•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

10 facteurs qui influenceront le résultat des élections de mi-mandat

Une étudiante parle au téléphone alors qu'elle marche près de pancartes indiquant aux étudiants où aller voter à l'Université d'Irvine, en Californie.

Plusieurs étudiants de l'Université d'Irvine, en Californie, ont pu voter par anticipation dans un bureau de vote établi sur leur campus.

Photo : Reuters / Mike Blake

Radio-Canada

Les républicaines modérées se détourneront-elles de leur parti? Quelle formation séduira les indépendants? Les jeunes et les Hispano-Américains seront-ils plus nombreux que d'habitude à voter? Autant de questions dont les réponses détermineront l'issue du vote.

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf

Les analystes favorisent les démocrates à la Chambre des représentants, mais les républicains au Sénat. Plusieurs éléments sont susceptibles d’expliquer la justesse – ou l’inexactitude – de leurs prévisions et l’ampleur des victoires.

1. Les élections sont un peu, beaucoup un référendum sur Trump

Donald Trump prend la parole à la Maison-Blanche.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Donald Trump accuse les démocrates d'être responsables de la caravane de migrants d'Amérique centrale faisant actuellement route vers la frontière entre le Mexique et les États-Unis.

Photo : Associated Press / Susan Walsh

« Faites comme si mon nom était sur le bulletin de vote », a lancé Donald Trump à ses partisans il y a quelques jours.

Il n’y a pas qu’eux qui auront son nom en tête au moment de voter.

« Cette année, on a l’impression que le nom de Trump est sur toutes les lèvres même si les Américains ne voteront pas pour la présidence », souligne Vincent Boucher, chercheur en résidence à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand.

Les élections de mi-mandat sont habituellement un référendum sur le président en exercice, souligne-t-il toutefois.

Pour Jennifer Duffy, analyste des luttes sénatoriales pour le site The Cook Political Report, ce plébiscite sur un président qui polarise se démarque cependant des précédents.

C’est moins un référendum sur les politiques de Donald Trump que sur Trump lui-même. Avec Barack Obama, c’était vraiment un référendum sur ses politiques.

Jennifer Duffy, analyste pour le Cook Political Report

Le taux d’approbation à l'égard du président est de 42 %, un creux inégalé en 70 ans, selon une compilation du site d’analyse statistique FiveThirtyEight.

Historiquement, la formation du président essuie des pertes aux élections de mi-mandat, qui sont d’autant plus grandes lorsqu’il est impopulaire.

Un président dont la popularité se situe sous la barre des 50 % perd en moyenne 37 sièges aux élections de mi-mandat, d’après la firme de sondages Gallup.

2. L’économie va bien

« Une bonne situation économique tend à favoriser les candidats du parti du président », indique Vincent Boucher. Taux de chômage de 3,7 %, croissance du PIB de 3,5 % : les grands indicateurs sont positifs.

L’électorat masculin y est davantage sensible.

3. La clé réside dans le taux de participation

Une dizaine d'électeurs, certains assis, d'autres debout, enregistrent leur vote en Caroline du Nord (archives de 2016).Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des électeurs enregistrent leur vote à Carrboro, en Caroline du Nord (archives de 2016).

Photo : Reuters / Jonathan Drake

Le taux de participation aux élections de mi-mandat est anémique. En 2014, il a chuté à 36 %, son niveau le plus bas en 70 ans.

« Plusieurs indicateurs semblent indiquer que les Américains sont beaucoup plus intéressés par les élections de mi-mandat cette année », note Vincent Boucher, citant le taux élevé de participation lors des élections spéciales ou la popularité du vote anticipé.

Le vote anticipé a ainsi dépassé celui de 2014 dans 18 États, selon le New York Times.

Ce qui est remarquable en 2018, c’est l’enthousiasme des partisans démocrates, habituellement moins enclins à voter. Ils ont exceptionnellement été plus nombreux que les républicains à voter lors des primaires et se sont financièrement montrés plus généreux envers leurs candidats au centre de luttes serrées.

Invoquant leur mobilisation, Jennifer Duffy prévoit une plus grande participation qu’à l’habitude.

Le taux de participation attendu avoisine les 45 %, ce qui serait considéré comme « très, très élevé », précise Vincent Boucher. « Si la participation est plus élevée, les démocrates seront favorisés », prédit-il « sous toutes réserves ».

« Généralement, l’électorat le plus fidèle lors des élections de mi-mandat, c’est l’électorat plus blanc, plus âgé, plus masculin, qui tend à voter davantage pour le Parti républicain », avertit-il.

4. Le vote des femmes sera déterminant

Une manifestante brandit une pancarte montrant un poing féminin levé et plusieurs autres portent un « Pussyhat », un chapeau en laine rose avec des oreilles de chat, en référence à des propos de Donald Trump diffusés pendant la campagne présidentielle.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

À Washington, des centaines de milliers de personnes ont participé à la Marche des femmes, le 21 janvier 2017, pour protester contre l'élection de Donald Trump.

Photo : Reuters / Shannon Stapleton

Le président Trump conserve un noyau dur de partisans au sein de son électorat féminin.

Mais, dès le lendemain de son investiture, les femmes ont été à l’avant-plan de la contestation anti-Trump, notamment avec la Marche des femmes, qui s'est tenue dans les principales villes du pays.

Si les démocrates sont plus mobilisées que jamais, le président rebute aussi bon nombre d’indépendantes et de républicaines dites modérées, notamment dans des banlieues essentielles au contrôle de la Chambre des représentants.

« Si le taux de participation est plus élevé chez l’électorat féminin avec un diplôme collégial, ça va favoriser les démocrates », spécifie Vincent Boucher.

Selon un récent sondage du Washington Post, les femmes de 69 districts au centre de luttes compétitives préfèrent les démocrates avec une marge de 27 points.

5. Les démocrates espèrent avoir trouvé la clé pour stimuler le vote latino-américain

Les États-Unis comptent environ 29 millions d’électeurs latino-américains admissibles, aux deux tiers favorables aux démocrates.

Mais leur taux de participation est faible : il atteignait 27 % lors des dernières élections de mi-mandat, en 2014, selon le Pew Research Center.

Les démocrates espèrent que les politiques migratoires du président Trump et sa rhétorique sur les Latino-Américains les motiveront enfin à se rendre aux urnes, particulièrement dans des districts de banlieue cruciaux où vivent d’importantes minorités culturelles, explique Vincent Boucher.

Si les électeurs issus de minorités ethno-culturelles des banlieues d’Atlanta, de Los Angeles ou de Miami, par exemple, vont voter, ils pourraient faire basculer des circonscriptions présentement acquises aux républicains.

Vincent Boucher, chercheur en résidence de la Chaire Raoul-Dandurand

Le Pew Research Center constate chez ces électeurs un enthousiasme électoral plus grand que d’habitude, mais plusieurs experts doutent qu’il se transpose dans les urnes.

6. Les jeunes pourraient voter en plus grand nombre que d’habitude

Des étudiants font la file pour voter par anticipation à un bureau de vote établi  à l'Université d'Irvine, en Californie.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des étudiants font la file pour voter par anticipation à un bureau de vote établi à l'Université d'Irvine, en Californie.

Photo : Reuters / Mike Blake

Les jeunes électeurs appuient davantage les démocrates... mais s'abstiennent encore plus.

Il faut remonter à 1994 pour trouver une élection où le taux de participation des jeunes a dépassé 20 % d’après l'U.S. Census Bureau.

Les démocrates caressent l'espoir d'une mobilisation électorale chez les jeunes. Dans un sondage du Harvard Institute of Politics, 40 % des 18 à 29 ans disent qu’ils voteront « assurément ». Les deux tiers ont l’intention de voter pour les démocrates.

Le vote par anticipation dans cette tranche d’âge a connu une forte augmentation dans une majorité d’États. Au Texas, au Nevada et en Georgie, il a par exemple été multiplié par quatre ou par cinq.

Ils resteront sous-représentés aux urnes, s’entendent les spécialistes, mais une augmentation du vote pourrait influer sur des luttes compétitives.

7. Les indépendants ont un poids important

Selon un sondage Gallup, environ 40 % des Américains se disent indépendants. Un bloc d’électeurs plus important que celui des républicains ou des démocrates.

« Lors des trois derniers scrutins de mi-mandat – en 2006, 2010 et 2014 – les indépendants ont plus largement appuyé le parti adverse du président », signale Vincent Boucher.

Les plus récents sondages donnent aux démocrates une avance d’au moins 10 points auprès des indépendants.

« Reste à voir si ces électeurs se manifesteront en faveur des démocrates dans des courses qui pourraient non seulement faire basculer le contrôle de la Chambre des représentants, mais aussi celui du Sénat », nuance le chercheur, citant en exemple le Texas.

8. Plusieurs États restreignent le droit de vote

La démocrate Stacey Abrams et le républicain Brian Kemp croisent le fer lors d'un débat électoral.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

En sa qualité de secrétaire d’État de la Georgie, c'est le candidat républicain au poste de gouverneur, Brian Kemp, qui supervise le processus de mise à jour de la liste électorale, ce que dénonce sa rivale démocrate, Stacey Abrams.

Photo : Reuters / POOL New

Depuis 2010, 24 États ont mis en place des centaines de mesures restreignant le droit de vote, invoquant la fraude électorale. Elles pénalisent surtout des minorités ethniques, plus sympathiques aux démocrates.

Ces barrières légales à l'exercice du droit de vote contribuent à asseoir l’avantage républicain en termes de participation.

Vincent Boucher, chercheur en résidence de la Chaire Raoul-Dandurand

La Georgie, notamment, a mis à jour sa liste électorale, ce qui a engendré « des purges massives de noms d'électeurs » admissibles, indique Vincent Boucher. La mesure porte préjudice à au moins 150 000 personnes, essentiellement des Afro-Américains.

Un deuxième exemple : au Dakota du Nord, l’État exige maintenant des électeurs une adresse domiciliaire. Or, des milliers de membres de tribus amérindiennes vivant dans des réserves n’en ont pas. « En 2012, la sénatrice démocrate Heidi Heitkamp avait remporté la course par seulement 3000 votes », relève M. Boucher.

9. Un nombre record de républicains ont quitté le navire

Les élus sortants sont plus difficiles à battre. « Lors des trois derniers cycles électoraux, le taux de réélection des élus de la Chambre dépassait les 90 %. Au Sénat, ce taux oscillait entre 80 % et 90 % », illustre Vincent Boucher.

Or, près d’une quarantaine de républicains du Congrès ne briguent pas un nouveau mandat, deux fois plus que les démocrates.

Leur départ ouvre la voie à des démocrates dans plusieurs circonscriptions, par exemple en Arizona, où la démocrate Kyrsten Sinema mène une lutte sénatoriale serrée contre la républicaine Martha McSally.

10. Au Sénat, la carte électorale va jouer pour beaucoup

La carte montre en rouge les cinq États républicains où les luttes sont serrées: Arizona, Nevada, Texas, Tennessee et Mississippi, ainsi que les huit États démocrates où les courses sont le plus compétitives: Dakota du Nord, Virginie-Occidentale, Floride, Missouri, Montana, Indiana, Minnesota et New Jersey.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les 13 États où les luttes sont les plus serrées, selon le Cook Political Report

Photo : Radio-Canada

La dynamique des courses pour le Sénat s’explique par « la carte politique et géographique », résume Jennifer Duffy. Et ce sont les républicains qui en sortent gagnants.

Les démocrates défendent 26 des 35 sièges en jeu cette année. Dix des États qu'ils cherchent à conserver ont été remportés par Donald Trump, dont la moitié par plus de 19 points, selon le Cook Political Report.

Les républicains ne défendent que neuf sièges, dont plusieurs châteaux forts. Un seul siège républicain, le Nevada, a été remporté par Hillary Clinton.

Politique américaine

International