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Le grand récit de 57 000 migrants morts ou disparus

Des migrants marchent dans le désert à l'aube, des cruches d'eau à la main et sacs sur le dos.
Un groupe de migrants traverse le désert entre le Mexique et l’Arizona. Alors que les populations du monde entier fuient la guerre, la faim et le manque d'emplois, la migration mondiale a atteint des records, selon l'ONU, soit plus de 258 millions de migrants internationaux en 2017. Photo: Associated Press / Gregory Bull
Associated Press

Alors que les migrations dans le monde atteignent des sommets sans précédent, on perd parfois de vue leur côté sombre : les dizaines de milliers de personnes qui meurent ou disparaissent tout simplement au cours de leur voyage et qui ne seront plus jamais vues.

Dans la plupart des cas, personne ne s'en formalise. Rarement comptées pendant leur vie, ces personnes disparaissent dans la mort, comme si elles n'avaient jamais vécu.

Un bilan de l'Associated Press documente au moins 56 800 migrants morts ou disparus dans le monde depuis 2014, soit près du double du nombre constaté lors de l'unique tentative officielle visant à les compter, par l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) des Nations unies.

Au 1er octobre, le bilan de l'OIM surpassait 28 500. L'AP ajoute près de 28 300 migrants morts ou disparus en compilant des informations obtenues auprès d'autres groupes internationaux; en demandant des enregistrements médico-légaux, des rapports de personnes disparues et des actes de décès; et en triant des données issues de milliers d'entretiens avec des migrants.

Les morts et les disparitions sont le résultat d'une migration en hausse de 49 % depuis le début du siècle, avec plus de 258 millions de migrants internationaux en 2017, selon les Nations unies. Un nombre croissant de personnes se sont noyées, sont mortes dans le désert ou sont devenues les proies des trafiquants, laissant leur famille se demander ce qui leur est arrivé. Au même moment, des corps anonymes remplissent les cimetières du monde entier.

Le décompte de l'AP sous-estime probablement la réalité. De plus en plus de corps de migrants sont découverts dans les sables du désert ou au fond des mers. Et les familles ne signalent pas toujours que des proches sont portés disparus parce qu'ils ont émigré illégalement ou parce qu'ils sont partis sans dire exactement où ils se dirigeaient.

Un homme tient dans ses mains usées la photo de son fils disparu.Le père de Majdi Barhoumi, disparu en 2011, tient dans ses mains des photos de son fils. Photo : Associated Press / Nariman El-Mofty

Ils laissent derrière eux des familles prises entre espoir et deuil, comme celle de Safi al-Bahri. Son fils, Majdi Barhoumi, a quitté sa ville natale de Ras Jebel, en Tunisie, le 7 mai 2011, en direction de l'Europe dans un petit bateau avec une douzaine d'autres migrants. Le bateau a coulé et Barhoumi n'a plus eu de nouvelles depuis.

Je l'attends. Je l'imagine toujours derrière moi, chez moi, au marché, partout. Quand j'entends une voix la nuit, je pense qu'il est revenu. Quand j'entends le son d'une moto, je pense que mon fils est de retour.

Le père de Majdi Barhoumi

Europe : des bateaux qui n'arrivent jamais

Des migrants africains, assis dans un radeau pneumatique, à côté des cadavres d'autres migrantsDes migrants attendent d'être secourus par des travailleurs humanitaires à côté des corps d'autres migrants en Méditerranée, au nord de Sabratha, en Libye, en juillet 2017. Photo : Associated Press / Santi Palacios

De toutes les crises migratoires mondiales, celle de l'Europe est la plus cruellement visible. Le corps sans vie d'un enfant kurde sur une plage, des camps de tentes gelées en Europe de l'Est et une succession presque insensée de naufrages meurtriers ont été transmis à travers le monde, ajoutant à la fureur.

En Méditerranée, de nombreux pétroliers, cargos, navires de croisière et navires militaires dominent de minuscules radeaux surpeuplés, équipés d'un moteur hors-bord, pour un aller simple. Même les plus gros bateaux transportant des centaines de migrants peuvent tomber.

Deux naufrages et la mort d'au moins 368 personnes au large des côtes italiennes en octobre 2013 ont motivé les recherches de l'OIM sur les décès de migrants. L'organisation s'est concentrée sur les décès en Méditerranée, bien que ses chercheurs plaident pour davantage de données provenant d'autres régions du monde. Cette année seulement, l'OIM a constaté plus de 1700 décès dans les eaux qui divisent l'Afrique et l'Europe.

Le cadavre d'une femme sur une plageLe corps d'une migrante non identifiée est retrouvé sur une plage du village de Skala, sur l'île grecque de Lesbos en novembre 2015. Photo : Associated Press / Santi Palacios

La plupart des migrants partent chercher du travail. Barhoumi, ses amis, ses cousins et d'autres migrants potentiels ont campé dans la brousse près de la mer la nuit précédant leur départ, écoutant le fracas des vagues qui finiraient par couler leur radeau.

Khalid Arfaoui avait prévu partir avec eux. Lorsque le groupe a frappé à sa porte, ce n'est pas la peur qui l'a retenu, mais le manque d'argent. Tout le monde devait payer pour le bateau, l'essence et les fournitures, et il lui manquait environ 100 $ US.

Propulsé par un faible moteur hors-bord et surchargé de passagers, le radeau en caoutchouc a basculé, probablement après avoir heurté des rochers sur une île inhabitée au large des côtes. Deux corps ont été récupérés. La seule survivante a été retrouvée accrochée aux débris huit heures plus tard.

Le gouvernement tunisien n'a jamais comptabilisé les disparus et le groupe ne s'est jamais suffisamment approché de l'Europe pour attirer l'attention des autorités locales. Ces migrants n'ont donc jamais été comptés parmi les morts et les disparus.

Si j'étais allé avec eux, je serais perdu comme les autres. Si j'en ai l'occasion, je le ferai. Même si j'ai peur de la mer et que je sais que je pourrais mourir, je le ferai.

Khalid Arfaoui

Afrique : disparaître sans laisser de trace

Des ouvriers d'une morgue vêtus de combinaisons de protection portent un cercueil.Les ouvriers d’une morgue portent le cercueil d'un migrant non identifié pour inhumation dans un cimetière à l'extérieur de Johannesburg. Au moins cinq corps de personnes non identifiées sont enterrés les uns sur les autres dans chaque tombe. Photo : Associated Press / Bram Janssen

Malgré les rumeurs sur les « vagues » de migrants africains qui tentent de traverser la Méditerranée, de nombreux migrants – 16 millions d'entre eux – migrent au sein de l'Afrique avant de partir pour l'Europe. Au total, depuis 2014, au moins 18 400 migrants africains sont morts en voyageant en Afrique, selon les données de l'AP et de l'OIM.

Lorsque des personnes disparaissent lors de leur migration en Afrique, elles partent souvent sans laisser de traces. L'OIM prévient que le désert du Sahara a possiblement tué plus de migrants que la Méditerranée. Mais personne ne le saura jamais avec certitude dans une région où les frontières ne sont guère plus que des lignes tracées sur des cartes et où aucun gouvernement ne fouille une étendue aussi vaste que les États-Unis continentaux. Le soleil impitoyable et les sables du désert décomposent rapidement et enterrent les corps des migrants, de sorte que même lorsqu'ils sont trouvés, ils sont généralement impossibles à identifier.

Avec une économie prospère et un gouvernement stable, l'Afrique du Sud attire plus de migrants que tout autre pays d'Afrique. Le gouvernement collige donc méticuleusement les empreintes digitales – presque tous les résidants légaux et les citoyens ont un dossier quelque part –, donc on déduit que les cadavres impossibles à identifier sont ceux de gens qui vivaient et travaillaient illégalement au pays. On vérifie les empreintes digitales des corps quand on le peut, mais une analyse génétique n'est pas possible.

L'Afrique du Sud affiche également l'un des taux de criminalité violente les plus élevés au monde et la police se concentre davantage sur le règlement des affaires nationales que sur l'identification des migrants.

« Il y a une logique à cela, aussi triste que cela puisse être (...) Vous voulez trouver le tueur si vous êtes un policier, car il pourrait tuer plus de personnes », a expliqué Jeanine Vellema, la spécialiste en chef des huit morgues de la province. L'identification des migrants, quant à elle, est en grande partie un problème pour les familles étrangères et pauvres.

Un technicien dans une morgue prélève un tissu sur un cadavre.Un technicien extrait un échantillon du corps d'un homme non identifié pour une analyse d’ADN dans une morgue de Johannesburg. Environ 10 % des corps, soit plus de 300 chaque année, restent non réclamés et non identifiés. Photo : Associated Press / Bram Janssen

Mme Vellema a essayé de s'intégrer au système de police des personnes disparues, de mettre en place un système de registres électroniques de la morgue et d'établir un protocole selon lequel un échantillon d'ADN serait prélevé sur chaque ensemble de restes arrivant à la morgue. Elle soupire : « Ressources. » C'est un mot qui revient dix fois dans une conversation d'une demi-heure.

Les corps se retrouvent donc à Olifantsvlei ou dans un cimetière semblable, dans des tombes anonymes. Lors d'une récente visite de l'AP, une série de rectangles ouverts attendaient les corps des personnes non identifiées et non réclamées. Ils n'attendirent pas longtemps : une camionnette arriva, chargée d'environ dix cercueils, cinq par tombe. Il y avait au moins 180 pierres tombales pour les morts anonymes, et plusieurs corps dans chaque tombe.

Les États-Unis : « C'est comme ça que mon frère dormait »

Des hommes font la file. Derrière eux, des photos de disparus.Des hommes font la queue pour un repas dans un refuge pour migrants à Tijuana, au Mexique. Derrière eux, les photos de disparus. Photo : Associated Press / Gregory Bull

À plus de 9000 kilomètres de là, dans les déserts qui chevauchent la frontière américano-mexicaine, se trouvent les corps des migrants qui ont péri en essayant de traverser des terres aussi impitoyables que les eaux de la Méditerranée.

Plusieurs ont fui la violence et la pauvreté du Guatemala, du Honduras, du Salvador ou du Mexique. Certains sont retrouvés des mois ou des années plus tard sous forme de simples squelettes. D'autres passent un dernier appel téléphonique désespéré et ne sont plus jamais revus.

Au moins 3861 migrants sont morts et disparus sur la route reliant le Mexique aux États-Unis depuis 2014, selon le total combiné AP et IOM. Le travail d'identification fastidieux peut prendre des années, entravé par le manque de ressources, de registres officiels et de coordination entre les pays, et même entre les États.

Une femme tient la photo d'un jeune homme.Une membre de la famille d'Armando Reyes tient sa photo. Il est disparu en 2016. Photo : Associated Press / Marco Ugarte

Pour plusieurs familles de disparus, c'est leur seul espoir, mais pour les familles de Juan Lorenzo Luna et Armando Reyes, cet espoir s'estompe.

M. Luna, 27 ans, et M. Reyes, 22 ans, étaient des beaux-frères qui ont quitté leur petite ville de Gomez Palacio, dans le nord du Mexique, en août 2016.

Ils savaient qu'ils risquaient leur vie : le père de M. Reyes est mort en émigrant en 1995 et un oncle a disparu en 2004. Mais M. Luna, un père de famille discret, voulait gagner assez d'argent pour acheter une camionnette, puis revenir à sa femme et à ses deux enfants. M. Reyes voulait un travail où il ne salirait pas ses chaussures et pourrait donner une vie meilleure à sa fille nouveau-née.

Parmi les cinq personnes qui ont quitté Gomez Palacio ensemble, deux hommes ont réussi à se mettre en sécurité et un homme a fait demi-tour. La seule information qu'il a donnée est que les beaux-frères ont arrêté de marcher et envisageaient de se rendre. C'est la dernière information connue d'eux.

Les responsables ont dit à leur famille qu'ils avaient fouillé les prisons et les centres de détention, mais qu'il n'y avait aucune trace des disparus.

Un homme tient un téléphone sur lequel on voit la photo d'un crâne.Un crâne non identifié a été découvert dans le désert de l'Arizona. Des membres de la famille de Armando Reyes et Juan Lorenzo Luna racontent l’histoire de leurs fils disparus dans le désert du Nevada à des spécialistes d’identification de cadavres. Photo : Associated Press / Marco Ugarte

Un week-end de juin 2017, des volontaires ont retrouvé huit corps près d'une zone militaire du désert de l'Arizona et ont posté les images en ligne dans l'espoir de retrouver leur famille. Maria Elena Luna est tombée sur une photo de Facebook montrant un corps en décomposition découvert dans un paysage aride parsemé de cactus et d'arbustes, la face visible vers le haut, une jambe repliée vers l'extérieur. Il y avait quelque chose d'horriblement familier à propos de la pose.

« C'est comme ça que mon frère dormait », murmura-t-elle.

En plus des corps, les volontaires ont trouvé les papiers d'un garçon guatémaltèque, une photo et une feuille de papier portant un numéro. La photo était de Juan Lorenzo Luna et le numéro sur le papier était pour des cousins de la famille. Mais les enquêteurs ont averti qu'un portefeuille ou des identifiants pourraient avoir été volés, les migrants étant fréquemment braqués.

Chaque fois que Mme Luna entend parler de tombes clandestines ou de corps non identifiés aux nouvelles, l'angoisse est vive.

Soudain, tous les souvenirs reviennent. Je ne veux pas penser.

Maria Elena Luna
Des croix blanches dans un cimetièreDes croix blanches et des briques de ciment marquent les tombes où des migrants non identifiés décédés en traversant la frontière sont enterrés, dans un cimetière public de Holtville, en Californie. Plusieurs centaines de tombes de ce type sont situées dans le cimetière. Photo : Associated Press / David Maung

Amérique du Sud : « Personne ne veut admettre que c'est une réalité »

Le bilan des morts et des disparus a été pratiquement ignoré dans l'un des plus grands mouvements de population au monde à ce jour : celui de près de deux millions de Vénézuéliens qui fuient la faillite de leur pays.

Ces migrants ont traversé les frontières en autobus, sont montés à bord de rafiots dans les Caraïbes et, quand tout le reste a échoué, ont marché pendant des jours sur des autoroutes brûlantes et des sentiers de montagne enneigés. Vulnérables à la violence des cartels de drogue, à la faim et aux maladies qui persistent même après avoir atteint leur destination, ils ont disparu ou sont morts par centaines.

Des migrants vénézuéliens tentent de se réchauffer.Des migrants vénézueliens se couvrent pour se réchauffer après être entré en Colombie. Plus de deux millions de Vénézuéliens ont fui leur pays au cours des dernières années. Photo : Associated Press / Ariana Cubillos

Carlos Valdes, le directeur de l'institut médico-légal colombien voisin, explique que les autorités ne récupèrent pas toujours les corps des personnes décédées, certains migrants arrivés illégalement dans le pays craignant de demander de l'aide.

M. Valdes pense que l'hypothermie en a tué certains alors qu'ils marchaient dans la toundra, mais il ne savait pas combien.

Marta Duque, 55 ans, a été à l'avant-garde de la crise migratoire au Venezuela depuis son domicile à Pampelune, en Colombie. Tous les soirs, elle ouvre ses portes pour héberger des familles avec de jeunes enfants. Pampelune est l'une des dernières villes que les migrants atteignent avant d'affronter une montagne glaciale, une des parties les plus dangereuses du voyage pour les migrants qui se déplacent à pied.

Des migrants vénézuéliens font la file.Des migrants vénézuéliens font la queue pour obtenir du pain et du café donnés par une famille colombienne. Des migrants sont morts d'hypothermie alors qu'ils traversaient les montagnes pour entrer en Colombie. Photo : Associated Press / Ariana Cubillos

Elle explique que l'inaction des autorités a forcé des citoyens comme elle à intervenir.

Tout le monde semble passer le ballon. Personne ne veut admettre que c'est une réalité.

Marta Duque

Ces morts sont innombrables, de même que celles de dizaines de personnes en mer. Les disparus signalés en Colombie, au Pérou et en Équateur sont également non comptabilisés. Au total, 3410 Vénézuéliens au moins auraient été portés disparus ou morts au cours d'une migration en Amérique latine.

Asie : un vaste inconnu

Un individu tient un crayon au-dessus d'une carte de l'Asie.Almass, un Afghan de 18 ans qui a perdu son petit frère à la frontière irano-turque il y a quatre ans, trace le chemin de sa migration vers l'Europe. Photo : Associated Press / Lori Hinnant

La région d'Asie, qui connaît la plus forte migration globale, possède également le moins d'informations sur le sort de ceux qui disparaissent après avoir quitté leur pays d'origine. Les gouvernements ne veulent pas ou ne peuvent pas rendre compte des citoyens qui partent ailleurs dans la région ou au Moyen-Orient, deux des destinations les plus courantes.

Les Asiatiques représentent 40 % des migrants dans le monde et plus de la moitié d'entre eux ne quittent jamais la région. L'Associated Press a pu documenter plus de 8200 migrants disparus ou décédés après avoir quitté leur pays d'origine en Asie et au Moyen-Orient, dont des milliers aux Philippines et en Indonésie.

Almass, un réfugié afghan en FranceAlmass vit dorénavant à Gentioux-Pigerolles, en France. Il n’a plus jamais eu de contact avec sa famille. Photo : Associated Press / Lori Hinnant

Almass venait d'avoir 14 ans lorsque sa mère, veuve, l'envoya à contrecœur avec son frère âgé de 11 ans de leur domicile à Khost, en Afghanistan, vers l'inconnu. Le paiement de leur voyage devait les éloigner des talibans et leur permettre d'aller jusqu'en Allemagne via une chaîne de passeurs. Les deux enfants se sont entassés les premiers dans une camionnette avec une quarantaine de personnes, ont marché quelques jours à la frontière, se sont entassés dans une voiture, ont attendu un peu à Téhéran et ont marché quelques jours de plus.

Son frère Murtaza était épuisé au moment où ils atteignirent la frontière irano-turque. Mais le passeur a déclaré que ce n'était pas le moment de se reposer – il y avait au moins deux postes-frontière à proximité et le risque que des enfants beaucoup plus jeunes voyageant avec eux fassent du bruit.

Almass portait un bébé dans ses bras et tenait la main de son frère quand ils ont entendu le cri des gardes iraniens. Les balles sifflèrent au moment où il dégringola dans un ravin et perdit connaissance.

Seul toute la journée et le lendemain, Almass tomba sur trois autres garçons qui avaient également été séparés du groupe, puis sur quatre autres. Personne n'avait vu son frère. Et bien que le plus jeune garçon ait sa carte d'identité, il revenait à Almass de mémoriser les informations de contact essentielles pour le passeur.

Quand Almass a finalement appelé à la maison, depuis la Turquie, il ne pouvait pas supporter de dire à sa mère ce qui était arrivé. Il a dit que Murtaza ne pouvait pas venir au téléphone, mais qu'il envoyait son amour.

C'était au début de l'année 2014. Almass, qui a maintenant 18 ans, n'a plus parlé à sa famille depuis.

Almass a recherché son frère parmi les 2773 enfants signalés à la Croix-Rouge comme disparus en route vers l'Europe. Il l'a également cherché parmi les 2097 adultes portés disparus par des enfants. Il n'était pas sur la liste.

Almass est passé d'Asie en Europe et parle maintenant français à la femme qui l'a hébergé dans une ferme bourgeoise de 400 ans dans le Limousin, en France. Mais sa famille est perdue pour lui. Leur numéro de téléphone en Afghanistan ne fonctionne plus, leur village est envahi par les talibans et il n'a aucune idée de la façon de les retrouver.

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