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La visibilité de la francophonie canadienne, un combat politisé

Un homme en costume et aux cheveux gros s'exprime dans un micro. Il est entouré de quelques autres personnes.
Daniel Vandal, député libéral pour Saint-Boniface-Saint-Vital, explique que le caucus libéral des communautés de langue officielle en situation minoritaire a voulu, lundi, expliquer aux médias que « la francophonie du Canada est une francophonie diverse à travers le pays ». Photo: Radio-Canada

Pourquoi les francophones de l'extérieur du Québec doivent-ils encore crier haut et fort qu'ils existent? Les propos tenus par Denise Bombardier, selon laquelle les communautés francophones hors Québec ont quasiment disparu, posent la question de la visibilité des francophones au Canada et des façons de la promouvoir.

Un texte de Mathilde Monteyne

Certains Québécois, comme de nombreuses communautés, entretiennent une vision « presque nombriliste », dit le directeur général de la Fondation canadienne pour le dialogue des cultures, Guy Matte.

Il précise que cela peut s'avérer d’autant plus marqué qu’il existe « une préoccupation par rapport à la majorité nord-américaine, pas juste canadienne, mais nord-américaine, que tout est anglais, donc que nous sommes un peu assiégés ».

Dans cette perspective, Guy Matte indique qu’il n’est pas toujours évident de voir que certaines personnes en milieu minoritaire vivent dans leur langue. Il souligne, néanmoins, qu’il est difficile pour Mme Bombardier de plaider l’ignorance dans la mesure où elle a notamment séjourné dans une famille métisse du Manitoba.

Le directeur général souligne que ce « qu’elle va faire comme promotion, c’est ses propres opinions politiques ». « Ceux qui ont des opinions, par exemple, pour l’indépendance québécoise, mieux vaut ne pas montrer que l’on peut vivre en français à l’extérieur du Québec parce que, ce qu’on veut faire comme démonstration, c’est qu’il n’y a qu’au Québec qu’on peut vivre en français », précise M. Matte.

Il y a un intérêt politique certain pour certaines options politiques québécoises, pour lesquelles c’est mieux qu’il n’y ait pas de francophones à l’extérieur du Québec.

Guy Matte

S'il estime que les Québécois soucieux de rester Canadiens ont donc un rôle à jouer dans la visibilité de la francophonie, c’est d’abord aux communautés de travailler dans leurs provinces et leurs territoires. « On doit d’abord être forts dans nos territoires et, après, créer des liens avec le Québec », affirme-t-il.

Comment affirmer sa force?

Pour Guy Matte, les communautés francophones en milieu minoritaire devront certainement toujours rappeler leur existence face à la majorité.

« Ce qui est important, c’est de revenir à la charge, rappeler que nous sommes là, rappeler que nous sommes en développement, qu’on n’est pas des Québécois en exil, qu’on a une vie riche grâce au fait que nous prenons des initiatives dans chacun de nos milieux au niveau culturel, au niveau économique, au niveau social et dans l’espace politique », affirme-t-il.

Pour ce faire, il faut poursuivre ce qui se fait déjà et qui, selon lui comme d’autres, n’est pas vain. Lundi, le caucus libéral des communautés de langue officielle en situation minoritaire a tenu à réaffirmer cette vitalité francophone.

Formé il y a près de deux ans et composé d’une quinzaine de députés francophones et francophiles, selon son président Darrell Samson, le caucus rencontre de façon bimensuelle des ministres pour examiner la façon dont ils appuient les communautés francophones en situation minoritaire et s’assurer qu'elles sont bien représentées.

On ne parle pas avec des fonctionnaires, on parle avec le ou la ministre, et ça, ça a un poids extraordinaire.

Darrell Samson

Darrell Samson affirme que de telles initiatives ont du poids. « Face à la petite enfance, on a pu insérer une clause linguistique qui a assuré que les provinces signataires avaient une responsabilité face aux communautés en situation minoritaire », souligne-t-il.

Daniel Vandal, membre du caucus et député fédéral pour Saint-Boniface–Saint-Vital, affirme aussi que les propos tenus par Denise Bombardier ne signifient pas que les initiatives de la francophonie manitobaine sont vaines.

« Des initiatives, activités et promotions qui reflètent les membres de ces communautés sont très importantes, de même que l’implication des acteurs de terrain », souligne-t-il.

C’est un travail qui ne va jamais finir, mais, en même temps, c’est quelque chose qui est très important.

Daniel Vandal

Il rappelle le travail déjà accompli pour promouvoir les communautés francophones, comme les rendez-vous de la francophonie, le travail du Conseil jeunesse provincial du Manitoba et les échanges avec le Québec dans le théâtre, la musique et les arts.

« À un moment donné, nous ne devrions pas être trop préoccupés par des gens comme elle. C’est à nous de définir qui nous sommes et ce que nous faisons dans nos communautés, puis j’espère aussi au national », conclut-il.

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