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Les démocrates laissent entrer des meurtriers aux États-Unis, allègue Trump

Le meurtrier Luis Bracamontes est la vedette de la plus récente publicité électorale diffusée par le président Trump. On le voit ici lors d'une comparution à Sacramento, le 16 janvier 2018.

Photo : La Presse canadienne / AP/Randy Pench

Radio-Canada

À cinq jours des élections de mi-mandat dont le résultat sera déterminant pour le reste de son mandat, le président américain Donald Trump continue d'attiser la peur des immigrants pour fouetter ses partisans et les convaincre de se rendre aux urnes.

Son dernier coup d’éclat est la diffusion sur son compte Twitter d’une publicité électorale manichéenne suggérant qu’une victoire des démocrates pourrait se traduire par l’arrivée aux États-Unis de hordes de migrants parmi lesquels pourraient se trouver des meurtriers.

La vidéo, dénuée de tout élément de contexte, reçoit des commentaires élogieux des partisans de Donald Trump, mais est accueillie par des réactions courroucées de ses adversaires, qui dénoncent le « racisme » latent qu’elle distille.

La publicité de 53 secondes braque les projecteurs sur Luis Bracamontes, un Mexicain qui a été condamné en avril dernier pour le meurtre de deux policiers californiens, et qui a écopé de la peine de mort pour ses crimes.

L’homme avait déjà été expulsé à deux reprises, mais avait réussi à entrer illégalement aux États-Unis une troisième fois.

« Immigrant illégal, Luis Bracamontes a tué les nôtres », peut-on lire en surimpression sur la vidéo, où le meurtrier se montre digne des meilleurs vilains du cinéma hollywoodien avec son attitude de défi envers les autorités.

« J’ai tué des policiers », « je n’ai aucun regret » « je vais sortir et je vais en tuer d’autres », peut-on l’entendre dire lors d’une comparution devant la justice ponctuée de jurons, où il apparaît presque hilare.

« Les démocrates l’ont laissé entrer dans notre pays », peut-on lire sur la vidéo, accompagnée d’une trame sonore aux accents guerriers. « Les démocrates l’ont laissé rester. »

Une publicité raciste?

« Qui d’autres les démocrates vont-ils laisser entrer? »

La vidéo présente ensuite des images de migrants latino-américains se dirigeant par centaines vers la frontière sud des États-Unis, puis d’autres où on peut les voir grimper sur des clôtures ou tenter de les forcer.

Un bref extrait d’entrevue diffusé par Fox News présente en outre un de ces migrants qui soutient, par le biais d’une interprète, qu’il a été accusé de tentative de meurtre lors d’un précédent séjour aux États-Unis, et qu’il entend demander pardon s’il peut y entrer à nouveau.

« Qui d’autres les démocrates vont-ils laisser entrer? » peut-on ensuite lire sur la vidéo, qui se conclut par un résumé du message : « Le président Trump et les républicains vont rendre les États-Unis sécuritaires de nouveau ».

« Ce que font les démocrates à ce pays est scandaleux! Votez républicain », écrit M. Trump dans son message relayant la vidéo.

Les thèmes abordés dans cette vidéo ne sont pas sans rappeler que M. Trump avait choisi de lancer sa campagne à la présidentielle en accusant les migrants mexicains d’être des « violeurs » et en promettant de construire un mur à la frontière sud des États-Unis.

Il s’agit en outre d’une variation du thème de campagne « Jobs not mobs » (des emplois, pas des émeutiers) préconisée par les républicains pour marteler deux thèmes qui leur sont chers : l’économie et la loi et l’ordre.

Restriction du droit d'asile

Donald Trump accuse les démocrates d'être responsables de la caravane de migrants d'Amérique centrale faisant actuellement route vers la frontière entre le Mexique et les États-Unis.

Donald Trump accuse les démocrates d'être responsables de la caravane de migrants d'Amérique centrale faisant actuellement route vers la frontière entre le Mexique et les États-Unis.

Photo : Associated Press / Susan Walsh

Dans un discours-fleuve décousu et truffé de faussetés, le président Trump a annoncé que son administration restreindrait le droit d'asile en obligeant les demandeurs à se présenter à un poste frontalier américain pour y effectuer une réclamation officielle.

Si des personnes franchissent illégalement la frontière américaine – sans passer par la douane –, celles-ci ne pourront pas présenter de demande d'asile et elles seront plutôt expulsées.

Au cours de son allocution en direct de la Maison-Blanche, le chef d'État a accusé ses adversaires démocrates d'être responsables de la caravane de migrants d'Amérique centrale faisant actuellement route vers la frontière entre le Mexique et les États-Unis.

Il leur a aussi imputé la pratique dite du « catch and release », en vertu de laquelle les demandeurs d'asile sont arrêtés, puis libérés sous promesse de comparaître plus tard.

Ils disparaissent tous dans la nature, personne ne se présente au tribunal.

Donald Trump

Son gouvernement indique plutôt que 76 % des gens sommés de se présenter en cour respectent leur engagement.

Toujours pendant son discours, le président a soutenu que « jusqu'à 20 millions » d'immigrants illégaux se cachaient aux États-Unis; encore une fois, ses propres services gouvernementaux avancent un nombre moindre, soit environ 12 millions.

Cette allocution, d'abord prévue mardi, survient maintenant à cinq jours des élections de mi-mandat, où les majorités républicaines des deux chambres du Congrès sont menacées.

Extrait de la vidéo diffusée par le président Trump.

« Qui d'autres les démocrates vont-ils laisser entrer? » peut-on lire sur cette image extraite de la vidéo diffusée par le président américain.

Photo : Radio-Canada / Capture d'image de la vidéo twittée par Donald Trump

Une campagne de peur, selon un leader démocrate

« C’est une campagne de peur. […] Ils doivent créer la peur, et l’immigration est leur cri de ralliement le plus important », a commenté sur CNN le patron du Comité national démocrate, Tom Perez. « C’est dans la ligne de conduite de Donald Trump depuis si longtemps. »

À l’instar d’autres démocrates, M. Perez voit dans cette publicité une preuve que les républicains sont en mode panique à l’aube des élections de mi-mandat, où les 435 sièges de la Chambre des représentants et le tiers des sièges au Sénat sont en jeu.

Selon lui, M. Trump cherche à détourner l’attention des enjeux de santé, qui dominent de nombreuses campagnes démocrates dans le pays.

La publicité n’est pas sans rappeler celle qui mettait en vedette un certain Willie Horton, qui avait été diffusée par des partisans du président George Bush père lors de la campagne présidentielle l’opposant au démocrate Michael Dukakis, en 1988.

Afro-Américain condamné au criminel au Massachusetts, Horton avait profité d’une permission de sortie de fin de semaine pour poignarder un homme à mort et violer sa fiancée.

Le message, orchestré par Roger Ailes, qui allait plus tard fonder la chaîne Fox News, transmettait aussi un message sans équivoque : Bush allait protéger les Américains, contrairement à Dukakis, qui avait appuyé le programme de libération dont avait profité Horton.

La publicité avait été considérée comme raciste par une frange de la population, mais elle n’en a pas moins été jugée efficace.

« C’est peut-être la publicité la plus désespérée et la plus méprisable depuis Willie Horton », a commenté dans un tweet l’ancien secrétaire au Travail du président Clinton, Robert Reich.

Malgré la levée de boucliers qui accompagne la publication de la vidéo, la Maison-Blanche est satisfaite de son impact, selon une source citée par CNN. « Ça fonctionne clairement. Tout le monde parle de ça plutôt que des soins de santé », s’est-elle réjouie.

« Ça va faire beaucoup de chemin », croit un analyste

En entrevue à RDI, le stratège en communications Louis Aucoin affirme que la publicité est « certainement raciste ». Il n'en soutient pas moins qu'elle risque fort de s'avérer efficace pour le camp républicain, qui avait bien besoin que les médias s'intéressent à autre chose qu'à l'affaire Khashoggi, qui dominait préalablement l'actualité.

« Ça prenait un autre enjeu pour ramener la question domestique et le fait que la caravane [de migrants latino-américains] arrive au moment des élections de mi-mandat, pour le président, ça devient une opportunité extraordinaire, qu’il a saisie hier », ajoute-t-il.

« Ce que dit le président [c’est que] ce sont des individus dangereux. Et là on va très très loin », poursuit M. Aucoin. « Mais la peur, en politique, c’est un des sentiments qui fait le plus bouger les gens, qui fait prendre des décisions. »

Depuis hier, on n’est plus en référendum sur les politiques de Donald Trump. On est en train, comme citoyens, de prendre une décision si on va laisser entrer la caravane ou non. C’est comme ça que le président vient de repositionner l’enjeu de l’élection de mi-mandat.

Louis Aucoin, stratège en communications

Il souligne d'ailleurs que la publicité qui mettait en vedette Willie Horton s'était avérée efficace à l'époque. « On s’était posé les mêmes questions morales, mais à la fin, c’est l’élection de mi-mandat, c’est dans l'urne que ça se joue, et la morale n’aura pas grand-chose à voir ce jour-là », laisse-t-il tomber.

« Est-ce qu’il [Trump] a peur de perdre, je ne sais pas, mais il met toutes les chances de son côté, ça c’est sûr. Ça va faire beaucoup de chemin », dit-il.

Il conclut : « C’est sûr qu’il y a des gens que ça choque, mais c’est certain aussi qu’il y avait des gens qui n’avaient pas encore pris de décision et qui viennent de prendre leur décision, pas par rapport à l’élection, mais par rapport à la caravane. »

Avec les informations de Washington Post, et CNN

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