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Halloween et appropriation culturelle : un guide pour se costumer à l'école

Cinq enfants vêtus de costumes d'Halloween attendent patiemment leur tour pour recevoir des bonbons devant le porche d'une maison.

En 2018, choisir son costume d'Halloween peut être une question épineuse : se déguiser en portant les signes distinctifs d'une culture étrangère est de plus en plus critiqué.

Photo : getty images/istockphoto / Rawpixel

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La fête de l'Halloween est l'occasion pour certaines écoles de rappeler aux élèves qu'il y a des costumes qui sont « appropriés » et d'autres non. C'est le cas du Conseil scolaire Viamonde qui remet depuis trois ans un guide aux parents contenant des lignes directrices pour s'assurer que le costume de leur enfant est « respectueux » des autres.

Un texte de Camille Feireisen

Le Conseil scolaire Viamonde souhaite que les parents et leurs enfants se demandent si le costume représente un stéréotype ou une caricature qui généralise ou dénigre une culture étrangère à la sienne, en se posant la question suivante : mon costume est-il approprié? (Nouvelle fenêtre)

Selon la directrice des communications de Viamonde, Claire Francoeur, cela permet de générer des discussions entre enseignants et élèves, mais aussi à la maison.

Cela amène une réflexion, cela amène les parents à se dire "oh! mon Dieu, je n'avais pas pensé que lorsque mon enfant [était] déguisé de telle et telle façon, ça pouvait être offensant pour quelqu'un d'autre", explique-t-elle.

Exemples de déguisements proscrits par le guide

Image extraite du guide de Viamonde montrant une Blanche qui s'est peinturé le visage en noir et porte un haut léopard. Wlle est entourée de quatre jeunes Noirs qui regardent la caméra. Il est inscrit sur la photo : c'est ma culture, pas un costume.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Image extraite du guide de Viamonde

Photo : Guide de Viamonde sur le costume approprié

Image extraite du guide de Viamonde montrant un Blanc avec une fausse moustache, un grand sombrero, un poncho et des maracas pour symboliser un Mexicain. Il est entouré de Mexicains qui le regardent avec un regard noir.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Image extraite du guide de Viamonde

Photo : Guide de Viamonde sur le costume approprié

La question de l'appropriation culturelle demeure toutefois récente, souligne-t-elle, et les écoles doivent faire des ajustements.

C'est assez récent, mais c'est constant, et cela nous a amenés à faire des activités en salle de classe selon les niveaux afin de fournir des occasions de discussion et de clarification avec les élèves. Il faut pouvoir faire la distinction entre ce qui est un costume, ce qui est une culture et la manière dont on peut manifester notre intérêt envers une culture sans la dénigrer.

La leçon a été bien apprise par Amélia, élève à l'école élémentaire Gabrielle-Roy de Toronto. La jeune fille s'est déguisée en Bloody Mary pour être épeurante et effrayer son frère.

On n'a pas le droit de porter des choses autochtones, parce que c'est plus de la coutume que du costume, énonce-t-elle.

Les photos d'Éméric, Elisabeth, Megan et Amélia

De son côté, l'enseignant en quatrième année Max Guérette s'est costumé en Monsieur Jack. Il raconte que le guide est arrivé la veille en salle de classe et que les différentes directives ont été évoquées puis transmises aux parents sur une plateforme interactive.

Il souligne que les enfants ont posé plusieurs questions sur ce qu'ils étaient autorisés à faire.

Ils comprennent bien en général. Il y a des cas dans la classe où certains élèves sont intimidés par telle ou telle chose, et on en parle. C'est bien de mettre en commun ce qui fait peur ou non, ce qui est correct ou non. Ils savent le faire.

L'école Gabrielle-Roy est une école multiculturelle. Aussi, l'enseignant estime qu'il est important de rappeler que la tradition de l'Halloween peut être interprétée de manières différentes par chacun.

Marjolaine est la mère d'un petit garçon de deux ans qui va à la garderie de l'école. Son enfant est encore un peu jeune pour se préoccuper de ces questions, mais elle considère que ce guide peut aider les parents à entamer une discussion.

« Il y a des costumes qui peuvent être offensants pour certaines cultures, on ne s'en rend pas toujours compte de prime abord. Je pense qu'un guide et en parler [sont] une bonne chose. »

— Une citation de  Marjolaine, mère d'un enfant de deux ans
Des costumes et autres accessoires pour se déguiser en petit Indien.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des costumes dans un magasin de l'entreprise Party City à Edmonton.

Photo : Zoe Glassman

L'appropriation culturelle, un débat récent

Selon Pierre Anctil, anthropologue et historien à l'Université d'Ottawa, la problématique de l'appropriation serait apparue il y a à peine une vingtaine d’années.

Elle survient le plus souvent dans un contexte postcolonial, relativement aux peuples qui ont été privés de leur mémoire historique et ont été victimes d’une mauvaise représentation, précise M. Anctil.

C'est très rare historiquement que l'on ait le point de vue des Autochtones, comme des Noirs aux États-Unis, parce que ce sont des groupes qui n'avaient pas accès au pouvoir, aux médias, aux universités et aux partis politiques. C'est ce qui a amené cette résistance.

Il explique par ailleurs que les discours concernant l'appropriation culturelle ont surgi dès les années 1920, au moment de l'apparition du cinéma parlant. Ces discours ont d'abord fait leur chemin aux États-Unis et non au Canada, ajoute-t-il.

Il y avait cette problématique d'exploitation et d'utilisation exagérées, notamment de la culture des Noirs américains, car les films étaient faits par des Blancs. On leur demandait seulement de chanter ou de danser, et c'était le seul rôle qu'ils avaient sans avoir le droit de raconter, eux, leur histoire.

« Ce qui est nouveau c'est la résistance, la volonté de démasquer ce type de comportements. »

— Une citation de  Pierre Anctil, anthropologue et historien à l'Université d'Ottawa
Gros plan de plusieurs ceintures fléchées. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le port de la ceinture fléchée à Halloween soulève des questions concernant l'appropriation culturelle.

Photo : Radio-Canada

De leur côté, les enfants de l'école Gabrielle-Roy ont en majorité préféré les costumes de superhéros et les personnages iconiques des films horrifiques pour enfants, comme le célèbre Monsieur Jack du cinéaste Tim Burton.

Mais si ces débats demeurent récents pour toute une génération, Mme Francoeur rappelle qu'ils semblent déjà bien ancrés pour celle à venir. Une génération que les enseignants de ce conseil scolaire espèrent bien voir grandir avec la conscience qu'il ne faut pas confondre costume et coutume, et qu'il y a d'autres moyens de montrer son intérêt ou sa curiosité pour la culture de l'autre.

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