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Des experts et des avocats de la Saskatchewan dénoncent l'isolement carcéral

Pancarte du centre correctionnel de Saskatoon accrochée au grillage par un jour de beau temps.
Le centre correctionnel de Saskatoon applique toujours les mesures d'isolement sur des détenus. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Des experts et des avocats de la Saskatchewan dénoncent le fait que certains détenus sont confinés à leur cellule presque 24 heures sur 24 durant de longues périodes. Une situation qu'ils qualifient d'inhumaine et de déplorable.

« Il y a de vraies préoccupations. À quel moment est-ce que c'est de la torture? Comment peut-on justifier cela? », demande Nicholas Blenkinsop, un avocat qui représente des détenus placés en isolement au centre correctionnel provincial de Saskatoon.

La professeure à l’Université de Guelph et ancienne députée fédérale Lynn McDonald réclame l'abolition de la pratique d'isolement des détenus. Selon elle, les conditions de détention en Saskatchewan « dépassent les bornes ».

CBC a appris l’existence d’autres mesures appliquées aux détenus en isolement, aussi connu sous le nom de trou ou de ségrégation administrative.

Noel Harder affirme être en isolement depuis 44 jours. Il explique que les autres détenus comme lui en isolement sont autorisés à sortir de leur cellule de béton sans fenêtre entre 10 et 15 minutes par jour pour se doucher et se brosser les dents.

Un homme porte une casquette et un veston.Noel Harder était un informateur de police qui a témoigné dans une des plus grandes poursuites du crime organisé de la Saskatchewan. Photo : CBC

Les détenus en isolement ne sont pas seulement ceux qui sont punis pour avoir dérogé aux règlements de la prison, selon Noel Harder. Il précise qu’il s’est retrouvé dans ces conditions pour sa propre sécurité, en attendant sa comparution en cour.

Noel Harder a été l’un des principaux témoins dans le projet Forseti, l’une des plus grandes opérations policières de l’histoire de la Saskatchewan en matière de crime organisé. Quatorze personnes, ainsi que plusieurs autres ultérieurement, ont été arrêtées relativement à cette enquête.

Sa famille et lui ont été exclus du programme de protection des témoins, et sa tête serait mise à prix pour la somme de 2 millions de dollars.

Noel Harder a été arrêté, puis accusé en septembre, après que les autorités l’eurent retrouvé dans sa voiture, avec une arme de poing chargée, du répulsif à ours et d’autres armes. Il est actuellement détenu au centre correctionnel provincial de Saskatoon jusqu'à son procès.

L'Organisation des Nations unies considère que l’isolement durant plus de 15 jours constitue de la torture, en raison de ses effets dévastateurs sur la santé mentale. L’ONU réclame également que les détenus aient droit à un minimum de deux heures quotidiennes de « contacts humains significatifs » à l’extérieur de leur cellule.

Noel Harder soutient qu’il n’est pas autorisé à recevoir la visite de sa femme ni de personne d'autre. Au cours de ses 44 jours d’isolement, il n’est allé à l’extérieur que deux fois, menotté aux pieds et aux poignets.

Le détenu dit qu’il n’a pas accès à une radio, à un téléviseur, à Internet, à des journaux ou à des magazines. Il ajoute qu’il n'a droit qu’à une paire de sous-vêtements et à un blouse.

J’ai l’impression que mon corps et mon esprit sont en train de pourrir.

Noel Harder, détenu au centre correctionnel provincial de Saskatoon

« Avant que j’arrive ici, j’ai toujours pensé que je serais capable d’endurer. Mais le fait d’être ici durant une aussi longue période sans pouvoir couper mes ongles d’orteil, ou lire un livre ou avoir un papier et un crayon, cela commence à être pesant », relate-t-il.

Des mesures critiquées

Drew Wilby, porte-parole du ministère de la Justice de la Saskatchewan, explique que la priorité est la sécurité des détenus et des employés des centres correctionnels. Selon lui, tous les détenus, y compris ceux en isolement, sont censés avoir droit à un minimum de 90 minutes par jour hors de leur cellule.

« Les services correctionnels de la Saskatchewan ont révisé l’utilisation de la ségrégation administrative et considèrent actuellement une série de recommandations », explique Drew Wilby.

L’avocat de Regina qui représente Noel Harder, Tony Merchant, estime quant à lui qu’il n’y a aucune raison pour que ce qu’il qualifie d’« injustice » continue.

« Ils font de la ségrégation qui est inhumaine, la ségrégation a été critiquée par tous ceux qui se sont penchés sur son fonctionnement en Saskatchewan et ailleurs au Canada », dénonce-t-il.

Tony Merchant a d’ailleurs intenté des recours collectifs à travers le pays pour dénoncer les dommages causés par l’isolement.

Jusqu’à ce qu’ils soient punis financièrement, il semble que les gouvernements ne feront rien pour changer les procédures d’isolement.

Tony Merchant, avocat

La professeure Lynn McDonald souligne le souhait du gouvernement fédéral de limiter l’isolement à un maximum de 15 jours et d’adopter d’autres principes de l’ONU, connus sous le nom de règles Mandela.

Elle dénonce les nombreux risques pour la santé causés par de longues périodes d’isolement, comme la dépression, la paranoïa, la colère, le détachement de la réalité, la perte de contrôle des impulsions et le taux de suicide plus élevé.

Selon elle, les effets de l’isolement sont contraires au principe de réadaptation d’un individu. Elle ajoute que le public court un plus grand risque lorsqu’un détenu qui a vécu cela est libéré.

Lynn McDonald qualifie d’horribles » les conditions de détentions de Noel Harder et estime qu’elles doivent immédiatement changer. « C’est fou. Il n’y a tout simplement aucune justification pour quelqu’un qui n’a même pas encore été condamné », argumente-t-elle.

Avec les informations de Jason Warick, CBC

Saskatchewan

Justice et faits divers