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SPVM : un nouveau chef en janvier, deux candidatures et encore des problèmes internes

Les précisions de Thomas Gerbet
Radio-Canada

Avant de quitter son poste de chef intérimaire du Service de police de la Ville de Montéal (SPVM), Martin Prud'homme recommande qu'un de ses adjoints issus de l'externe prenne la tête de l'organisation. Il propose Line Carbonneau, retraitée de la GRC, ou Sylvain Caron, retraité de la SQ, pour terminer le travail de réorganisation. Son rapport final remis au gouvernement Legault soulève par ailleurs de sérieux problèmes à l'intérieur du SPVM, comme le fait que le tiers des enquêteurs n'ont pas les qualifications requises.

Un texte de Thomas Gerbet

Un an après son arrivée à la rescousse de la police de Montréal, Martin Prud’homme s’apprête à reprendre son poste à la tête de la Sûreté du Québec (SQ), le 1er janvier.

« Nous sommes d’avis que l’administration provisoire peut être levée », écrit-il dans son rapport final sur la réorganisation du service de police, remis à la ministre de la Sécurité publique du Québec, Geneviève Guilbeault.

Fin 2017, Martin Prud’homme avait pris la relève au SPVM après la suspension du chef Philippe Pichet par le gouvernement. Il avait alors découvert un milieu de travail à l’atmosphère « malsaine », en « crise de confiance », où régnaient « malaise profond », « omerta » et guerre de « clans ».

Dans son rapport final, Martin Prud’homme dresse la liste des problèmes qu’il a corrigés, ou qui sont en cours de correction. Il constate une amélioration du climat de travail, mais mentionne que « l’équilibre demeure fragile ». C’est pourquoi il conseille à la Ville et au gouvernement d’opter pour la « prudence », la « stabilité » et la « continuité » dans le choix du nouveau chef de police.

Selon Martin Prud’homme, mener un appel de candidatures à l’interne et à l’externe « pourrait conduire à une nouvelle course à la chefferie, au possible retour de clans et à la détérioration du climat ».

Il recommande donc « de cibler un membre de l’actuel comité de direction, dans le but précis de poursuivre et de consolider les travaux de l’administration provisoire ». Sur les quatre membres du comité, Martin Prud’homme demande de choisir l’un des deux directeurs adjoints qui sont issus de l’externe « afin de minimiser les impacts sur l’organisation ».

Une femme à la tête du SPVM?

Aucun nom n’est écrit dans le rapport, mais il est facile de reconnaître Line Carbonneau et Sylvain Caron, qui appuient le chef intérimaire depuis fin 2017.

Line Carbonneau a pris sa retraite de son poste de sous-commissaire de la GRC en 2012, après 37 ans de service. Précurseure, elle a été la première commandante nommée au Québec par la police fédérale. Elle a notamment eu la charge du Programme canadien des armes à feu.

Depuis l’an dernier, elle avait la responsabilité d’encadrer le retour de la division des enquêtes internes dans le giron du SPVM. Elle était aussi chargée d’identifier et développer la relève au sein de l’organisation.

Sylvain Caron et Line Carbonneau.Les directeurs adjoints Sylvain Caron et Line Carbonneau sont venus prêter main-forte au SPVM il y a quelques mois. Photo : SPVM

Sylvain Caron était, il y a quelques mois encore, directeur général adjoint à la SQ. Il avait pris sa retraite après 36 ans dans la police. Durant sa carrière, il a dirigé la police de Sorel-Tracy. Au SPVM, il dirige les enquêtes criminelles.

Les deux candidats sont considérés comme d’excellents communicateurs et des gestionnaires de haut niveau, capables de conduire le changement.

Dans son rapport, Martin Prud’homme recommande une nomination d’au plus cinq ans, le temps de former la relève des hauts dirigeants à l’interne et de terminer le travail de refondation. Il faut dire qu’il y a encore beaucoup de pain sur la planche, si l’on en croit les différentes préoccupations formulées par le chef intérimaire.

Des enquêteurs sans qualification

Dans l’introduction de son rapport, le chef intérimaire mentionne que le travail de reconstruction devra se poursuivre bien au-delà de son mandat, qui s’achèvera le 31 décembre.

Plusieurs chantiers à mener concernent la nécessité d’améliorer la formation des policiers. Une des révélations les plus surprenantes du document, c’est que plus du tiers des enquêteurs du SPVM exercent sans avoir leur diplôme de formation qualifiante en enquête.

Sur 753 policiers-enquêteurs, 261 ont encore besoin d’obtenir le diplôme spécifique prescrit par la Loi sur la police. Un plan d’action sur deux ans devrait leur permettre de rattraper ce retard.

Denis Coderre.Denis Coderre, lors de sa dernière conférence de presse à titre de maire de Montréal Photo : Radio-Canada

La centralisation des services mise en place par l’ex-maire Denis Coderre est également montrée du doigt dans le rapport. « Cela engendre des problématiques de fonctionnement, écrit Martin Prud’homme, en particulier pour des activités de gestion des ressources humaines et de ressources financières. »

Les membres du SPVM se plaignent de délais supplémentaires, de manque de coordination, de systèmes informatiques désuets et de services mal adaptés à la réalité policière. Martin Prud’homme suggère que ces responsabilités soient données directement au SPVM ou alors de revoir le fonctionnement pour plus d’efficacité.

Et puis certains secteurs et unités du SPVM font encore face à des conditions de travail difficiles, constate le chef intérimaire. C’est par exemple le cas à la centrale d’appels 911.

Martin Prud’homme note des problématiques qui « visent, selon le cas, la gouvernance, le manque de valorisation et de reconnaissance du personnel, le favoritisme, une surcharge de travail… » Des changements sont en cours.

Mésentente avec le Bureau des enquêtes indépendantes?

Le chef intérimaire a réajusté un de ses objectifs dans les derniers mois. Alors qu’il voulait rapatrier au SPVM la responsabilité des enquêtes sur des allégations criminelles commises par un policier, Martin Prud’homme recommande maintenant la création d’une équipe mixte formée de la SQ et du SPVM.

Le Bureau des enquêtes indépendantes serait donc marginalisé. Le BEI, créé il y a deux ans, s’est déjà plaint du comportement du SPVM à son égard. Des policiers se sont coordonnés dans leur version des faits ou ont été interrogés par le SPVM avant le BEI, révèlent des lettres rendues publiques dans les derniers jours.

Un véhicule du BEI.Le Bureau des enquêtes indépendantes est responsable des enquêtes concernant des allégations d'actes criminels visant des policiers. Photo : Radio-Canada

Depuis février 2017, c’est une équipe mixte dirigée par le BEI et la SQ qui enquête sur les policiers montréalais.

La décision avait été prise à la suite d’irrégularités dans la conduite des enquêtes internes au SPVM. Un rapport avait mis en lumière le manque de rigueur, de structure, de contrôle, de suivi et de transparence qui sévissait à la Division des affaires internes.

Martin Prud’homme suggère par ailleurs de créer une nouvelle unité chargée de l’auto-évaluation du SPVM qui agirait à tous les niveaux de l’organisation. Le Bureau de vérification interne aurait la charge de mener des inspections, d’évaluer les programmes ou encore de contrôler les budgets. Il est notamment question de la nécessité de mieux encadrer « les dépenses secrètes ».

Malgré tous les défis restants, le chef intérimaire juge que sa mission a été accomplie, puisqu’il estime avoir placé le service de police sur la bonne voie pour rétablir la confiance du public et des membres de l’organisation. Martin Prud’homme écrit : « Je crois pouvoir affirmer que la page est réellement tournée sur cette période que tous ont vécu difficilement et qui, malheureusement, laissera, pour un certain temps encore, des marques sur l’image et la crédibilité du Service. »

Le SPVM « va vers de meilleurs jours », croit la ministre Guilbault

La nouvelle ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a pris acte du rapport et de ses recommandations, mardi midi, confirmant du même coup que l'administration provisoire du SPVM prendra fin le 31 décembre.

Devant la Tribune de la presse de l'Assemblée nationale, Mme Guilbault a indiqué qu'elle appuiera la Ville de Montréal dans le processus visant à trouver un successeur à Martin Prud'homme, et ce, conformément à la suggestion de celui-ci selon laquelle le prochain chef de police devrait être issu du comité de direction provisoire.

Selon elle, « les constats [de M. Prud'homme] sont assez prometteurs », mais elle reconnaît que « l'équilibre demeure fragile », « d'où cette nécessité d'avoir de la continuité, de la stabilité ».

J'ai confiance dans le fait que l'organisation va vers de meilleurs jours, mais je pense qu'il serait de bon augure que le prochain chef de police soit nommé conformément aux paramètres recommandés par M. Prud'homme

Geneviève Guilbault, ministre de la Sécurité publique

Mme Guilbault a par ailleurs précisé que M. Prud'homme retrouvera ses fonctions de DG de la SQ aussitôt que la Ville de Montréal aura désigné un nouveau chef de police. Cette transition pourrait toutefois se faire en 2019 s'il le faut, a-t-elle précisé.

La ministre à la Tribune de la presse.La nouvelle ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault Photo : Radio-Canada / Romain Schué

De son côté, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a tenu à remercier Martin Prud'homme, soulignant que depuis sa nomination il avait su « bâtir une relation de confiance tant à l'interne qu'avec la Ville de Montréal » et qu'il avait « fait honneur à l'uniforme bleu », celui du SPVM.

Elle s'est toutefois gardée d'afficher un trop grand optimisme, admettant qu'à la lumière de ses échanges avec le DG par intérim du SPVM, « il se dégageait de plus en plus le constat que [...] certains changements prendraient plus de temps que d'autres afin de s'installer de façon pérenne au sein de l'organisation ».

Aussi, Mme Plante accueille « très favorablement » le rapport de M. Prud'homme, qui nécessitera un « suivi serré ». Elle cite notamment la révélation – « choquante » – sur le manque de formation des enquêteurs, qu'elle entend régler « dans les 24 mois ».

Tout comme la ministre Guilbault, Mme Plante adhère à la suggestion de M. Prud'homme concernant sa succession, car selon elle, « les changements apportés restent fragiles », et le SPVM a « besoin de stabilité pour mieux pouvoir se transformer ».

Ainsi, un comité a déjà été mis en place par son administration pour sélectionner le prochain chef de police de Montréal. Ce comité est composé du président du comité exécutif, Benoit Dorais, d'un élu de l'opposition et d'un représentant des villes liées, a-t-elle indiqué.

On veut créer un consensus autour de cette personne.

Valérie Plante, mairesse de Montréal

« Notre objectif, c'est évidemment d'aller de l'avant avec la nomination pour le conseil du mois de novembre », a-t-elle précisé. Le cas échéant, le choix devrait être entériné par le comité exécutif aussi tôt que mercredi prochain.

Concernant la création d’une équipe mixte formée de la SQ et du SPVM pour remplacer le BEI à Montréal, Mme Plante a fait savoir qu'elle croyait toujours dans le travail de l'organisation actuelle, tandis que la ministre Guilbault s'est gardée de tout commentaire, indiquant qu'elle préférait pour l'instant étudier la piste suggérée par M. Prud'homme avant de se prononcer définitivement sur le sujet.

Enfin, la Fraternité des policiers et policières a salué par voie de communiqué « la contribution cruciale faite par l’administrateur provisoire et son équipe dans le redressement du SPVM », accueillant elle aussi « favorablement » le rapport final sur la réorganisation du service. Son président, Yves Francoeur, a d'ailleurs promis que le syndicat « continuera à offrir sa pleine collaboration à la prochaine direction ». « Nous pensons aussi que la continuité est nécessaire », écrit-il. « Les guerres de clans doivent s’éteindre et le choix du prochain directeur doit être fait en conséquence. »

Avec la collaboration de Jérôme Labbé

Forces de l'ordre

Société