•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Un an après le départ de Coderre, son ancienne équipe cherche à se définir

M. Perez devant l'hôtel de ville de Montréal.
Lionel Perez a été nommé chef de l'opposition officielle quelques jours après la défaite de l'Équipe Coderre aux élections de novembre 2017, position qu'il occupe toujours, un an plus tard, Photo: Radio-Canada / Jérôme Labbé
Jérôme Labbé

Officiellement, Ensemble Montréal n'existe que depuis six mois. La formation politique, fondée sur les cendres de l'Équipe Denis Coderre, constitue néanmoins l'opposition officielle à l'Hôtel de Ville depuis l'arrivée au pouvoir de Valérie Plante, le 5 novembre 2017. Son défi : se doter d'une véritable personnalité politique d'ici le prochain rendez-vous électoral, dans trois ans. Entrevue avec Lionel Perez, chef par intérim du parti.

Âgé de 48 ans, Lionel Perez est né à Montréal en 1970 de parents juifs franco-marocains. Conseiller de ville pour le district de Darlington, dans l’arrondissement Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, M. Perez a été élu pour la première fois en 2009 sous la bannière d’Union Montréal, qu’il a quittée en 2012 dans la foulée des allégations de collusion et de corruption qui affectaient l'administration de Gérald Tremblay. Recruté l’année suivante par Denis Coderre, il a siégé au comité exécutif de la Ville de Montréal jusqu’en 2017 à titre de responsable des infrastructures, de la Commission des services électriques, de la gouvernance, de la démocratie et des relations gouvernementales.


JL : D’abord, quel bilan faites-vous de cette première année en tant que chef de l’opposition officielle et en tant que chef par intérim d’Ensemble Montréal?

LP : Lorsqu’on s’est présenté après l’élection à la population et que j’ai formé mon équipe ­– ce qu’on appelle un « cabinet fantôme » –, j’ai annoncé à ce moment-là qu’on allait être une opposition rigoureuse et responsable. Parce qu’on pense que ces valeurs représentent qui nous sommes – qui je suis –, mais aussi qu’elles cadrent bien avec le rôle que doit remplir l’opposition.

L’opposition a deux rôles principaux. Son premier rôle, c’est d’être un chien de garde. On doit s’assurer de poser de bonnes questions, s’assurer que l’administration est imputable auprès de la population. C’est le principe des « poids et contrepoids » [checks and balances]. Son second rôle, c’est de pouvoir proposer des idées, de faire avancer des propositions constructives. Et je pense que, avec ces deux objectifs – ces deux rôles –, on a très bien accompli notre mandat durant cette première année. On se réjouit notamment que 15 des 36 motions que nous avons déposées au conseil municipal aient été adoptées.

Vous savez, ce n’est pas toujours évident lorsqu’un parti qui était au pouvoir se retrouve dans l’opposition. Très souvent, il y a une certaine période de gêne, où l’opposition qui était au pouvoir ne va pas nécessairement être autant d’attaque sur l’administration. Mais cette gêne-là, je l’ai refusée, parce que justement, on avait un rôle très important à jouer en tant qu’opposition.

JL : Quels sont vos principaux reproches à l’endroit de l’administration Plante?

LP : Ce qui est évident pour nous, c’est que l’administration de Mme Plante est une administration qui gouverne de façon dogmatique, qui est guidée par son idéologie et qui gouverne pour sa base, plutôt que de servir l’ensemble ces citoyens et des citoyennes. Il est certain que Mme Plante a été élue sur une volonté de changement. Beaucoup de gens ont voté pour elle sans nécessairement connaître exactement les positions de Projet Montréal ou même leur plateforme. Toutefois, Mme Plante gouverne comme si cette partie de la population, qui n’a pas voté pour elle, ne compte pas. On a des exemples récurrents sur ces enjeux-là : le projet pilote sur la fermeture du chemin Camillien-Houde; la démolition du terrain de balle-molle du parc Jeanne-Mance; le retrait des stationnements au marché Jean-Talon; la hausse de taxes au-delà de l’inflation; le dossier de Solargise, qui a finalement décidé de s’installer à Valleyfield plutôt qu’à Anjou; le fait de ne pas avoir assisté à l’assermentation du nouveau conseil des ministres, etc.

JL : Projet Montréal a mis 10 ans pour se forger une identité forte. Quand on pense à Projet Montréal, on pense vélo, transport en commun, environnement, qualité de vie… À quoi aimeriez-vous qu’on associe Ensemble Montréal?

LP : Ensemble Montréal est un parti progressiste et pragmatique. Ça signifie que nous sommes préoccupés de justice sociale, d’aménagement urbain durable, de mobilité et d’environnement, tout en ayant une grande préoccupation pour une gestion responsable et rigoureuse des deniers publics et un désir d’éviter les luttes de principe et les promesses irréalistes. De plus, notre formation politique représente l’ensemble de la diversité montréalaise d’un point de vue tant culturel que géographique et politique.

JL : Quel est votre niveau d’organisation, à l’heure actuelle?

LP : On a un directeur général, des agents de liaison, une permanence… On vient d’ailleurs tout juste de renouveler notre bail! Ce sont les mêmes locaux que ceux qu’on avait avant, avec l’Équipe Coderre.

On a évidemment un nouveau nom, un nouveau logo, un nouveau site web… À travers nos deux premiers caucus généraux, on a pu mettre la table pour différents enjeux, comme les statuts du parti, qui sont en train d’être révisés. Notre prochain rendez-vous aura lieu au printemps 2019. Notre premier congrès, quant à lui, se tiendra à la fin de l’été ou à l’automne. On en profitera pour annoncer les modalités de la course à la direction.

JL : Serez-vous candidat?

LP : Je n’ai aucune intention d’être candidat.

M. Perez assis sur un banc de parc. Derrière lui, une statue de l'ex-maire Jean Drapeau.Lionel Perez siège au conseil municipal depuis bientôt 10 ans. Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

JL : Deux élections partielles auront lieu le 16 décembre pour pourvoir les sièges de conseiller de ville dans le district de Saint-Michel et de maire d’arrondissement dans Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles, laissés vacants depuis l’élection de Frantz Benjamin et de Chantal Rouleau à l’Assemblée nationale. Comment entrevoyez-vous ces courses?

LP : All politics is local [Tout est local en politique]. Nous, on pense qu'il sera surtout question d'enjeux locaux, où la population aura l'occasion de se positionner sur la meilleure façon de pouvoir améliorer son sort. Les candidats qu’on a représentent les valeurs qu’on a mentionnées plus tôt et on va faire une bonne campagne sur le terrain afin de réélire des candidats de notre formation. C’est certain que l’électorat peut décider de voter pour les enjeux qu’il veut – il peut aussi décider de voter pour ou contre l’administration –; ça, c’est quelque chose qui appartient aux citoyens. Mais il y a une opportunité pour les citoyens de démontrer leur manque de satisfaction, notamment auprès de la mairesse. La seule chose qu’on trouve peut-être un peu dommage, c’est la date, qui tombe à presque une semaine de Noël.

JL : Le conseiller de ville Giovanni Rapanà a quitté votre formation il y a trois semaines, visiblement mécontent de ne pas avoir été choisi comme candidat d’Ensemble Montréal pour la mairie de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles… Regrettez-vous que les choses se soient passées ainsi?

LP : Vous savez, on a eu un choix à faire comme formation politique, et nous pensions qu’il était opportun d’avoir des candidats qui ne viennent pas de notre formation politique parce qu’on voulait justement rafraîchir nos candidats, les élus. On ne voulait pas non plus provoquer une partielle supplémentaire, parce qu’en tant que conseiller actuel, pour se présenter, il aurait dû démissionner de son poste. Alors pour nous, c’est une question de pouvoir permettre d’avoir de nouveaux venus tout en respectant le mandat qu’il avait reçu il y a à peine un an.

JL : À la surprise de bien des gens, M. Coderre avait réussi à recruter plusieurs souverainistes, comme Réal Ménard, Hadrien Parizeau, Elsie Lefebvre, Scott McKay… Plusieurs membres de son personnel étaient aussi d’anciens péquistes. Or, il n’en reste plus aucun dans votre équipe. Est-ce que c’est un hasard?

LP : Sans avoir fait une analyse approfondie sur cet aspect-là, je dirais que c’est probablement un hasard, oui. Parce que notre formation politique permet quand même l’expression d’opinions politiques les plus diverses … La preuve, c’est que, lors de la dernière élection, on a eu une candidate, Chantal Rouleau, qui a été élue avec la CAQ; et on a eu un candidat, Frantz Benjamin, qui a été élu avec le Parti libéral. Je ne pense pas qu’on retrouve la même diversité d’idéologies politiques au sein de Projet Montréal, qui – on le sait, soyons francs – représente le point de vue de Québec solidaire au niveau municipal.

JL : Parlez-vous encore à M. Coderre de temps en temps?

LP : La soirée de l’élection, il a décidé de démissionner, de passer à autre chose dans sa vie professionnelle, ce qu’on respecte. Je lui ai parlé tout de suite après les élections à quelques reprises – ce qui est tout à fait normal –, mais je dirais que, depuis le début de l’année, il n’y a pas vraiment eu d’échanges sur des enjeux ou bien sûr des dossiers particuliers. Nous, on pense qu’on doit regarder vers l’avenir.

JL : Pour 2021, votre parti devrait-il, selon vous, choisir un élu dans ses rangs pour briguer la mairie, ou attendre un sauveur?

LP : On ne sait jamais d’où peut venir le ou la candidate. Si on a appris quelque chose de l’élection de 2017, c’est que même une personne qui n’a pas beaucoup de notoriété peut être élue. Donc on va se donner une opportunité avec une course à la chefferie, où des élus actuels, aussi bien que des personnes qui viennent de l’extérieur de notre formation, seront les bienvenus pour pouvoir trouver le ou la candidate qui sera à la mairie pour notre formation politique. Parce qu’il n’y a aucun doute que nous formons la seule alternative au pouvoir pour la Ville de Montréal. Pour nous, les enjeux sont trop importants – il y a eu trop de retards, même après cette première année à elle seule, de la part de l’administration – et on est très préoccupés pour la suite des choses.

Cette entrevue a été raccourcie et formatée pour favoriser la clarté et la fluidité.

Politique municipale

Politique