Amélie.

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