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Des enseignants mieux outillés pour rassurer des élèves de plus en plus anxieux

Enseignants de l'école St-Bernardin Photo: Radio-Canada / Anne-Louise Despatie
Radio-Canada

Une nouvelle formation tente de donner aux enseignants une meilleure connaissance du stress et de l'anxiété que vivent les enfants et surtout des trucs pour les aider à y faire face, comme des exercices de respiration ou de méditation. L'initiative est appuyée par Revivre, un organisme qui soutient les personnes aux prises avec un trouble anxieux, la dépression ou un trouble bipolaire.

Un texte d'Anne-Louise Despatie

Tous les mois, des enseignantes de l'École Saint-Bernardin, à Montréal, se penchent, en compagnie de la travailleuse sociale et psychothérapeute Michèle Lambin, sur le stress et l'anxiété, qui touchent de plus en plus d'écoliers.

« On rencontre des élèves, des enfants anxieux de plus en plus jeunes, explique Mme Lambin. Le stress est lié aux situations et l'anxiété, aux émotions. Moins on gère bien notre stress, plus l'anxiété augmente. »

Tout cela peut nuire au bon fonctionnement d'une classe, et les enseignants, qui ont d'abord une formation pédagogique, apprécient cette formation.

Régulièrement, les enseignantes voient des élèves paralysés par l'anxiété, tandis que d'autres ont mal au ventre, pleurent sur leurs cahiers ou ont des comportements perturbateurs.

En tant que professeure qui commençait sa carrière, je trouvais ça difficile de bien lire le besoin derrière le comportement.

Mireille Provençal, enseignante de 6e année

Les troubles anxieux touchent 1 jeune Canadien sur 10.

Il y a de plus en plus de sources de stress pour les enfants d'âge scolaire : la peur de quitter la maison, des difficultés familiales, l'importance accordée à la performance ou encore l'intimidation peuvent engendrer un grand malaise émotionnel.

Selon Bernard Boileau, psychiatre au CHU Sainte-Justine, l'anxiété doit être affrontée dès qu'elle se manifeste.

Parce que l'évitement, c'est au coeur des troubles anxieux : on ne veut pas aller à l'école, on ne veut pas aller là, on ne veut pas une situation nouvelle, etc.

Bernard Boileau, psychiatre au CHU Sainte-Justine

À la clinique des troubles anxieux de l'hôpital Sainte-Justine, on voit les cas les plus graves, mais aussi ceux qui ont attendu trop longtemps.

« Souvent, les services n'ont pu être donnés dans un délai suffisant parce que la première ligne est débordée », dit le pédopsychiatre, qui espère toujours qu'un plus grand nombre de personnes auront accès à des services de psychologie assurés par le régime public.

Audrey Bouchard est allée chercher de l'aide pour sa fille Thalya.Audrey Bouchard est allée chercher de l'aide pour sa fille Thalya Photo : Radio-Canada / Anne-Louise Despatie

Audrey Bouchard est allée chercher de l'aide pour sa fille Thalya. Mais avant de comprendre pourquoi la fillette de 9 ans faisait de l'anxiété, elle s'est beaucoup inquiétée à son sujet.

Je la voyais toujours se gratter la peau, par moments. J'ai remarqué que sa peau était en train de déchirer et elle avait toujours mal au coeur. Un jour, elle a fait une crise d'angoisse, elle n'arrivait plus à respirer, alors je l'ai assise avec moi, là j'ai dit : "OK, ça suffit, il y a quelque chose qui se passe et que tu ne me dis pas."

Audrey Bouchard

Thalya a reconnu être victime d'intimidation à l'école.

Tout le monde à l'école était méchant avec moi. J'avais peur d'aller à l'école, je ne voulais pas y aller et, parfois, j'essayais de me faire vomir pour pas aller à l'école.

Thalya

Elle a donc changé d'école et va maintenant beaucoup mieux.

« À l'ancienne école, elle portait juste du noir, elle ne voulait pas se peigner, elle voulait être transparente pour pas que les gens la regardent, souligne Audrey Bouchard. Aujourd'hui, elle porte des couleurs. »

« Moi, je pense qu'il faut prendre le temps d'écouter son enfant et de voir où est le véritable problème [...] et il ne faut pas se gêner pour aller chercher de l'aide », explique la mère de Thalya.

Thalya et sa soeur jouent avec leur maison de poupéesThalya et sa soeur à la maison Photo : Radio-Canada / Anne-Louise Despatie

Un modèle de formation à propager

C'est la deuxième année que les enseignants de l'École Saint-Bernardin, un établissement multiethnique situé en zone défavorisée, reçoivent les formations sur le stress et l'anxiété chez les enfants.

Le directeur de l'établissement, Alexandre de Courcy, constate un changement dans les classes. « Nous, le constat qu'on fait, c'est qu'avant de commencer à travailler avec les élèves sur les apprentissages, il faut apaiser ce stress-là et cette anxiété-là », dit-il.

La même formation est donnée dans deux autres écoles primaires, l'une située en banlieue de Montréal et l'autre, privée.

« L'effet qu'a ce projet exploratoire, il est le même partout : les enfants sont plus à l'écoute, souligne Michèle Lambin. On leur apprend à s'apaiser, ils développent des outils pour reconnaître leur stress [...] pour être capables de continuer leur travail. »

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