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analyse

Pourquoi Lowe’s ferme-t-il des magasins Rona?

La devanture d'un magasin Rona l'entrepôt.

La direction de Lowe’s a expliqué que les magasins touchés seraient fermés progressivement d’ici février prochain.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Gérald Fillion

ANALYSE - La décision de Lowe's de fermer 31 installations au Canada, dont 24 magasins Rona, est motivée par le seul et unique intérêt boursier de l'entreprise, celui de valoriser l'avoir des actionnaires. La pression des marchés est habituelle – elle est forte –, la concurrence de Home Depot est vive, et Lowe's fait tout en son possible pour améliorer son bilan financier. Cette décision illustre de façon très claire que l'avenir de Rona se joue en Caroline du Nord.

Lowe’s va fermer neuf magasins au Québec, neuf en Ontario, six à Terre-Neuve-et-Labrador, deux en Alberta et un autre en Colombie-Britannique d'ici la fin janvier. L’entreprise va également mettre la clé sous la porte de 20 magasins aux États-Unis.

Lowe's dit fermer des magasins « sous-performants ». Ce n’est pas que ces magasins ne vendent plus rien et n’ont plus la faveur des clients. Mais ils sont peut-être moins bons que les autres, en termes de ventes ou d’efficacité, ou se trouvent tout près d’autres magasins du groupe.

L’entreprise ferme aussi des centres de soutien régionaux et des usines de composantes préfabriquées en Ontario, à Terre-Neuve et en Colombie-Britannique.

Deux choses doivent retenir notre attention.

Les Américains décident

D’abord, même si les décideurs politiques québécois et les dirigeants des deux entreprises affirmaient, au moment de la transaction en 2016, que le siège social de Rona allait demeurer à Boucherville, les vraies décisions, les plus capitales, les plus névralgiques, allaient se prendre aux États-Unis, soit à Mooresville, en Caroline du Nord.

On le savait en 2016, on le disait dès l’annonce de la vente de Rona à Lowe’s : le processus décisionnel pour l’avenir de la société relevait maintenant d’un PDG américain et d’un conseil d’administration américain, loin d’ici, dans un autre milieu, un autre contexte.

D’ailleurs, détail important, l’annonce de la fermeture des magasins a été faite à 7 h, heure de l’Est, par le siège social de Lowe’s aux États-Unis, en anglais. Ce n’est que deux heures plus tard que Lowe’s Canada a diffusé un communiqué en français.

« Bien que les décisions qui ont une incidence sur nos associés ne soient jamais faciles à prendre, les fermetures de magasins sont une étape nécessaire de notre réévaluation stratégique alors nous tâchons de bâtir une entreprise plus forte », dit le PDG Marvin Ellison dans le communiqué de Lowe’s.

Cette déclaration est étonnante et montre combien le siège social de Boucherville a l’air d’un poids plume aujourd’hui dans l’univers de Lowe’s.

En mai dernier, à RDI économie, le PDG de Lowe’s Canada Sylvain Prud'homme affirmait que l'intégration de Rona dans l’entreprise était « complétée » et « réussie », que les ventes de Rona en 2017 avaient été les meilleures en 13 ans et que le processus de décision chez Lowe’s était très décentralisé. Aucune trace de coupes éventuelles, de fermetures, de réduction d’activités, de restructuration dans ce bilan que présentait Sylvain Prud’homme il y a à peine cinq mois.

Cela dit, il est important de mentionner que le nombre de magasins est relativement stable au Canada. La bannière Rona est passée de 509 magasins corporatifs et affiliés en 2014 à 482 en 2017. Mais, le nombre de magasins Lowe's est passé de 37 à 63. Certains magasins ont changé d’affiche, d’autres se sont ajoutés.

La pression boursière

Le deuxième élément à considérer dans cette nouvelle, c’est la pression financière.

Il faut placer l’annonce de Lowe’s dans son contexte concurrentiel. Le secteur du détail traditionnel fait face à une forte poussée des ventes en ligne. Dans le cas de Lowe's, le grand concurrent, c'est Home Depot. Et cette entreprise est aujourd’hui le cinquième détaillant en importance sur le web aux États-Unis.

Home Depot est plus agile, plus rapide et affiche des mesures de croissance plus fortes que Lowe’s, selon les analystes. Au dernier trimestre, les ventes de Home Depot ont progressé de 8 % alors que celles de Lowe’s a monté de 5,2 %. De plus, Home Depot affiche des liquidités et des marges plus élevées.

Néanmoins, Lowe’s est un géant de la construction qui connaît du succès. En 2017, ses ventes ont progressé de 5,5 % pour atteindre 68,6 milliards de dollars américains. Les profits nets ont touché 3,4 milliards de dollars, en hausse de 11,4 %. L’action de Lowe’s a gagné 6 % cette année, et 500 % depuis la récession en 2009.

Le défi premier de Lowe’s, c’est d’améliorer son bilan financier et sa croissance pour offrir une concurrence plus vive à Home Depot, auprès des clients et face aux actionnaires. C’est l’engagement du PDG et du conseil de l’entreprise, en Caroline du Nord.

Et ce sont eux qui orientent, coupent, ajustent, ajoutent, décident. L'annonce d'aujourd’hui en est la preuve.

Gérald Fillion

Emploi

Économie