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Prévention du suicide : des centres de crise précieux, mais méconnus

Un homme en détresse psychologique
Un homme en détresse psychologique Photo: iStock
Radio-Canada

Faute de ressources, les 21 centres spécialisés en intervention de crise du Québec parviennent difficilement à se faire connaître du grand public.

Un texte d'Anne Marie Lecomte

Créés en 1986 pour désengorger les urgences psychiatriques, ces organismes communautaires fournissent des services gratuits et spécialisés aux personnes qui courent le risque de se suicider ou, à tout le moins, qui sont dans une mauvaise posture psychologique.

« Crise » vient du grec et signifie « décision ». C'est dire qu'en crise, une personne peut décider du meilleur comme du pire.

« La première chose qu'on dit aux gens qui arrivent chez nous, c'est : “Installez-vous” », explique Roxane Thibeault, directrice du centre de crise de Châteauguay, La Maison sous les arbres. « Notre objectif premier est que les gens “se déposent” ».

Dans cette maison centenaire située au bord de l'eau, quatre lits sont mis à la disposition d'adultes qui s'y rendent en pleine détresse. La Maison sous les arbres a du financement pour trois lits, « mais on en a un quatrième quand même, on s'arrange », dit Mme Thibeault. Les pensionnaires sont non seulement logés, mais aussi nourris et encadrés de manière à atténuer cet état de crise, terreau propice aux idées suicidaires.

Quand tous les lits sont occupés et qu'un autre cas se présente, l'équipe de professionnels le dirige vers un autre centre de crise ou s'assure qu'un proche peut s'occuper de la personne. La moyenne du séjour à La Maison sous les arbres est de six jours. « Les places se libèrent rapidement », assure Roxane Thibeault.

Accueillir, écouter, aider

Dans les centres de crise, deux services sont prioritaires : l'hébergement et le service d'aide téléphonique, offert 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Le financement annuel de 1,4 million de dollars dont dispose le centre de Châteauguay est assuré par le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec et par des ententes de services avec le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS).

Ce budget est entièrement consacré aux services. « Nos professionnels ont tous des baccalauréats en psycho, ou autres. Il faut les payer, fait valoir Roxane Thibeault. C’est du 24 heures sur 24; ça coûte très cher. »

La bonne marche du centre passe aussi par la supervision clinique des intervenants et par des détails, comme la bonne marche des ordinateurs. « Je dois changer mon serveur la semaine prochaine, ça me coûte 12 000 $ », dit Mme Thibeault.

En 23 ans au centre, Roxane Thibeault a vu la demande pour les services augmenter chaque année, invariablement. La Maison sous les arbres fait pas moins de 13 000 interventions – en tous genres – par an.

Mais paradoxalement, les 21 centres d'intervention de crise du Québec sont peu connus du grand public. Un tort que ne parvient pas à corriger la directrice, qui préside aussi le Regroupement des Services d'intervention de Crise du Québec (RESICQ).

Car il faut que les gens sachent que ces centres existent, insiste Mme Thibeault. Elle s'attriste à l'idée que des gens suicidaires que l'on n'hospitalise pas – pour toutes sortes de raisons – ne sachent pas qu'il existe des ressources alternatives.

Passer le relais

Précision importante : les gens hébergés dans les centres de crise y sont parce qu'ils le veulent. Il n'y a pas là de garde préventive sur ordonnance médicale de 72 heures, comme à l'hôpital.

Cela dit, même si on n'est pas considéré comme « un cas d'hôpital », comme un danger imminent pour soi-même, on peut quand même avoir besoin d'être pris en charge de façon urgente. D'ailleurs, quand les centres hospitaliers dirigent des patients aux centres de crise, ils assurent leur transport de façon à ce que ces derniers s'y rendent directement. Dans le réseau, on appelle ça « passer le relais ».

Un conflit familial, une rupture amoureuse, on dit “c’est pas une si grosse crise que ça”. Mais un homme qui le vit n’a pas les moyens de se louer une chambre d'hôtel. En même temps, il a besoin de services pour ne pas que la crise s’aggrave et que les idées suicidaires surgissent.

Roxane Thibeault

Les membres du RESICQ songent à réclamer au gouvernement provincial un financement spécial pour faire connaître leur existence au grand public. Les employés des centres font ce qu'ils peuvent pour les campagnes de financement... « Mais avec une indexation de notre budget de 0,09 % l'an dernier et un peu plus cette année, je ne peux pas leur demander de faire du bénévolat », dit Mme Thibeault.

Si vous ou l'un de vos proches êtes en détresse, téléphonez au 1 866 APPELLE (277-3553).

Liste des Centres spécialisés en intervention de crise du Québec

Grand Montréal

Association IRIS (Montréal-Nord)
Centre l’Autre Maison (Sud-Ouest)
Le Transit (centre-ville)
Tracom (Centre-Ouest)
Centre de crise de l'Ouest de l'Île

Les Services de crise de Lanaudière (Repentigny)
L’îlot (Laval)
Soleil Levant (Sainte-Thérèse)

Montérégie

La Maison sous les arbres (Châteauguay)
Le Passant et Entr’elles (Granby)
Contact Richelieu-Yamaska (Saint-Hyacinthe)
Le Tournant (Valleyfield)
Centre de prévention du suicide Pierre de Saurel (Sorel-Tracy)
Centre de prévention du suicide du Haut-Richelieu (Saint-Jean-sur-Richelieu)

Outaouais

Centre d’aide 24/7 (Gatineau)

Québec

Le Centre de crise de Québec

Bas-Saint-Laurent

La Bouffée d’Air du KRTB (Rivière-du-Loup)
Centre de prévention du suicide et d’intervention de crise du Bas-Saint-Laurent (Rimouski)

Centre-du-Québec
La Chrysalide (Bécancour)

Un centre de crise est aussi en développement en Abitibi

Santé mentale

Société