•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Sous l’arbre à palabre, la Révolution tranquille au Sénégal

Écoutez la chronique intégrale de Jean-Pierre Pérouma - Sous l'arbre à palabre, la Révolution tranquille au Sénégal
Radio-Canada

Simon Kouka est l'un des initiateurs du mouvement citoyen « Y'en a marre ». De passage au Salon du Livre de Rimouski pour une activité de partage, il raconte la réalité parfois difficile des jeunes sénégalais et leurs espoirs. Rencontre avec un initiateur d'une Révolution tranquille sénégalaise.

Une chronique de Jean-Pierre Pérouma

Simon Kouka est né et a grandi au Sénégal. Il est rappeur, producteur et initiateur du mouvement « Y’en a marre » né en 2011. À cette période, les conditions de vie étaient parfois précaires au Sénégal. Des coupures longues et généralisées d’électricité provoquent des morts dans des hôpitaux, les agriculteurs peinent à vendre leurs récoltes et les écoles peuvent vivre des mois de grèves. Ainsi, la population juge sévèrement les politiques gouvernementales.

On s’est levé en tant que jeunes […] il est temps que la jeunesse parle.

Simon Kouka, rappeur.

Grâce à sa musique, Simon Kouka jouit d’une notoriété auprès des jeunes. Avec d’autres, journalistes, chanteurs, personnalités publiques, il décide alors qu’il est temps de s’impliquer plus encore dans leur société.

Le collectif se donne comme objectif d'inciter massivement la jeunesse sénégalaise à s’investir dans la société et à voter. Simon sillonne alors le pays afin de convaincre les jeunes de se mobiliser comme citoyen. Les moyens à leur portée peuvent sembler dérisoires face aux machines électorales des partis politiques.

Il est temps de vous réveiller, il est temps de voter, il est temps de prendre votre destin en main.

Simon Kouka, rappeur.

La campagne médiatique s'appuie sur les réseaux sociaux et s’appelle « Daas Fanaanal », à l’origine une expression des jeunes sénégalais. « Daas Fanaanal » exprime l’idée de se préparer pour sortir le vendredi soir et être « aiguisé pour sortir au bon moment ». L’image est bien éloignée d’une rhétorique guerrière et devient un mot d’ordre citoyen pour dire :

Aiguise et sors ta carte d’électeur au bon moment.

Simon Kouka, rappeur.

Le mouvement citoyen reprend une expression typique des jeunes. S'ils ne s'inscrivent pas sur les listes électorales, ils sont qualifiés de « nandités ». Un « nandité » est une personne en dehors de son temps et de sa génération. Cela implique que, pour être un jeune moderne, il faut être inscrit sur les listes électorales. Les réseaux sociaux fleurissent alors d'ego portraits de jeunes arborant leur carte électorale.

Le mouvement est un succès. Ce sont plus de 420 000 nouvelles inscriptions qui sont enregistrées sur les listes électorales. Ces nouveaux électeurs feront alors basculer les résultats électoraux.

Une Révolution tranquille sénégalaise?

Certes, le parallèle avec la Révolution tranquille au Québec est périlleux. Ce virage est une période de l’histoire qui propulse le Québec dans la modernité opérant une distanciation avec l’Église, l’investissement dans l’éducation, la santé et la réduction des inégalités.

Au Sénégal, les jeunes sont de plus en plus éduqués, les femmes s’émancipent, et les distances se réduisent avec les moyens de transport. Surtout, les jeunes sénégalais sont ouverts au monde avec les réseaux sociaux et internet.

Le monde est un village planétaire

Simon Kouka explique que partout en Afrique, les jeunes ont leur regard tourné vers le monde. Avec Internet, ils observent et apprennent des autres pays.

Radio-Canada est écoutée en Afrique. J’entends des Tiken Jah Fakoly et Didier Awadi sur Radio-Canada.

Simon Kouka, rappeur.

L'initiateur du mouvement « Y'en a marre » sait que les jeunes sont connectés au monde et qu’ils s’inspirent de ce qu’ils voient sur leurs écrans. Cela nourrit les aspirations de la jeunesse qui souhaite avoir une vie paisible et stable, comme l'idée qu'ils se font du Québec.

Des inégalités persistantes

Simon explique que l’Afrique est un continent où les ressources sont nombreuses, mais qu'elles sont exploitées par des pays industrialisés (Chine, Canada, France, etc.). Les richesses s’envolent ensuite hors de l’Afrique ce qui crée des inégalités mondiales et locales. Cela a également une incidence sur la jeunesse africaine.

Certains ont un discours va-t-en-guerre. Mais aujourd’hui il faut tout changer par les mentalités.

Simon Kouka, rappeur.

Pour réduire les inégalités, il existe aussi des pistes économiques. Par exemple, la monnaie la plus répandue en Afrique de l’Ouest est le franc CFA (Communauté financière africaine), les mouvements citoyens africains lui ont donné une signification qui exprime que la colonisation est encore bien présente dans leur pays.

Le franc CFA, c’est Colonies françaises d’Afrique.

Simon Kouka, rappeur.

Comme les richesses de l'Afrique ne bénéficient pas aux populations et créent des inégalités de richesse dans le pays. Simon explique que ces moins nantis vont vouloir venir au Canada pour avoir aussi accès à une vie meilleure. Le rappeur engagé explique également que ces inégalités poussent certains jeunes à ressasser des rancunes à l'encontre de l'occident.

Le dialogue et l’éducation : des clés pour réduire les fractures

Simon explique que ce ne sont pas les personnes qui créent ces inégalités et ces rancunes tenaces. Selon lui, c’est un système économique et social qui entretient ces clivages. L’éducation et l’information sont donc nécessaires pour semer dans les esprits d’autres sentiments que la rancœur.

C’est toujours le même système qui opère. Nous sommes dans ce système et nous devons changer nos mentalités pour changer le système.

Simon Kouka, rappeur.

Dans ce monde globalisé, les origines des inégalités sociales et économiques demeurent complexes alors même qu’il est urgent d’opérer un changement. Le dialogue et l'action sont prônés par Simon selon un principe d’équité et de respect.

Ne pas voir l’occident comme au-dessus des peuples africains, mais à parts égales.

Simon Kouka, rappeur.

Le mouvement citoyen « Y'en a marre » dispose de nombreux soutiens dont celui des chanteurs Angelique Kidjo et Tiken Jah Fakoly. Le mouvement s’étend aussi aux États-Unis, en Afrique du Sud, en Angola, au Tchad, au Burundi, en France et ailleurs.

L'arbre à palabre du salon du livre de Rimouski

Écoutez Lénine Nankassa Boucal nous présenter l'arbre à palabre du salon du livre de Rimouski.

L’arbre à palabre est un lieu de rassemblement dans les villages africains. Les personnes s’y retrouvent pour échanger. À Rimouski, cette activité est conjointement organisée par le Salon du livre et Lénine Nankassa Boucal, du cabaret de la diversité. Cette activité réunit les auteurs et le public pour un partage de lectures, et parler de la diversité.

Bas-Saint-Laurent

International