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Loi sur l’intrusion : les fermiers évoquent des avantages écologiques

Une affiche où il est écrit en anglais qu'il est interdit de chasser ou d'être sur une terre rurale.
La Saskatchewan étudie présentement la possibilité de changer la loi concernant l'intrusion sur une propriété privée. Photo: Matt Garand/CBC News

La volonté de la Saskatchewan de renforcer ses lois concernant l'intrusion sur les propriétés privées génère des réactions diverses. Alors que les Premières Nations s'inquiètent que le plan provincial puisse attiser les tensions raciales dans la province, des producteurs agricoles croient que l'application de la loi pourrait permettre de protéger leurs terres.

Un texte de Miriane Demers-Lemay

« Cela fait 25 ans qu’on se tortille pour essayer de convaincre les politiciens qu’on a besoin de nouvelles lois avec des dents », s’exclame Paul-Émile L’Heureux, un agriculteur vivant au nord de White Fox, dans le nord-ouest de la province.

Le renforcement de la loi concernant l’intrusion sur les propriétés privées a été abordé lors du premier discours du Trône du gouvernement du premier ministre Scott Moe, le 24 octobre. Le gouvernement a également annoncé son intention de fournir 147 armes semi-automatiques aux agents de conservation de la faune.

Paul-Émile L’Heureux estime que, dans sa région, le problème de l’intrusion n’est pas lié à l’insécurité et au vol de matériel, mais plutôt au passage incontrôlé de différents types de véhicules, comme les motoneiges et les véhicules tout-terrain, ce qui a des conséquences écologiques.

On met des signes Passage interdit, mais ils vont où ils veulent. Ils roulent par-dessus les signes ou les arrachent.

Paul-Émile L'Heureux, agriculteur

« Il devrait y avoir des lois qui interdisent [aux motoneiges] d’aller partout sauf sur les pistes désignées, comme ils le font au Québec et en Ontario, ajoute M. L’Heureux. Ici en Saskatchewan, c’est le Far West. »

Le fermier affirme avoir des problèmes avec les motoneiges chaque hiver. « Le problème, c’est que les motoneiges transportent les graines des mauvaises herbes, dit-il. Et si la motoneige continue d’aller sur la même piste, au printemps, ça tourne en glace et cela détruit la récolte des cultures d’automne. Ils détruisent mes pistes de ski, ils roulent sur les petits arbres que j’ai plantés dans le jardin. »

Motoneige dans la forêt boréaleLe passage incontrôlé des motoneiges génère des problèmes sur les terres agricoles, selon un fermier du nord de la Saskatchewan. Photo : François Rioux

Le fermier dénonce aussi les dommages générés par le passage incontrôlé des véhicules tout-terrain.

« Leurs roues sont très agressives, explique-t-il. Elles vont détruire le sous-bois de la forêt. Elles creusent les rives des rivières, et après il y a de l’érosion, et elles détruisent les endroits où les poissons pondent leurs œufs. »

« Le seul avantage que je vois [à ce plan] c’est que cela va diminuer la propagation d’une maladie qui est transportée par le sol et qui abîme les racines des plantes comme le canola, ajoute Martin Prince, un producteur de Delmas, près de North Battleford. Quand des gens passent avec leur véhicule sur nos terres, ils font le transfert de cette maladie d’une place à l’autre. »

L’agriculteur observe une présence accrue dans sa région de la hernie du chou, une maladie causée par un champignon dans le sol et qui s’attaque aux brassicacées, comme le chou, la moutarde ou le canola.

Une solution superficielle?

Toutefois, les mesures ciblées par le gouvernement n’auront pas les effets escomptés, prédit Clément Perrault, un producteur de Zenon Park, dans le nord-est de la province.

« Je pense que si on est plus sévère, ça ne changera rien, ça va juste empirer, dit-il. C’est un gros cercle vicieux. Ça va juste faire plus de problèmes. »

Pour lui, les intrusions sur les propriétés privées ne sont pas une question d'appartenance ethnique. « Si tu es proche d’une réserve, tu es proche des Autochtones, si tu es proche d’une ville, c’est surtout des Blancs », dit-il.

Il n’y a pas de solution à long terme, durable.

Clément Perrault, agriculteur

« Si les conditions étaient meilleures dans les réserves, ils n’auraient pas à faire ça, [renforcer la loi], croit-il. Je pense que c’est l’éducation qui manque. »

Paul-Émile L’Heureux doute aussi des effets de ce nouveau plan de la province. « Je suis certain qu’il n’y aura pas de différence avant et après les lois, avance-t-il, en s'interrogeant sur les ressources qui seront accordées au respect de la loi. Au moins, ils en parlent. » Selon l'agriculteur, une augmentation du nombre d'agents de conservation de la faune sera nécessaire pour réduire les intrusions dans les terres agricoles.

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