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Vente de systèmes de chauffage : attention aux offres trop belles pour être vraies

Une thermopompe sur le balcon d'une demeure.

Des vendeurs itinérants de thermopompes promettent des économies faramineuses à des clients en Abitibi-Témiscamingue, une situation qui devrait éveiller les soupçons des consommateurs.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Méfiez-vous des offres trop alléchantes! C'est l'avertissement envoyé par l'Office de la protection du consommateur qui rappelle d'être vigilant face aux vendeurs itinérants provenant de l'extérieur de la région. Certains ont d'ailleurs sillonné l'Abitibi-Témiscamingue la semaine dernière pour vendre des systèmes de chauffage promettant des économies substantielles, notamment à notre journaliste.

Un reportage d'Émélie Rivard-Boudreau

« Bonjour Madame, êtes-vous la propriétaire de la maison? ». Les appels commencent de la sorte. On propose de prendre rendez-vous avec un « conseiller évaluateur énergétique » afin de voir s'il pourrait être avantageux pour vous de changer votre système de chauffage et profiter, du même coup, d'un programme gouvernemental qui vous aidera à investir dans votre maison « plus verte ».

De grosses économies?

Nous avons rencontré un vendeur avec une carte d'affaires « RénoÉnergie » qui a tenté de vendre deux récupérateurs thermiques de la marque Eco-Energy. Ces engins, qui permettent de chauffer, mais aussi de refroidir la maison à bas prix feraient, selon le vendeur, économiser 17 300 $ d'électricité en 10 ans pour une résidence. En achetant son produit, la facture mensuelle d'électricité serait réduite de moitié.

L'offre est alléchante. Après plusieurs vérifications, on constate que la compagnie existe vraiment et le produit aussi. Rien dans la proposition ne semble frauduleux. Par contre, l'acquisition coûterait très cher, explique l'un des actionnaires des entreprises Lanoix et Larouche, Tommy Belzile. « Tout dépend de la machine que le client veut, mais entre 3000$ et 4000$ par unité semble une bonne référence ».

Sur la « soumission », du moins, le bout de papier qu'a laissé le vendeur, il est plutôt question de 10 125 $ pour acheter deux unités. « Si on divise par deux, ça fait 5000 $ par machine, donc on a un bon 25 % de plus cher et même peut-être plus », ajoute l'entrepreneur de Saint-Félix-de-Dalquier.

Évaluation de l'économie d'énergie faite par le vendeur.

Évaluation de l'économie d'énergie faite par le vendeur.

Photo : Radio-Canada / Émélie Rivard-Boudreau

Et encore, le prix demandé était de 10 125 $, mais seulement après obtenu un rabais de 2375 $ du crédit d'impôt Réno-Vert, calcule le vendeur. Selon le porte-parole de Revenu Québec, Mathieu Boivin, ce chiffre n'est ni plus ni moins qu'une fausse promesse. « Il n'y a pas d'entrepreneur qui est partenaire avec Revenu Québec et c'est impossible de prédire d'avance un crédit Réno-Vert », prévient-il.

Des prévisions hasardeuses
Les économies sont aussi calculées à partir d'une charte que possède le vendeur dans un cartable. Celle-ci prévoit une hausse des tarifs d'électricité de 5 % par année. Une estimation beaucoup trop élevée, selon le porte-parole d'Hydro-Québec, Louis-Olivier Batty. En 2014, la hausse a atteint 4,3 %, mais au cours des dernières années, elle s'élève plutôt à moins de 1 %. « En 2016 et 2017, c'était 0,7 % d'ajustement des tarifs, en 2018, 0,3 %, et pour 2019, on a fait une demande à la régie de l'énergie pour un ajustement de 0,8% », indique le porte-parole.

Un reportage de l'émission La Facture, diffusé le 23 octobre dernier, levait d'ailleurs le voile sur le même genre de stratagème par un vendeur de panneaux solaires.

Qui sont ces compagnies?

Carte d'affaires du vendeur

Carte d'affaire du vendeur

Photo : Radio-Canada / Émélie Rivard-Boudreau

Eco-Energy est la marque du récupérateur thermique vendu. Le nom est une dénomination de AirConfort Dépôt inc, qui utilise aussi la dénomination de Groupes Éco-Logie, aujourd'hui enregistrée sous le nom C.C. Confort inc. Au cours des deux dernières années, l'Office de la protection du consommateur (OPC) a reçu plus de 70 plaintes sur ces compagnies. L'entreprise n'a pas répondu à notre demande d'entrevue.

Quant à RénoÉnergie, elle est une division de RénoTrust, la compagnie qui, au bout de la vente, dirigerait les travaux. Pour cette entreprise, les plaintes sont moins nombreuses : 19 au cours des deux dernières années auprès de l'OPC. Son président, André Martin, affirme ne pas pouvoir contrôler les propos des vendeurs sur le terrain. Ses soumissions et ses contrats, dont il nous a fourni des copies, sont transparents et possèdent des clauses pour protéger les consommateurs, dit-il. Les vendeurs ne sont pas ses employés, mais ils reçoivent une commission lorsque les clients signent un contrat avec eux. André Martin déplore que certains vendeurs fassent de fausses promesses et rappelle aux clients qu'ils ont dix jours pour annuler un contrat dont ils ne sont pas satisfaits.

RénoTrust assure que des clauses de son contrat protègent ses clients qui auraient reçu de mauvaises informations de la part de vendeurs itinérants.

RénoTrust assure que des clauses de son contrat protègent ses clients qui auraient reçu de mauvaises informations de la part de vendeurs itinérants.

Photo : RénoTrust

Comment faire la part des choses?

Brochure Eco-Energy

Brochure Eco-Energy

Photo : Radio-Canada / Émélie Rivard-Boudreau

L'Office de la protection du consommateur (OPC), confirme que les clients peuvent résilier leur contrat dans cette période. Son porte-parole, Charles Tanguay, rappelle néanmoins aux propriétaires de faire preuve de vigilance face aux vendeurs itinérants. « On est plus vulnérables quand on est à domicile, en particulier quand le vendeur est très habile. C'est plus simple de ne pas signer que de résoudre par la suite parce que généralement, ces entreprises-là vont s'empresser de faire des travaux avant la fin du délai de résolution, justement pour inciter à ne pas changer d'idée », prévient-il.

Charles Tanguay conseille aux consommateurs de privilégier les commerçants locaux pour ce genre d'achat. « Une entreprise dans une région comme la vôtre ne peut pas longtemps tromper les gens sans que tout le monde le sache. Au départ, on a, au moins, une assurance de faire affaire avec quelqu'un qui est relativement honnête et qui peut donner une opinion sur une autre proposition qu'on a reçue », estime-t-il.


Autres indices d'une arnaque selon l'OPC
- Contrat incomplet (Nom et adresse de l'entreprise, nom du vendeur, détails de la soumission)
- Difficulté d'identifier une entreprise parce qu'elle opère sous différents noms
- Affiliation à d'autres entreprises au nom accrocheur - particulièrement les mots « eco » « écologie » ou « vert ».
- Insistance pour signer la journée même
- Économies impressionnantes
- Travaux avant la fin du délai de résolution
- Offre d'un temps limité
- Si le vendeur refuse de laisser les documents ou qu'il n'en a plus pour vous

Abitibi–Témiscamingue

Économie