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Le cadavre de Khashoggi aurait été dissous

Le journaliste saoudien assassiné Jamal Khashoggi.
Jamal Khashoggi, journaliste assassiné au consulat saoudien d'Istanbul en 2018 Photo: AFP/Getty Images
Agence France-Presse

Un responsable turc a affirmé vendredi, un mois après le meurtre de Jamal Khashoggi au consulat saoudien à Istanbul, que son corps démembré avait été dissous; la fiancée du journaliste a appelé la communauté internationale à juger les coupables.

« Nous voyons à ce stade qu'ils ne se sont pas contentés de le démembrer, ils s'en sont débarrassés en le dissolvant », a déclaré au quotidien Hürriyet le conseiller du président Recep Tayyip Erdogan au sein de l'AKP, le parti au pouvoir, Yasin Aktay.

« Selon les dernières informations dont nous disposons, la raison pour laquelle ils ont découpé le corps, c'est pour le dissoudre plus facilement.

Un conseiller du président turc,Yasin Aktay,

Lors d'une conférence de presse à Washington jeudi, un porte-parole du Département d'État américain, Robert Palladino, a affirmé que « les restes de M. Khashoggi doivent être retrouvés et restitués à sa famille pour un enterrement approprié le plus tôt possible ».

Jamal Khashoggi, collaborateur du Washington Post, a été tué le 2 octobre dans le consulat saoudien d'Istanbul, où il s'était rendu pour des démarches administratives en vue de son mariage avec une Turque, Hatice Cengiz.

Un mois après sa mort, et malgré les efforts déployés par les autorités turques, son corps, ou ce qu'il en resterait, n'a toujours pas été retrouvé.

Un homme entre dans un édifice.Sur cette image transmise au Washington Post, par une « source proche de l'enquête », on aperçoit un homme identifié par le journal comme étant Khashoggi entrer dans le consulat saoudien à Istanbul. Photo : The Associated Press / The Washington Post

Dans un communiqué publié mercredi, le parquet d'Istanbul a affirmé que « la victime a été démembrée » et que l'« on s'en est débarrassé », sans pourtant préciser comment.

Après les déclarations du parquet, un responsable turc anonyme a indiqué au Washington Post que les autorités examinaient une piste selon laquelle son corps aurait été dissous dans de l'acide au consulat ou dans la résidence du consul toute proche.

Après avoir d'abord affirmé que M. Khashoggi avait quitté le consulat peu après s'y être rendu, puis soutenu qu'il était mort dans une rixe, Riyad a fini par évoquer une « opération non autorisée » par le pouvoir.

Sa fiancée demande justice

« Aujourd'hui, je demande à la communauté internationale de prendre des mesures réelles, sérieuses et concrètes pour mettre au jour la vérité et traduire les responsables devant la justice », a écrit Mme Cengiz, sa fiancée turque, dans une tribune publiée dans plusieurs médias, dont le quotidien français Le Monde.

Hatice Cengiz, devant le consulat saoudien d'Istanbul.La fiancée de Jamal Khashoggi, Hatice Cengiz, attendant des nouvelles de son mari devant le consulat saoudien d'Istanbul, le 3 octobre. Photo : Getty Images / OZAN KOSE

Si plusieurs responsables et médias turcs ont directement incriminé le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, dit MBS, Riyad s'efforce de le dédouaner en insistant sur le caractère « non autorisé » de l'opération.

Mme Cengiz a appelé les États-Unis, pays où s'était exilé Khashoggi en 2017, à être « à la tête des efforts » visant à traduire en justice les responsables.

« Le premier amendement de leur Constitution symbolise à lui seul les idéaux qu'incarnait Jamal », estime-t-elle. « Or, face à cette tragédie, l'administration Trump a adopté une position dépourvue de tout fondement moral ».

La position de Washington

Washington met en effet la pression sur Riyad pour que cette affaire soit élucidée, mais semble accorder le bénéfice du doute à MBS, un puissant allié de Washington au Moyen-Orient.

Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo a ainsi estimé jeudi qu'il faudrait encore « quelques semaines » avant que les États-Unis ne disposent de preuves suffisantes pour pouvoir imposer des sanctions aux personnes impliquées dans l'assassinat.

Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo discute avec le prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed ben Salmane.Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo s'est entretenu avec le prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed ben Salmane, le 16 octobre. Photo : AFP/Getty Images / LEAH MILLIS

Tout en insistant sur le caractère « inacceptable » du meurtre du journaliste, M. Pompeo a toutefois souligné que les États-Unis avaient « l'intention de s'assurer que [leurs] relations [avec Riyad] restent intactes ».

Les dernières révélations macabres sur les circonstances du meurtre de Khashoggi coïncident avec la « Journée internationale contre l'impunité pour les crimes contre les journalistes » instaurée par l'UNESCO et célébrée vendredi.

Depuis 2006, l'agence de l'ONU a condamné les assassinats de 1010 journalistes et professionnels des médias. Mais, neuf cas sur dix n'ont jamais été portés devant la justice, selon un rapport publié jeudi.

Entre le 1er janvier et la fin du mois d'octobre 2018, l'UNESCO a recensé le meurtre de 86 journalistes.

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