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Quand François Legault recrute chez les péquistes, mais aussi chez les libéraux

François Legault affiche un sourire.
François Legault ouvre les portes de son gouvernement à de nombreux anciens membres du Parti québécois. Photo: La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Au pouvoir pour la première fois de son histoire, la Coalition avenir Québec (CAQ) s'est retrouvée face à un immense défi : recruter près de 300 personnes pour combler les besoins des différents ministères et cabinets sans avoir, dans ses rangs, une base suffisante d'employés disponibles. Pour pourvoir ces sièges vacants, l'équipe de François Legault s'est principalement tournée vers son ancienne formation politique : le Parti québécois.

Un texte de Romain Schué, correspondant parlementaire à Québec

Ces derniers jours, les têtes pensantes du gouvernement Legault ont pu pousser un soupir de soulagement. Désormais, les 26 ministres ont leur chef de cabinet. L’équipe complète est, en revanche, encore en cours de finalisation et plusieurs annonces se feront prochainement.

Pour remplir ces cases vides, la CAQ a regardé, en majorité, vers le Parti québécois (PQ). « Ça donne l’impression qu’ils ont pris un bottin des gouvernements péquistes et qu’ils ont appelé tout le monde », confie Dominic Vallières, ancien stratège du PQ.

Outre François Legault, la plupart des membres de sa garde rapprochée y ont également travaillé, notamment Martin Koskinen, directeur de cabinet du premier ministre, et Pascal Mailhot, les deux personnes en charge, principalement, de ce recrutement massif.

Ainsi, parmi les chefs de cabinet, qui ont une fonction essentielle en étant les principaux conseillers du ministre, chargés également de faire le lien avec le cabinet du premier ministre, on compte ainsi 12 anciens péquistes sur 26 postes, soit près de la moitié. Pour la plupart, ils ont exercé des fonctions similaires dans les gouvernements de Lucien Bouchard, de Bernard Landry ou de Pauline Marois.

Que ce soit Denis Dolbec (Finances), Alexandre Ramacieri (Économie), Alain Lavigne (Sécurité publique), Marc-André Ross (Justice), Denis Simard (Santé) ou encore Jonathan Valois (Famille, député du PQ entre 2003 et 2007), tous présentent la particularité d’avoir accumulé une belle expérience avec le PQ, avant de diriger un important cabinet de la CAQ.

Jonathan Valois applaudit, assis aux côtés de Pauline Marois.Jonathan Valois (au centre), qui est aux côtés de Pauline Marois, a également dirigé le Parti québécois en 2009. Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Une expérience de gouvernement priorisée

Pour ces postes clés, « l’expérience au sein d’un cabinet a été un critère fort », reconnaît Manuel Dionne, directeur des relations avec les médias et ex-responsable des communications de Bernard Drainville de 2012 à 2014. M. Dionne avait été recruté au début de l’été par Stéphane Gobeil, ancien conseiller de Pauline Marois.

Ces chefs de cabinet doivent être capables d’épauler rapidement les ministres. On a reçu beaucoup de C. V. qui provenaient de tous les horizons, on avait le choix et on a privilégié l’expérience.

Manuel Dionne, directeur des relations avec les médias

L'entourage de François Legault a d'ailleurs sollicité les conseils de l'ancien directeur de cabinet adjoint de Pauline Marois, Dominique Lebel. Ce dernier avait été chargé d’une telle mission en 2012.

« On a vécu une situation semblable, avec peu de députés qui ont été ministres », assure l'intéressé. Ainsi, reprend-il, avoir un directeur de cabinet très actif par le passé dans un ministère est primordial pour obtenir un bon équilibre auprès d’un élu néophyte.

Cependant, souligne-t-il, il faut éviter d'avoir un expert de la mission ministérielle pour éviter « les idées reçues ». « Un chef de cabinet est là pour accompagner, guider le ministre. Il ne doit pas lui dire : "Voici comment ça marche" », ajoute Dominique Lebel, auteur d'un livre (Dans l'intimité du pouvoir) sur sa propre expérience.

Plusieurs libéraux avec la CAQ

D’où proviennent les autres patrons de ces cabinets? En interne, la CAQ aime répéter avoir fait « beaucoup d’efforts » pour attirer dans ses rangs des personnes provenant de multiples allégeances. Candidate défaite cet automne, Manon Gauthier (Culture) a été proche du Parti libéral du Canada.

La conseillère dans l'arrondissement Verdun, Manon Gauthier, annonce qu'elle quitte la politique lors d'une séance du comité exécutif de la Ville de Montréal le 30 août 2017Manon Gauthier a également été conseillère municipale à Montréal, avec l'équipe de Denis Coderre. Photo : Radio-Canada

Roch Gamache (Forêts) a quant à lui travaillé avec Brigitte Legault, directrice de la CAQ, lors de ses années avec le PLC.

Trois femmes ont également été membres du Parti libéral du Québec : Marie-Ève Bédard (Conseil du Trésor), une proche de Philippe Couillard, Véronik Aubry (Transports), ex-porte-parole dans le gouvernement de Jean Charest et de la Ville de Montréal, et Mee-Rang Ricard (Tourisme), une ancienne attachée de presse de Marguerite Blais, dans ses années libérales.

Candidate caquiste vaincue dans Taschereau, Svetlana Solomykina (Relations internationales) a elle aussi adhéré au PLQ par le passé.

Deux anciens du Parti conservateur, Maxime Robert (Développement économique) et Sébastien Bénédict (Agriculture) ont également été séduits par l’aventure provinciale, tout comme Francis Côté (Affaires municipales), qui a quitté ses fonctions de directeur de cabinet de François Croteau, maire de l'arrondissement montréalais de Rosemont-La Petite-Patrie, l'un des piliers de Projet Montréal.

Seules Joëlle Boutin (Transformation numérique), qui a défendu en vain les couleurs de la CAQ dans la région de Québec, Maryse Picard (Affaires autochtones), une avocate ayant défendu les droits des Premières Nations, et Julie Lussier (Éducation), gestionnaire notamment dans le domaine des communications, n’ont pas de véritable expérience dans le monde politique.

Le chef caquiste en tournée au centre commercial Laurier Québec à Sainte-Foy en compagnie de plusieurs candidats dont Joëlle Boutin, dans Jean-Talon.Joëlle Boutin (à droite) a accompagné François Legault à plusieurs reprises durant la campagne électorale. Photo : Radio-Canada / Mathieu Potvin

Combien gagne un chef de cabinet?

Selon les dernières directives de l’Assemblée nationale, qui date de mars 2018, un directeur de cabinet d’un ministre peut toucher un salaire maximal de 150 722 $. Sous le précédent gouvernement, les rémunérations oscillaient entre 110 000 $ et 150 000 $. Seul le chef de cabinet du premier ministre peut recevoir un montant supérieur, qui peut être égal à celui d’un sous-ministre. Jean-Pascal Bernier avait ainsi un salaire de 217 888 $, soit le maximal possible. Il touchait ainsi davantage que le premier ministre, Philippe Couillard (192 345 $ en 2018). À ces montants s’ajoutent également, pour les chefs de cabinet, une allocation annuelle de dépenses de fonction (2415 $ maximum) et une éventuelle allocation de séjour mensuelle (1200 $).

Un choix judicieux, selon des experts

En coulisses, assure-t-on, la filière péquiste serait encore nettement plus forte. « C’est effrayant comme il y a des péquistes dans les cabinets », lance un habitué des couloirs de l’Assemblée nationale et ancien ministre.

D'anciens attachés de presse du PQ ont aussi été récemment recrutés afin de gérer les communications des ministres caquistes. Le chef par intérim du PQ, Pascal Bérubé, n'a pas souhaité commenter cette situation, qui serait logique selon des experts.

« François Legault et son équipe ont fait venir des gens en qui ils ont confiance. Ils ne pouvaient pas compter sur un gros bassin de militants », analyse le conseiller en relations publiques Victor Henriquez.

« C’est tout à fait judicieux, puisque la CAQ avait besoin de combler un très grand nombre de postes avec des personnes capables d’assumer rapidement ces fonctions. C’est propre à un parti qui n’a jamais assumé le pouvoir », ajoute le politologue Thierry Giasson.

La CAQ n’avait pas le temps de faire de très longs entretiens ou de faire appel à une firme de chasseurs de têtes. Elle doit se tourner vers des gens qu’elle connaît.

Thierry Giasson, professeur à l’Université Laval

Le recrutement, confie-t-on, a été facilité par la forte majorité obtenue par le parti. Il est plus facile de convaincre des gens venant de l'extérieur d'arriver avec un parti pouvant être au pouvoir durant quatre ou huit ans, que d'attirer du personnel dans un gouvernement minoritaire, avec la possibilité d'une perte d'emploi 18 mois plus tard, avec le déclenchement de nouvelles élections, a-t-on indiqué à Radio-Canada.

Un message passé par Martin Koskinen

Assurant que plusieurs dizaines d’anciens de ses collègues péquistes ont été sollicités, Dominic Vallières y voit également une stratégie d’affaiblissement du PQ.

« Il y a une perte importante d’expertise. Le PQ va avoir un réseau à refaire et va même devoir critiquer, à l’Assemblée nationale, ses propres cerveaux », avance l’ex-attaché politique du PQ.

François Legault, Jean-François Del Torchio et Martin Koskinen marchent dans un corridor.Homme de l'ombre, Martin Koskinen (à droite) a accompagné François Legault dans son ascension. Derrière, Jean-François Del Torchio, après avoir quitté un temps la politique, va diriger l'équipe des communications de Geneviève Guilbault. Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Avec d’anciens membres de différentes familles politiques, la CAQ, qui affirme s’être assurée de la loyauté de ses recrues, a récemment réuni ces 26 chefs de cabinet pour faire passer un message d’unité.

Par la voix de Martin Koskinen, a appris Radio-Canada, ils ont été appelés à laisser tomber leurs « étiquettes ». « On est maintenant tous de la même famille politique, la CAQ », a glissé le bras droit de François Legault.

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