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  • Yémen : une catastrophe fabriquée de toute pièce

    Carte du Yémen et du sud de l'Arabie saoudite
    Le Yémen subit une grave famine provoquée par la guerre qui détruit le pays. Photo: Radio-Canada

    Le Yémen, le pays le plus pauvre de la péninsule arabe, est depuis 2015 la proie d'une guerre effroyable que soutiennent des puissances étrangères. Même si cette dernière fait rarement la une des médias, Radio-Canada surveille et couvre ce conflit meurtrier.

    Une guerre oubliée

    Au Yémen, la situation est dramatique […] Il n’y a qu’à voir cette image derrière moi, cette image insoutenable. Plus de 13 millions de personnes, dont 5 millions d’enfants, font face à la pire famine du dernier siècle, selon les Nations unies.

    Anne-Marie-Dussault

    Il faut bien préciser. Ce n’est pas quelque chose d’inéluctable. Ce n’est pas une catastrophe naturelle. C’est le résultat d’une politique de l’Arabie saoudite.

    Philippe Bolopion, directeur adjoint du plaidoyer mondial, Human Rights Watch

    En ce soir du 15 octobre 2018, le ton de l’animatrice de l’émission 24/60 Anne-Marie Dussault est grave. Elle discute avec Philippe Bolopion de Human Rights Watch de ce qu'Anne-Marie Dussault qualifie, non sans raison, de génocide.

    Les populations civiles du Yémen meurent de faim. Le Yémen est au bord de l’abîme.

    Philippe Bolopion confirme à la fois le pire et l’absurde. Cette famine, elle est provoquée par la volonté des hommes. Cette disette ne nourrit que des ambitions politiques.

    C’est notamment au pays voisin du Yémen, l’Arabie saoudite, et à son prince héritier Mohammd ben Salmane que le crime profite.

    Voici pourquoi on meurt de faim au Yémen. L’Arabie saoudite et son prince héritier veulent annihiler une rébellion à l’intérieur du Yémen que soutient l’Iran. L’Arabie saoudite, pays musulman sunnite, cherche à contrer l’influence de l’Iran, pays musulman chiite.

    Pour y arriver, les Saoudiens, appuyés par huit autres pays, dont les États-Unis, bombardent le Yémen. Les acheminements de nourriture sont bloqués, même ceux organisés par les Nations unies.

    Le Yémen, terre de contradiction

    Dans l’histoire antique, les Grecs et les Romains surnommaient le Yémen « l’Arabie heureuse » parce qu'il jouissait d’un climat relativement humide et d’un système d’irrigation bien développé.

    Or, au début des années 1990, le Yémen est le pays le plus pauvre de la péninsule arabe. Il est entouré de voisins riches que dirigent des monarchies autocratiques ou des dictateurs.

    Mais comme le soulignent le journaliste Gilles Gougeon et le réalisateur Alain Saulnier dans un reportage présenté à l’émission Le Point le 15 janvier 1991, le Yémen se révèle une terre de contradiction.

    Il abrite la démocratie la plus avancée – bien que fragile – de la région. Cette situation, le Yémen la doit à son président Ali Abdallah Saleh, au pouvoir depuis 1978.

    Le président Saleh a beau être un ami du dictateur irakien Saddam Hussein, il a choisi de favoriser un consensus démocratique au sein de sa nation qui vient à peine de se réunifier. La presse jouit d’une liberté pratiquement inégalée dans le monde arabe.

    Le Yémen est pauvre. Une paix toute relative y règne cependant.

    Cela ne va pas durer.

    L'Arabie heureuse descend aux enfers

    "Musulmans, combattez les infidèles et les hypocrites pour qu’ils brûlent en enfer". Les infidèles en question, ce sont les milices houtistes qui ont délogé le président Saleh, Abd Rabbo Mansour Hadi.

    Marie-Ève Bédard

    En mai 2015, notre correspondante au Moyen-Orient Marie-Ève Bédard se rend à Riyad en Arabie saoudite. Elle tente de comprendre le rôle que joue ce pays dans le conflit qui fait rage au Yémen depuis quelques semaines. Elle présente son analyse au Téléjournal du 13 mai 2015 qu’anime Céline Galipeau.

    Au début 2015, les miliciens chiites dirigés par Hussein Badreddine al-Houthi ont pris de facto le pouvoir au Yémen. Le président Abd Rabbo Mansour Hadi trouve refuge en Arabie saoudite.

    Arrivé à Riyad, la capitale saoudienne, il demande un soutien pour chasser les milices houthies du pouvoir. Cette requête, il la fait spécifiquement au ministre de la Défense, le prince héritier de l’Arabie saoudite Mohammed Ben Salmane.

    La supplique coïncide tout à fait avec les plans du fils du roi Salmane.

    L’influence croissante de l’Iran fait ombrage à Mohammed Ben Salman. Ce dernier veut en découdre avec son voisin et son grand rival iranien qui soutient les miliciens chiites houthis.

    Le 26 mars 2015, l’Arabie saoudite, appuyée par une coalition de huit pays hostiles à l’Iran, effectue des frappes contre les milices houthies. L’intervention dans la guerre civile yéménite n’a cessé depuis de s'intensifier.

    Dans le reportage de Marie-Ève Bédard, on apprend que l’opinion publique saoudienne appuie majoritairement la guerre au Yémen.

    Cette approbation est bien expliquée par un conférencier que notre correspondante rencontre lors d’un colloque tenu à Riyad.

    Ce conférencier interviewé par notre correspondante est très près de la famille royale saoudienne. Mais il est inconnu alors en Occident. Il s’appelle Jamal Khashoggi.

    Trois ans et demi plus tard, le journaliste-conférencier Jamal Khashoggi fera, bien contre son gré, la une de la presse internationale. Au début octobre 2018, il est sauvagement assassiné dans le consulat saoudien à Istanbul.

    Il y a de forts soupçons que le commanditaire de ce crime soit le prince héritier saoudien.

    L’opinion publique mondiale s’émeut. Le meurtre du journaliste saoudien rappelle à cette dernière qu’au Yémen une guerre, appuyée par Mohammed Ben Salman, fait mourir à petit feu la moitié du pays.

    Depuis, les exhortations à la trêve viennent de partout pour que cesse le martyre des Yéménites.

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