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Nous avons testé la voiture sans conducteur dans les rues de Paris

La voiture autonome de Valeo est testée depuis plusieurs mois dans les rues de Paris, là où la conduite automobile n'est pas toujours la plus courtoise.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

Jean-François Bélanger

Promise depuis des années, la voiture autonome tarde encore à se concrétiser. Les modèles déjà commercialisés offrent davantage d'assister le conducteur que de le remplacer. Pourtant, la technologie est presque au point. Une voiture totalement autonome roule déjà en plein Paris. Nous l'avons testée.

Qui n'a pas rêvé de s’asseoir dans sa voiture pour aller au travail tout en lisant le journal ou en admirant le paysage?

Une tentation encore plus grande lorsque le trajet emprunté se situe en plein cœur de Paris, sans doute l’une des plus belles villes du monde.

C’est un rêve à portée de la main, si l’on en croit les promesses de l’équipementier automobile Valeo, qui développe depuis dix ans une voiture totalement autonome.

L’industriel français est loin d’être le seul à plancher sur un tel projet. Tous les constructeurs y travaillent à des degrés divers. Tesla a même commercialisé il y a quelques années un mode « autopilote » dans ses voitures.

Mais Valeo affirme être le premier à tester une voiture presque totalement autonome en milieu urbain, dans des conditions normales de circulation. De l’aveu même du responsable du projet, faire évoluer une voiture autonome en plein Paris, compte tenu de l’indiscipline légendaire des conducteurs, représente le défi ultime.

Guillaume Devauchelle, devant une voiture autonome Valeo

Tester la voiture autonome dans l'indiscipline des rues parisiennes est tout un défi, admet Guillaume Devauchelle, vice-président en charge de l’innovation et du développement scientifique chez Valeo.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

« Il n’y a que de l’imprévu. Tout peut arriver, dit Guillaume Devauchelle, vice-président responsable de l’innovation et du développement scientifique chez Valeo. Il y a des scooters, des motos qui se faufilent, des piétons qui traversent n’importe où, de plus en plus de cyclistes assez agressifs... »

Paris, c'est quand même un défi pour un véhicule autonome. Ce n’est pas dans une banlieue avec des rues toutes droites.

Guillaume Devauchelle, vice-président, Valeo

Depuis des mois, la voiture a tourné dans les rues de Paris, accumulant les données de façon à nourrir son intelligence artificielle. Car le véhicule s’adapte aux habitudes de conduite locale. Pas question de conduire à Paris comme on conduit à Los Angeles. Non seulement le Code de la route n’y est pas le même, mais les humains n’y ont pas le même comportement.

« Il ne faut pas conduire en respectant strictement les règles. Il faut respecter la culture du lieu », explique Guillaume Devauchelle. La voiture sans conducteur a donc appris à imiter les conducteurs parisiens.

La voiture étonne par sa banalité

Sachant qu’on allait tester un prototype à la fine pointe de la technologie, on s’attendait à voir un véhicule futuriste surmonté d’une foule d’antennes et de capteurs. Il n’en est rien.

En fait, la voiture autonome testée par l’équipementier automobile Valeo est à première vue un VUS Range Rover tout à fait normal. Il a été modifié en profondeur, mais rien n’y paraît.

Cette discrétion fait la fierté de Guillaume Devauchelle, responsable du projet. Pourtant, la voiture a, pour ainsi dire, des yeux tout autour de la tête. En faisant le tour du véhicule, il énumère les systèmes mis en place : huit capteurs LIDAR, quatre radars, cinq caméras, douze détecteurs à ultrasons.

Mais le secret réside dans le cerveau, pour l’instant logé dans le coffre de la voiture. Il contient un logiciel maison qui tourne sur un simple ordinateur portable.

L'écran de la voiture autonome montre des blocs et des lignes.

L'ordinateur de bord représente le monde à sa manière, avec des blocs et des lignes colorées, afin de prévoir le moindre des mouvements de la voiture autonome.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

Son écran montre le monde tel qu'il est perçu par la voiture. Les autres véhicules y sont représentés par des cubes de couleur. L’ordinateur sait différencier le type de véhicule; distinguer l’avant de l’arrière; indiquer leur direction; et tenter de prévoir leurs prochains déplacements. Le tout, recalculé vingt fois par seconde.

En montant à bord, une légère appréhension nous envahit lorsque l’ingénieur chargé des tests annonce qu’il enclenche le mode autonome et place ses mains sur ses cuisses.

À partir de maintenant, j’active le système et la voiture se conduit toute seule. Je ne touche ni au volant ni aux pédales.

Simon Maignan, ingénieur Valeo

Et nous voilà à bord

Le véhicule roule à 50 km/h sur les voies qui longent la Seine en plein cœur de Paris. Le volant tourne tout seul pour suivre la route et la voiture adapte sa vitesse en fonction de celle des véhicules devant nous. Au loin, on aperçoit la tour Eiffel. À droite, une piste cyclable. On imagine immédiatement les conséquences tragiques d’un simple bogue informatique.

L'ingénieur Simon Maignan au volant de la voiture autonome de Valeo

L'ingénieur Simon Maignan reste alerte. La Ville a autorisé les essais à condition qu'il y aie toujours quelqu'un derrière le volant.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

L’ingénieur Simon Maignan reste aux aguets, prêt à reprendre les commandes à la moindre alerte. Mais il reste d’un calme absolu, même lorsqu’un camion grille la priorité à droite pour nous couper la route. La voiture a moins d’une dizaine de mètres pour réagir. Impossible de se décaler, car un scooter est en train de nous dépasser par la droite.

En un quart de seconde, l’accident est évité et le conducteur confirme n’y être pour rien : « le camion nous a coupé la route et la voiture a freiné toute seule pour éviter la collision. »

Le freinage est ferme, mais progressif; tout en douceur. L’ingénieur confirme que la voiture est programmée pour conduire de façon fluide, comme un humain, tant pour le confort des passagers que pour mieux se fondre dans le flux de la circulation.

Plus loin, des piétons qui traversent en courant devant nous sont aussi détectés et évités de la même manière.

Arrivé au niveau du pont de Bir-Hakeim, le véhicule effectue un quart de tour à droite. Difficile de s’habituer à ce volant qui tourne tout seul. On remarque que la voiture a déclenché au préalable son clignotant, ce qu’oublient bien des conducteurs.

Arrivé au bout du pont, le véhicule ralentit à nouveau. Il vient de repérer le feu rouge. Il s’arrête et repart dès que le signal lumineux repasse au vert et que les derniers piétons ont fini de traverser.

Un parcours prédéterminé

Nous sommes montés à bord.

Le trajet emprunté pour les tests en ville est toujours le même. Le tracé a été prédéterminé de concert avec les autorités, qui ont donné leur permission à certaines conditions. Une personne doit toujours être présente derrière le volant pendant les essais et le mode autonome doit être débrayé à proximité des zones de travaux et des véhicules d’urgence.

Comme l’erreur humaine est à l’origine de plus de 90 % des accidents de la route, les défenseurs de la voiture autonome sont convaincus que sa généralisation permettra de rendre les rues plus sûres.

Le père de cette voiture autonome en est convaincu : la technologie est pratiquement au point et pourrait permettre une commercialisation au cours des prochaines années. Le principal frein, pour l’instant, est en fait surtout d’ordre légal.

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