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Le Séminaire des Pères Maristes accuse deux profs de cégep de nuire à sa réputation

Le Séminaire des Pères Maristes

Le Séminaire des Pères Maristes

Photo : Radio-Canada / Cimon Leblanc

Radio-Canada

Sous le feu des projecteurs en raison de la saga des photos à caractère sexuel, le Séminaire des Pères Maristes estime que des critiques sont allées trop loin. Fin septembre, cette école privée de Québec a envoyé une mise en demeure au Cégep Garneau pour qu'il rappelle à l'ordre deux de ses professeurs.

Un texte d’Alexandre Duval

Le Séminaire estime qu’au cours des derniers mois, les propos et les agissements des professeurs Ariane Boivin et Éric Lapointe ont porté atteinte à sa réputation.

Professeure de psychologie, Mme Boivin a accordé plusieurs entrevues dans les médias durant l’été. Elle a dénoncé la gestion du Séminaire après l’arrestation de six adolescents, soupçonnés d’avoir partagé des photos intimes de filles de l’école.

Instigatrice du mot-clic #peressexistes sur les réseaux sociaux, Mme Boivin a aussi lancé une pétition pour exiger que les garçons arrêtés soient carrément expulsés du Séminaire, de manière à « protéger » les présumées victimes.

Rappelons que cinq adolescents ont été accusés à la Chambre de la jeunesse relativement à cette affaire. L’un d’eux, âgé de 14 ans, a d’ailleurs récemment plaidé coupable à une accusation de leurre.

L’autre professeur ciblé par la mise en demeure du Séminaire enseigne quant à lui la philosophie. Début septembre, M. Lapointe a demandé à ses étudiants du cours Éthique et politique de faire une dissertation dont le thème portait précisément sur cette saga.

L’exercice est de toute évidence parvenu aux oreilles des dirigeants de l’école secondaire, qui n’ont pas apprécié.

Dans sa mise en demeure, le Séminaire demandait au Cégep de « prendre les dispositions pour que cesse immédiatement toute atteinte à la réputation du Séminaire par [ses] enseignants, à défaut de quoi des procédures judiciaires [seraient] entreprises contre [l'établissement] sans autre avis ni délai ».

Joint par Radio-Canada, le directeur de l’école secondaire, François Sylvain, n’a pas voulu commenter.

« Le dossier auquel vous faites référence est clos depuis plusieurs semaines », s’est-il limité à dire par message texte. Aucune poursuite ne semble donc envisagée.

Un geste dénoncé

Le Syndicat des professeurs du Cégep Garneau dénonce cet ultimatum lancé par le Séminaire des Pères Maristes.

« On a vraiment l'impression qu'on est face à un tiers qui essaie d'utiliser notre employeur pour l'amener à restreindre une liberté académique qu'on revendique », lance le président du Syndicat, François Chassé.

Notre liberté académique, notre droit de discuter et d'amener toutes sortes d'idées en classe et dans l'espace public, on y tient énormément, donc c'est clair qu'on ne peut pas en laisser passer une.

François Chassé, président du Syndicat des professeurs du Cégep Garneau
François Chassé, président du Syndicat des professeurs du Cégep Garneau

François Chassé, président du Syndicat des professeurs du Cégep Garneau

Photo : Radio-Canada

Même s’il estime que la démarche du Séminaire des Pères Maristes est « inusitée », M. Chassé veut éviter à tout prix que des professeurs « intériorisent cette menace » et s’empêchent d’aborder des sujets délicats.

M. Chassé rappelle que les professeurs possèdent une expertise et que leur contribution au débat public est importante.

Dans le cas précis de la dissertation demandée par le professeur de philosophie Éric Lapointe, il juge que tout a été fait dans les règles de l’art.

« Il a quand même pris le temps de faire un état de c'était quoi la situation, le contexte. Avec les vérifications qu’on a faites, on a toutes les raisons de penser qu’il a fait ça de manière professionnelle. »

Le Cégep en mode « sensibilisation »

Le Syndicat des professeurs du Cégep Garneau se dit par ailleurs satisfait de la manière dont l’employeur a géré ce dossier.

Dès que la mise en demeure a été reçue, les deux professeurs concernés ont été rencontrés par la direction, raconte la coordonnatrice des communications du Cégep, Hélène Aubin.

Ils ont été informés du contenu de la mise en demeure, ont été sensibilisés, mais n’ont pas été sommés de se taire, affirme Mme Aubin.

Hélène Aubin, coordonnatrice des communications au Cégep Garneau

Hélène Aubin, coordonnatrice des communications au Cégep Garneau

Photo : Radio-Canada

On est une institution d'enseignement qui forme de jeunes citoyens qui ont à se forger une opinion, une pensée globale. Ce n'est pas notre rôle de museler les personnes.

Hélène Aubin, coordonnatrice des communications au Cégep Garneau

Mme Aubin mentionne que les deux professeurs « ont volontairement collaboré à la suite de [l']intervention [du Cégep] et ils ont décidé eux-mêmes de moduler leurs interventions auprès des jeunes ».

Liberté d’expression ou droit à la réputation?

Interrogé sur la façon dont le Séminaire des Pères Maristes a agi, le professeur de droit à l’Université Laval Louis-Philippe Lampron est surpris de cette opposition entre deux établissements d’enseignement.

M. Lampron explique qu’il s’agit d’un cas de « tension entre deux droits fondamentaux : l'honneur et la réputation de la personne qui fait l'objet de critiques et, évidemment, la liberté d'expression de [l’autre] personne ».

Même si « le contexte fait foi de tout » dans de tels affrontements, M. Lampron se dit « étonné » des reproches adressés aux deux professeurs.

Quand on entre sur une critique de quelque chose qui est d'intérêt public et qui est déjà sorti dans l'espace public, l'argument fondé sur la liberté d'expression a beaucoup plus de poids.

Louis-Philippe Lampron, professeur à la Faculté de droit de l'Université Laval
Louis-Philippe Lampron, professeur à la Faculté de droit de l'Université Laval

Louis-Philippe Lampron, professeur à la Faculté de droit de l'Université Laval

Photo : Radio-Canada

M. Lampron rappelle cependant que la liberté d’expression n’est pas absolue. « Le fait qu'on permette des recours en diffamation, c'est l'incarnation d'une limite acceptée dans une société libre et démocratique à la liberté d'expression.

« Maintenant, l'ampleur de cette limite à la liberté d'expression dépend du contexte, elle dépend des faits de chaque litige dans une poursuite en diffamation. »

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