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Des Terre-Neuviens inquiets de voir leur facture d'électricité doubler

Le barrage hydroélectrique Muskrat Falls, sur le fleuve Churchill, est encore en construction.

Photo : Radio-Canada / CBC

Radio-Canada

À Terre-Neuve-et-Labrador, bien que personne ne soit surpris de la décision de la Cour suprême de ne pas rouvrir le contrat entre Hydro-Québec et la Churchill Falls Labrador Corporation (CFLCo), la déception est palpable. Alors que la province est une des plus importantes provinces produisant de l'hydroélectricité, les Terre-Neuviens s'apprêtent à voir leur facture d'électricité doubler.

Un texte d’Elisa Serret

À Saint-Jean, les résidents préparent leurs maisons en vue des mois plus froids. Plus froid signifie plus de consommation d'électricité pour se garder au chaud. Doug Kavanaugh est électricien, et cette année, il constate un comportement fort différent chez ses clients. Tous souhaitent à tout prix trouver des moyens de réduire leur facture d’électricité. Et le nombre d’appels reçu est beaucoup plus nombreux que les années précédentes à ce sujet, affirme-t-il.

« Je n’ai jamais vu ça, les gens sont très inquiets. Personne ne peut payer 500 $ par mois pour une petite maison », affirme Doug Kavanaugh.

L'électricien Doug KavanaughAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Doug Kavanaugh, électricien à Saint-Jean, Terre-Neuve-et-Labrador

Photo : Radio-Canada / Elisa Serret

C’est que le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador a annoncé il y a quelques mois que les factures d’électricité pourraient doubler. Car la province, qui est la plus endettée par habitant, paye en plus pour les ratés du mégaprojet de la centrale hydroélectrique de Muskrat Falls au Labrador, un projet qui devait contrer les pertes financières liées au contrat signé par la CFLCo et Hydro-Québec en 1969.

En 2010, le gouvernement conservateur de Danny Williams annonçait la construction de Muskrat Falls. Selon l’ancien premier ministre, ce projet devait permettre aussi de ne plus dépendre de la province du Québec pour acheminer de l’électricité vers d’autres provinces et aux États-Unis.

C’est un grand jour pour Terre-Neuve-et-Labrador, nous ne dépendrons plus de la province du Québec.

Danny Williams, le 18 novembre 2010

Danny Williams avait signé avec son homologue de l’époque de la Nouvelle-Écosse, Darrell Dexter, la construction d’un lien sous-marin passant par la côte Atlantique et qui devait permettre d’approvisionner les provinces maritimes et la Nouvelle-Angleterre sans passer par le Québec.

Selon le contrat, la Nouvelle-Écosse assumait les coûts de construction du lien sous-marin en échange de 20 % de l’énergie produite à Muskrat Falls pendant plus de 30 ans. Terre-Neuve-et-Labrador comptait utiliser 40 % de l’énergie produite pour une consommation domestique et l’autre 40 % pour la revendre ailleurs.

Mais le projet de Muskrat Falls, estimé à 6 milliards de dollars, est devenu un gouffre financier. Huit ans plus tard, la construction n’est toujours pas terminée et le coût de construction est passé à 12,7 milliards de dollars.

Le premier ministre actuel, Dwight Ball, a lancé une commission d’enquête pour comprendre les ratés de ce projet trop ambitieux, selon lui.

Une entente injuste

Une cliente de l’électricien Doug Kavanaugh, Lisa Ryan, a fait remplacer son système de chauffage au gaz pour le remplacer par un système électrique. Un système qui lui permet de contrôler le chauffage de chaque pièce de sa nouvelle maison.

Lisa est préoccupée par la menace d’une facture d'électricité beaucoup plus salée.

La Terre-Neuvienne-et-Labradorienne Lisa RyanAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Lisa Ryan, une résidente de Saint-Jean à Terre-Neuve-et-Labrador

Photo : Radio-Canada / Elisa Serret

Lorsqu’elle a appris la décision de la Cour suprême, qui a donné raison à Hydro-Québec et ne permet pas une renégociation des termes signés en 1969, elle était déçue. Elle croit que le Québec aurait pu agir de bonne foi alors qu’il a grandement profité des bénéfices de la centrale de Churchill Falls.

« C'est un contrat tellement inéquitable; le Québec en a profité pleinement, laissez-nous respirer un peu. Ce n'est pas du bon voisinage, ça », dit-elle.

Lisa Ryan et Doug Kananaugh trouvent la situation très ironique, puisque leur province est une des quatre provinces au Canada qui produit le plus d’hydroélectricité.

Ils se sentent aussi laissés pour compte devant ce qu’ils considèrent comme l’inaction d’Ottawa dans ce dossier. Ils croient que le gouvernement fédéral aurait pu demander à Québec de revoir les termes de l’entente, afin de protéger le fédéralisme. Selon Lisa Ryan, si Ottawa n'agit pas, c’est que le poids politique de sa province est minime par rapport à celui du Québec.

Nous ne sommes qu’un demi-million, au Québec ils sont plus de 8 millions. On ne compte pas vraiment aux yeux d’Ottawa, on se sent toujours un peu à part.

Lisa Ryan, résidente de Saint-Jean

Doug Kavanaugh, lui, ne sait plus quoi proposer à ses clients comme solution pour réduire leurs factures. Parce que passer d’un système de chauffage à l’huile à un système électrique pourrait finalement coûter aussi cher aux Terre-Neuviens.

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