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Khashoggi tué par « strangulation » et « démembré », selon le procureur d'Istanbul

Plan rapproché de Jamal Khashoggi qui parle lors d'une conférence de presse à Manama, à Bahreïn, le 1er février 2015.
Jamal Khashoggi a d’abord été un proche collaborateur de la famille royale et des services de renseignement avant de devenir un critique de la politique autoritaire du prince Mohamed ben Salmane, surnommé MBS. Photo: Associated Press / Hasan Jamali
Radio-Canada

Le chroniqueur saoudien Jamal Khashoggi a été tué par « strangulation » dès qu'il a mis les pieds dans le consulat de son pays à Istanbul, le 2 octobre, et son corps a ensuite été « démembré », affirme le procureur d'Istanbul, Irfan Fidan, dans un communiqué publié mercredi par son bureau.

Les médias turcs avaient déjà avancé que M. Khashoggi a été étranglé et démembré, mais ces informations n'avaient jamais été confirmées publiquement par des responsables turcs. La semaine dernière, le président Erdogan avait évoqué un « meurtre sauvage », mais sans donner plus de détails.

Le communiqué du bureau de M. Fidan a été publié tout juste après que le procureur général saoudien, Saoud ben Abdallah Al-Muajab, eut quitté la Turquie. Sa visite n'a « pas donné de résultat concret », en dépit « des efforts de bonne volonté » de la Turquie pour découvrir la vérité », peut-on y lire.

Cela explique pourquoi le bureau du procureur s'est senti « obligé » de partager certains éléments obtenus lors de l'enquête, précise-t-on.

Conformément à un plan prémédité, la victime Jamal Khashoggi a été étranglée à mort dès son entrée au consulat. Le corps de la victime a été démembré et on s'en est débarrassé suite à sa mort par strangulation.

Extrait du communiqué publié par le bureau du procureur d'Istanbul

Le bureau de M. Fidan indique en outre que les autorités turques ont pressé le procureur saoudien de révéler l'endroit où se trouve le corps de M. Khashoggi, qui n'a jamais été retrouvé, et l'identité du « collaborateur local » à qui il aurait été remis, de l'avis même de Riyad.

La Turquie a aussi demandé si des éléments confirmant le caractère prémédité du meurtre ont été mis au jour par l'enquête saoudienne, et a répété qu'elle réclame l'extradition des 18 suspects saoudiens arrêtés par le royaume en lien avec cette affaire.

Le procureur d'Istanbul invité à Riyad

En guise de réponse, toujours selon le communiqué, le procureur d'Istanbul a été invité à se rendre en Arabie saoudite avec les éléments de l'enquête en sa possession. Le communiqué ne précise pas si M. Fidan entend donner suite à cette invitation.

Riyad estime que seule une enquête conjointe entre les deux pays pourra permettre de déterminer ce qu'il est advenu du corps de Khashoggi et si son meurtre a été prémédité, précise encore le texte.

Jeudi dernier, le procureur général saoudien avait déclaré, sur la base d'informations fournies par la Turquie, que les meurtriers de M Khashoggi avaient commis un acte « prémédité », une version que Riyad n'avait jamais évoqué jusqu'ici.

Au cours de son séjour à Istanbul, entrepris dans la nuit de dimanche à lundi, M. Al-Muajab a notamment rencontré à deux reprises le procureur Fidan. Il s'est aussi rendu au consulat saoudien et, selon l'agence privée turque DHA, au bureau du service de renseignement turc à Istanbul.

En conférence de presse mercredi soir à Ankara, un porte-parole de l'AKP, le parti au pouvoir en Turquie, a soutenu qu'il ne fait guère de doute que Jamal Khashoggi n'a pas pu être assassiné sans un ordre donné en haut lieu.

Qui a donné l'ordre? Il ne s'agit pas là d'une action qui aurait pu être menée sans des instructions de haut niveau. [...] Nous n'accusons personne, mais nous ne tolérerons aucune opération de dissimulation, et cela doit être clair.

Omer Celik, porte-parole de l'AKP

M. Celik a en outre mis en doute les déclarations de Riyad affirmant ignorer où se trouve le corps du journaliste. « Il est hors de question qu'ils n'en aient pas été informés », a-t-il dit, en avançant que le consul saoudien à Istanbul, qui a regagné son pays quelques jours après le meurtre, avait sans doute partagé cette information avec les autorités saoudiennes.

Plus tôt dans la journée, un haut responsable turc parlant sous couvert d'anonymat avait affirmé à l'AFP que les responsables saoudiens se montraient « surtout soucieux d'obtenir les preuves que nous avons contre les auteurs du meurtre ».

« Nous n'avons pas eu l'impression qu'ils ont hâte de coopérer sincèrement dans l'enquête », a-t-il dit.

MBS montré du doigt par la presse turque

Jamal Khashoggi a été tué dans le consulat de son pays à Istanbul le 2 octobre, où il s'était rendu pour obtenir des documents en vue de son mariage avec une citoyenne turque.

Sous la pression internationale, Riyad a fini par reconnaître, après plusieurs jours de dénégations, le meurtre du journaliste dans son consulat lors d'une opération « non autorisée », mais a avancé plusieurs versions contradictoires qui ont suscité le scepticisme.

Plusieurs responsables et médias turcs ont directement incriminé le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, dit MBS, dans ce meurtre alors que Riyad s'efforce de le dédouaner en insistant sur ce caractère « non autorisé » de l'opération.

L'éditorialiste turc proche du pouvoir Abdülkadir Selvi a accusé mercredi le procureur saoudien de chercher à protéger « MBS ».

Estimant que le procureur sait où se trouve le corps de Khashoggi, l'éditorialiste affirme qu'il a « caché » cette information à ses homologues turcs. « Parce que le procureur travaille pour sauver le prince héritier en manipulant cette enquête au lieu de faire la lumière sur ce meurtre », écrit M. Selvi dans le quotidien Hürriyet.

Commentant le déroulement de l'enquête, le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian a estimé mercredi que « le compte n'y est pas ».

« Aujourd'hui, même si les autorités saoudiennes ont reconnu qu'il y avait un meurtre, le compte n'y est pas. La vérité n'est pas au rendez-vous », a-t-il déclaré sur la radio RTL, évoquant « les responsabilités et les circonstances de ce meurtre ».

« En fonction des résultats qui seront annoncés, nous prendrons les sanctions nécessaires à l'égard des coupables », a ajouté M. Le Drian. « Nous ne nous interdisons rien sur ces sanctions [...] en collaboration avec nos partenaires européens.

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, et Associated Press

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