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Les sanctions de Trump affecteront les Iraniens plus que le régime, note un expert

Un homme échangeant des dollars américains contre des rials iraniens dans un bureau de change à Téhéran.
Un homme échangeant des dollars américains contre des rials iraniens dans un bureau de change à Téhéran. Photo: Reuters / Essam Al Sudani
Radio-Canada

Le président américain Donald Trump s'apprête à imposer lundi de nouvelles sanctions contre Téhéran, après avoir retiré unilatéralement son pays de l'accord international sur le nucléaire iranien, conclu en 2015 à Vienne. Richard Nephew, chercheur à l'Université Columbia et ancien coordonnateur de la politique des sanctions au département d'État américain, a répondu à cinq questions pour mieux comprendre la situation.

Propos recueillis par Rania Massoud

Les nouvelles sanctions américaines visent principalement le secteur énergétique de l’Iran. Comment le régime et son économie seront-ils affectés?

Ces sanctions auront un impact considérable sur les exportations pétrolières de l’Iran et sur les investissements étrangers dans le pays. Cela va aggraver les problèmes déjà connus de l’Iran : le chômage, l’inflation et la dévaluation de sa monnaie. L’économie iranienne était déjà en mauvais état avant l’entrée en vigueur de ces sanctions; elle sera encore plus affaiblie après le 5 novembre.

L’impact sur le régime sera moins clair. Les dirigeants iraniens sont habitués d’être aux prises avec des problèmes économiques et, plus encore, ils exercent un contrôle considérable sur leurs forces de sécurité. Il est probable que les querelles politiques s’intensifient, mais cela ne se traduira probablement pas en un soulèvement populaire qui pourrait réussir.

L’Iran soutient plusieurs groupuscules chiites armés au Moyen-Orient, dont le Hezbollah au Liban et en Syrie, ainsi que les rebelles houthis au Yémen. Son influence dans la région sera-t-elle touchée?

Si impact il y a, ces sanctions vont surtout encourager le régime iranien à rendre la vie encore plus difficile à ses adversaires dans la région [notamment l’Arabie saoudite, NDLR].

L’Iran n’a jamais abandonné le Hezbollah, malgré les multiples trains de sanctions et ses problèmes économiques. Les intérêts des Iraniens en Syrie sont stratégiques et, jusqu'ici, ont atteint leur objectif avec la reprise du contrôle sur le terrain par le président Bachar Al-Assad.

Quant au Yémen, l’Iran possède des moyens de nuisance relativement peu coûteux [et donc abordables] contre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, en les faisant dépenser beaucoup d’argent et en nuisant à leur réputation dans ce conflit. Téhéran peut maintenir tout cela et cherchera à utiliser ces moyens pour optimiser son influence.

Par quels moyens le régime islamique tentera-t-il de contourner les sanctions américaines?

Probablement par les moyens traditionnels : par la contrebande, des faux connaissements, des sociétés-écrans, etc. L’Iran pourra aussi compter sur les divisions au sein de la communauté internationale, surtout avec l’Europe, pour garder son économie à flot.

Comment percevez-vous le rôle de l’Union européenne dans cette crise?

Sur le plan politique, l’Europe veut éviter la crise en trouvant des moyens pour encourager les Iraniens à coopérer. Au niveau commercial, [la suspension] des vols aériens entre l’Europe et l’Iran va accélérer les difficultés pour l’Iran de rester dans l’accord de Vienne sur le nucléaire. Mais, pour l'instant, la promesse d’une coopération économique avec l’Europe pourrait bien être la seule chose qui retient encore l’Iran de relancer son programme nucléaire.

Les États-Unis avaient déjà imposé des sanctions sur le régime des Ayatollahs entre 2010 et 2016. En quoi les nouvelles sanctions de Trump sont-elles différentes?

Il n’y a pas de différence au niveau des conditions et des méthodes d’application explicites. La différence réside dans l’environnement opérationnel. [Sous l’administration de Barack Obama], nous avions le soutien de la communauté internationale, alors que Trump ne l’a pas.

Nous cherchions à mobiliser nos partenaires, alors que Trump les harcèle. Et nous voulions une issue négociable, alors que plusieurs dans l’administration Trump ont souligné leur désir de changer le régime en Iran.

Ce contexte est important, puisqu’il réduit les chances d’une issue négociée, tout en aggravant les tensions avec nos alliés et partenaires.

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