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Le stress pourrait s’en prendre au cerveau dès la quarantaine

Les yeux fermées et exténuée, une travailleuse prend une pause devant son ordinaire portable.

Un travailleuse en proie au stress

Photo : iStock

Radio-Canada

On sait déjà qu'un taux élevé de l'hormone du stress, le cortisol, est néfaste pour plusieurs aspects de la santé humaine. Or, des chercheurs viennent de montrer que cette hormone peut altérer le cerveau de personnes dès l'âge de 40 ans.

Un texte de Renaud Manuguerra-Gagné

Peu de gens apprécient le stress. Bien qu’il soit utile à faible dose pour nous donner l’énergie nécessaire pour traverser une épreuve ou nous permettre de fuir un danger, sa présence continuelle dans nos vies est associée à plusieurs problèmes de santé tant sur le plan physique que sur le plan psychologique.

En plus, une nouvelle étude montre que le stress pourrait aussi directement s’en prendre au cerveau, et ce, dès la quarantaine.

Selon les travaux d’une équipe américaine (Nouvelle fenêtre), un taux élevé d’une hormone de stress, le cortisol, serait associé à un plus petit volume cérébral et à une moins bonne mémoire. Bien que les mécanismes de cette interaction restent encore à élucider, l’étude montre que la gestion du stress peut avoir un impact important sur la santé.

Une hormone aux nombreuses influences

Le cortisol est une hormone exerçant un très grand nombre de fonctions dans le corps. Il peut agir sur presque toutes les cellules et influencer des réactions aussi diversifiées que l’inflammation, le métabolisme, la réparation de blessures ou la formation de la mémoire.

C’est cependant son rôle dans le stress qui est le plus connu. Le cortisol est relâché dans le sang pour permettre au corps de répondre à une menace par le combat ou la fuite.

Or, un stress chronique entraîne une expression prolongée de cortisol, ce qui a déjà été associé à divers problèmes tels que la dépression, l’anxiété, les maladies cardiovasculaires ou les troubles du sommeil.

Certaines études ont déjà fait le lien entre le développement de certaines démences, telles que la maladie d’Alzheimer ou d’autres maladies neurodégénératives, et le taux de cortisol. Ces recherches étaient toutefois menées auprès de personnes plus âgées et n’observaient que la partie du cerveau responsable de la mémoire, nommée l’hippocampe.

Des cibles plus jeunes qu’anticipé

Pour évaluer si un taux élevé de cortisol pouvait changer la performance et l’état de l’ensemble du cerveau, les chercheurs ont utilisé les données d’environ 2200 adultes participant à « l’étude de Framingham ».

Cette étude épidémiologique avait pour objectif initial de suivre l’évolution de maladies cardiovasculaires chez des habitants d’une banlieue de Boston depuis 1948. Elle s’est poursuivie chez les descendants de ces premiers participants.

Ces derniers, d’une moyenne d’âge de 48 ans, avaient d’abord accepté d’effectuer des tests cognitifs, d’attention et de mémoire, en plus de faire mesurer le volume de leur cerveau par imagerie par résonance magnétique. Huit ans plus tard, les participants ont repassé les mêmes tests avec, en plus, une mesure de leur taux de cortisol sanguin.

Les chercheurs ont ensuite comparé les différences dans l’état de la mémoire et l’apparence du cerveau entre ces deux moments dans la vie de leurs participants.

Après avoir tenu compte des différences de l’état de santé ou du statut socioéconomique, les scientifiques ont remarqué une association entre les taux plus élevés de cortisol sanguin et les scores inférieurs aux tests cognitifs de même qu’une légère diminution du volume cérébral total.

Aucun des patients dans l’étude ne présentait de signes associés à une forme de démence. Toutefois, les changements physiologiques observés chez les participants ayant le plus haut taux de cortisol ont souvent été considérés par d’autres études comme des signes avant-coureurs de ces maladies.

Les chercheurs ont aussi montré que les femmes constituaient le groupe le plus à risque de subir ces changements, mais les données de l’étude ne permettent pas d’avancer des explications sur la raison de cette prédisposition. Pour les chercheurs, il est difficile de dire si cette différence pourrait provenir, par exemple, d’une plus grande exposition au stress chez les femmes que chez les hommes, ou si l’expression ou la réaction au cortisol sont différentes chez celles-ci.

Une tendance qui nécessite confirmation

Les chercheurs eux-mêmes affirment que certains éléments de leurs données devront être revérifiés. Tout d’abord, bien qu’intéressante, cette étude montre une association importante, mais non une causalité. Par exemple, il est possible que le cortisol ait augmenté dans le sang en réponse à la dégradation du cerveau, et non comme cause.

Les chercheurs sont toutefois convaincus de ce qu’ils avancent, notamment parce que le jeune âge des participants rendrait improbable un développement de démence aussi précoce.

En attendant de mieux comprendre ce qui lie cette hormone au fonctionnement du cerveau, rien n’empêche de se tourner vers un mode de vie permettant de diminuer son taux de cortisol. Plusieurs travaux suggèrent que cela peut être fait par une vie sociale riche et active, de l’exercice, de la méditation et un bon nombre d’heures de sommeil.

Science