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L'Inde sévit contre les escrocs ayant usurpé le nom de l’Agence du revenu du Canada

Les informations de Philippe-Vincent Foisy.
Radio-Canada

En Inde, la police multiplie depuis deux semaines les rafles dans des centres d'appels clandestins à partir desquels des escrocs ont fraudé des milliers de contribuables canadiens en se faisant passer pour des représentants de l'Agence du revenu du Canada (ARC).

Au cours des derniers jours, la police indienne a procédé au démantèlement de plusieurs centres d’appels illégaux dans diverses villes du pays en collaboration avec la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

C'est une enquête de l’émission Market Place de CBC qui a mis la GRC sur la piste des auteurs de « l'escroquerie de l’ARC ».

Ce stratagème aurait permis de voler plus de 10 millions de dollars à des milliers de contribuables canadiens, selon CBC News.

Appels robotisés

Les fraudeurs, qui se faisaient passer pour des employés de l’Agence du revenu du Canada, contactaient leurs victimes au moyen d'appels robotisés pour les avertir qu'ils devaient des montants importants au fisc canadien.

Exemple d'un appel robotisé (en anglais) au coeur de cette affaire

Les victimes étaient invitées à rappeler le plus tôt possible à un numéro donné, faute de quoi elles risquaient d’être arrêtées et emprisonnées. La technologie utilisée par les fraudeurs leur permettait d'imiter des numéros de téléphone se trouvant au Canada et parfois même ceux d’un vrai centre de service de l'ARC.

Lorsque les victimes rappelaient, elles étaient de nouveau menacées de sanctions judiciaires, mais se voyaient ensuite offrir une chance unique de régler l'affaire en payant immédiatement le solde dû.

Alertés par de nombreux contribuables floués, les journalistes de l'émission Market Place ont remonté la filière jusqu’en Inde, où des entreprises clandestines emploient des dizaines de personnes pour frauder des étrangers au téléphone et possiblement sur Internet.

Saisies de matériel et arrestations

Des suspects arrêtés par la police indienne.Des images des suspects arrêtés lors d'opérations contre des centres d'appels clandestins sont diffusées par les autorités locales à la télévision. Photo : Radio-Canada / Grenonews

Depuis deux semaines, les opérations de la police indienne ont permis de saisir d’importantes quantités de matériel informatique, des téléphones, ainsi que des listes de noms et les coordonnées de contribuables étrangers, dont de nombreux Canadiens.

Selon la police indienne, pas moins de 28 personnes ont été arrêtées en une seule opération contre des centres d’appels clandestins.

« Ce n'est que le début, assure Ajay Pal Sharma, chef de la police de Noida, une localité située en banlieue de la capitale, New Delhi.

D'autres centres d'appels illégaux fonctionnent dans la ville, ils seront bientôt démantelés. Nous ferons d'autres raids.

Ajay Pal Sharma, chef de la police de Noida

À première vue, les sommes dérobées à des étrangers par ces entreprises criminelles sont substantielles.

À eux seuls, deux des centres perquisitionnés par la police indienne ont réussi à extorquer plusieurs centaines de milliers de dollars à des citoyens canadiens, rapporte CBC.

Des policiers exhibent des objets saisis.Des policiers indiens exhibent du matériel électronique et des téléphones saisis lors d'opérations menées contre des centres d'appels clandestins. Photo : Radio-Canada

La GRC tentera de retrouver les victimes

Les agents de la GRC doivent bientôt communiquer avec les victimes pour déterminer la somme qui leur a été volée et leur indiquer s'ils pourront ou non en récupérer une partie.

« Nous allons faire de notre mieux pour y arriver, mais je ne peux rien garantir », a expliqué l’inspecteur en criminalité financière de la GRC, Peter Payne.

La GRC s'est rendue en Inde, à Noida, après avoir été prévenue par les journalistes de Market Place que plusieurs fraudeurs liés à « l’escroquerie de l’ARC » y exerçaient leurs activités.

Un officier de la GRC basé en Inde, en collaboration avec le FBI, aurait alors demandé aux autorités indiennes d’agir contre ces fraudeurs. Ce qu’elles ont fait.

Des employés d'un centre d'appels en Inde.L'Inde abrite des centaines de centres d'appels répartis sur son territoire, dont certains sont exploités par des criminels. Photo : Reuters / Sherwin Crasto

Il existe des dizaines de centres d’appels semblables répartis sur le territoire indien. La plupart seraient situés dans la région de Mumbai, qui est la plus grande métropole de l'Inde.

Chacun de ces centres d’appels illégaux est en général dirigé par un gestionnaire indépendant qui utilise diverses technologies, parfois très sophistiquées, pour éviter d’être détecté par les autorités locales.

Or, plusieurs de ces centres ne sont pas aussi clandestins qu’on pourrait le croire. Selon des observateurs de la sécurité indienne consultés par CBC News, certains d'entre eux exploiteraient leurs centres avec l’approbation de la police, payée pour détourner le regard.

Pour tenter de décourager l’industrie de la fraude téléphonique et montrer aux gouvernements étrangers qu’elle prend ce problème au sérieux, la police indienne a décidé de diffuser à la télévision l’identité des fraudeurs arrêtés lors des rafles contre des centres d’appels clandestins.

Des personnes âgées et des immigrants

Une personne âgée divulgue son numéro de carte de crédit par téléphone.Une personne âgée divulgue son numéro de carte de crédit par téléphone. Photo : iStock / IS/iStock

La plupart du temps, les victimes sont des personnes âgées ou encore des immigrants, qui connaissent moins bien les pratiques du fisc canadien.

C’est notamment le cas de Gehangir Rashidi, qui a perdu plus de 100 000 $ dans cette fraude. Il se réjouit d’ailleurs du fait que les polices indienne et canadienne prennent des mesures contre ces fraudeurs.

C'est excellent, ça me rend heureux. Continuez et trouvez-les tous... J'aimerais récupérer mon argent.

Gehangir Rashidi, victime d'une fraude de 100 000 $

Un souhait qui a peu de chances de se réaliser en raison des efforts des intermédiaires financiers qui traitent les paiements à l’étranger de façon à brouiller les pistes en cas d’enquête.

Ces intermédiaires toucheraient autour de 40 % des sommes volées pour couvrir les traces des fraudeurs.

Des bureaux de l'Agence du revenu du Canada.Des bureaux de l'Agence du revenu du Canada Photo : Radio-Canada

Par ailleurs, de nombreuses plaintes déposées auprès des services de police canadiens par des contribuables lésés n’ont pas eu de suite, notamment parce qu’il leur est en général impossible d’enquêter sur des crimes commis à l’étranger, où ils n’ont aucune autorité.

D'autres victimes contactées par CBC ont communiqué directement avec le Centre antifraude du Canada, géré conjointement par la GRC et d'autres organismes, mais là encore, la majorité des plaintes n’ont pas eu de suite.

Lors de l’enquête de Market Place, en juillet dernier, de hauts responsables de la police indienne ont par ailleurs déclaré qu'ils n'avaient jamais reçu de demande d'aide spécifique de la GRC pour intervenir contre cette arnaque.

La GRC assure cependant être aujourd’hui en contact étroit avec les autorités indiennes avec qui elle entend poursuivre sa collaboration pour mettre un terme à ces fraudes à grande échelle.

Avec les informations de CBC News

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