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Tensions raciales : des Autochtones s'inquiètent du plan provincial sur l'intrusion

Une affiche où il est écrit en anglais qu'il est interdit de chasser ou d'être sur une terre rurale.
La Saskatchewan étudie présentement la possibilité de changer les lois sur les propriétés. Photo: Matt Garand/CBC News
La Presse canadienne

Des membres des Premières Nations craignent de voir l'émergence de tensions raciales, au moment où la Saskatchewan désire consulter la population à propos des lois associées aux intrusions dans les propriétés. Le but de la province est de créer un meilleur équilibre entre le droit des propriétaires et le droit du public.

Le sujet a été abordé lors du premier discours du Trône du gouvernement du premier ministre Scott Moe le 24 octobre.

Le gouvernement de la Saskatchewan a mentionné par courriel que le ministre de la Justice, Don Morgan, était prêt à rencontrer les peuples autochtones pour discuter de leurs préoccupations.

La province a déjà demandé l’avis du public, afin de savoir si l’accès à la propriété rurale devrait nécessiter l’autorisation préalable d’un propriétaire foncier, et ce, peu importe l’activité exercée. Si ce n’est pas autorisé, cela serait considéré comme étant illégal.

Une avocate représentant la famille de Colten Boushie, un homme autochtone abattu par un fermier, Gerald Stanley en août 2016, avoue être inquiète que le gouvernement provincial n'adopte des positions politiques qui pourraient alimenter des tensions raciales.

Les peuples autochtones ne sentent pas que les autorités ou la police les protègeront, ou qu'ils ne se font pas tirer dessus, affirme Eleanore Sunchild, une avocate de Battleford, en Saskatchewan.

On dirait que c'est plus comme une approbation pour se faire justice soi-même. Si vous êtes une victime autochtone, rien ne va arriver aux non-Autochtones qui vous ont tiré dessus.

Eleanore Sunchild, avocate

M. Stanley a été acquitté du meurtre au deuxième degré de Colten Boushie après avoir déclaré que le coup de feu de son arme était parti de manière accidentelle et qu’il tentait de faire peur à des jeunes sur son terrain, pensant que ceux-ci étaient là pour le voler. La Couronne a décidé de ne pas faire appel.

Eleanore Sunchild estime que le discours du Trône envoie le message que le fermier avait raison de tirer sur l’homme autochtone et que sa crainte d’une intrusion était justifiée.

Si ses propres enfants avaient un jour besoin d’aide sur une route de campagne, en raison par exemple d’un problème mécanique avec leur véhicule, elle ne saurait pas quel conseil leur donner. Est-ce que je vais leur dire d’aller demander à un fermier? Je ne crois pas, souligne l'avocate saskatchewanaise.

Mêlée médiatique au Parlement d'Ottawa.L'avocate Eleanore Sunchild (deuxième à partir de la gauche) a rencontré le premier ministre Justin Trudeau en février dernier à Ottawa. Photo : CBC News

Menacée par un homme armé

Selon une grand-mère de la Saskatchewan, le fait de changer les lois sur les propriétés n’arrêterait probablement pas la criminalité, mais augmenterait la tension raciale.

En septembre Angela Bishop, une avocate métisse, se promenait sur une route rurale en Alberta avec ses deux petits-enfants. Au volant de son véhicule, elle a remarqué qu’elle était suivie de près par un véhicule. Elle a donc choisi d’immobiliser le sien sur le côté de la route.

Un homme est alors sorti de sa voiture et s’est mis à lui crier de quitter sa route.

Après avoir remarqué qu’il y avait une arme à feu dans le véhicule de l’homme, Mme Bishop a choisi de s’enfuir, mais elle a été pourchassée par l'inconnu. Elle a ensuite téléphoné aux forces de l’ordre, demandant d'être accompagnée par la police.

Les policiers lui ont d’ailleurs dit qu’elle circulait sur une route publique, ce qui confirmait que l'homme avait tort.

Étant elle-même propriétaire d’une terre rurale en Saskatchewan, Angela Bishop comprend la frustration suscitée par les crimes contre la propriété, mais la vie d’un être humain est nettement plus importante, plaide-t-elle.

Ce qui me préoccupe, c’est qu’ils [NDRL : certains propriétaires de terre rurale] croient qu’ils ont légalement le droit de se faire justice eux-mêmes.

La FSIN inquiète

Heather Bear, vice-chef de la Fédération des nations autochtones souveraines, pense que le procès Stanley et la réaction des provinces ont fait peur à plusieurs peuples autochtones.

Récemment, la Saskatchewan a publié un appel d'offres pour acheter 147 carabines semi-automatiques pour des agents de protection de la nature. Ces derniers utilisent présentement des armes de poing ainsi que des fusils de chasse pour s'occuper de la faune.

Mme Bear a qualifié cette proposition de déroutante et inutile et soutient que cela pourrait signifier plus de vies perdues. Elle estime que de nombreux agents de protection de la nature ont une vision négative des peuples autochtones et ne comprennent pas les droits issus de traités. Le fait de les armer pourrait donc être désastreux.

À ce sujet, le ministre provincial de l'Environnement, Dustin Duncan, a mentionné que cette décision faisait suite à une fusillade au Nouveau-Brunswick en 2014, dans laquelle trois agents de la GRCa avaient perdu la vie.

Il a également répondu à la déclaration de Mme Bear : Je ne pense vraiment pas que nous ayons besoin de ce type de commentaires dans la province.

Heather Bear en train de répondre aux questions des journalistes.Heather Bear, vice-cheffe de la Fédération des nations autochtones souveraines (FSIN) Photo : Brandon Harder/CBC

Avec les informations de Kelly Geraldine Malone, de La Presse canadienne

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