•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Dan Basambombo, le diamant brut de Kinshasa

Le joueur de football Dan Basambombo en entraînement

Le joueur de football du Rouge et Or Dan Basambombo en entraînement

Photo : Radio-Canada / André-Pier Bérubé

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Vu comme un diamant brut à son arrivée avec le Rouge et Or en 2016, Dan Basambombo a finalement pu démontrer l'étendue de son talent cet automne. Mais le meilleur est encore à venir, estime son entraîneur, Glen Constantin. Le natif de Kinshasa a tout le potentiel pour suivre les traces d'un autre illustre secondeur canado-congolais dans les hautes sphères du ballon ovale.

Un texte de Guillaume Piedboeuf

D’aussi loin qu’il se souvienne, Dan Basambombo a toujours été obsédé par l’idée d’être le meilleur. Enfant, il se voyait joueur de soccer professionnel lorsqu’il échangeait le ballon rond avec ses amis dans les rues de Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo.

Même chose avec le badminton, sport qu’il avait adopté au début de l’adolescence après que sa famille eut immigré au Canada et se fût installée à Ottawa.

« Mes parents te diraient que j’ai toujours été ambitieux », lance celui qui a trouvé, lorsqu'il avait 14 ans, un sport plus adapté à sa charpente de 6 pieds 1 pouce (1,84 m) et 232 livres (105 kilos).

Je ne fais pas les choses à moitié. Quand j’embarque dans quelque chose, je veux me rendre au sommet.

Une citation de : Dan Basambombo
Le joueur de football du Rouge et Or Dan Basambombo en entraînementAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le joueur de football du Rouge et Or Dan Basambombo sur le terrain de football à l'Université Laval

Photo : Radio-Canada / André-Pier Bérubé

Le « projet » de Constantin

Doté de capacités athlétiques hors normes, le jeune homme de 21 ans est devenu un « projet » à son arrivée au Rouge et Or il y a trois ans. Il a dû patienter avant de s’imposer sur le terrain de football universitaire.

Plus jeune joueur de l'équipe lorsqu'il a fait le saut au Rouge et Or, Dan Basambombo provenait directement du secondaire ontarien alors que ses coéquipiers avaient eu trois ans de football collégial pour peaufiner leur jeu.

Glen Constantin a souvent souligné que Basambombo était un spécimen physique unique, vite et agile comme un receveur de passe, fort comme un joueur de ligne défensive. Mais avec la moitié moins d’années de football derrière les épaulettes que le reste de ses coéquipiers, le jeune Canado-Congolais avait des lacunes techniques et tactiques évidentes.

Glen Constantin, entraîneur du Rouge et Or football à l'Université LavalAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Glen Constantin, entraîneur du Rouge et or, football à l'université Laval.

Photo : Radio-Canada / Daniel Coulombe

« Il voulait vite voir du terrain. Alors, à sa deuxième saison, l’automne dernier, on essayait de l’embarquer dans certaines formations en défensive avec un mandat simple de se rendre au ballon », relate l’entraîneur-chef.

Un an plus tard, à l’aube des éliminatoires, le mandat de Basambombo dans l’unité défensive s’est bien élargi.

Le tout a commencé au camp de printemps en Floride, où Constantin et le coordonnateur défensif Marc Fortier ont remarqué que le jeu semblait avoir ralenti pour leur protégé. Sa meilleure compréhension du jeu lui permettait finalement d’exhiber l’étendue de son talent.

Puis un poste de secondeur partant s'est ouvert en début de saison après que le vétéran secondeur Marc-Antoine Varin fût tombé au combat.

À son deuxième départ en carrière, le 8 septembre, Dan Basambombo a inscrit 11 plaqués et 2 sacs du quart en plus de forcer une échappée contre les Carabins de l’Université de Montréal, permettant au Rouge et Or d’arracher un important gain de 12-9 en territoire ennemi.

Moins de deux mois plus tard, Glen Constantin appréhende déjà qu’une carrière professionnelle risque de raccourcir le parcours de l'étudiant en sciences de la consommation chez les siens.

C’est quasiment de valeur qu'on ait investi autant en lui pour l’avoir pas si longtemps dans notre défensive, mais je pense que c’est un gars qui va attirer l’oeil des recruteurs bientôt.

Une citation de : Glen Constantin
Dan Basambombo prend la pause vêtu d'un polo du Rouge et Or.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Hors du terrain, Dan Basambombo étudie les sciences de la consommation à l'Université Laval.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Piedboeuf

Certes, Dan Basambombo doit disputer une quatrième saison avant d'être admissible au repêchage. Mais une fois que les dépisteurs auront assisté à ses tests physiques, possiblement au Défi Est-Ouest, au printemps, sa marche vers les professionnels sera enclenchée.

Ce n’est toutefois pas le principal intéressé qui vous le dira. S'il rêve toujours d'atteindre le plus haut niveau, il a appris à remiser ses ambitions professionnelles. « Depuis que je suis à Laval, j’ai réalisé l’importance de prendre chaque chose en son temps. Je reste dans le moment présent et j’essaye de ne pas voir trop loin. »

Plus qu’un bon athlète

Ayant immigré au Canada avec ses parents et sa grande soeur à l’âge de 9 ans, Dan Basambombo garde des souvenirs plutôt sommaires de la vie à Kinshasa.

« Ce qui m’a marqué, c’est que tout le monde se connaissait et s’entraidait. Tout était ouvert et communautaire. C’était comme un grand village. »

Cette camaraderie, il croit l’avoir un peu retrouvée au football lorsque, après quelques années à l’école secondaire Franco-Cité d’Ottawa, ses amis l’ont convaincu de troquer la raquette de badminton pour les épaulettes.

Dès le moment où j’ai commencé, il y a eu un déclic. Ça m’est venu plutôt facilement et en plus, c’était un sport d’équipe, ce que j’ai vraiment apprécié.

Une citation de : Dan Basambombo
Le joueur de football du Rouge et Or Dan Basambombo en entraînementAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le joueur de football du Rouge et Or Dan Basambombo en entraînement

Photo : Radio-Canada / André-Pier Bérubé

Ce n’est d'ailleurs pas simplement sa génétique qui a mené le secondeur prodige chez le Rouge et Or, assure son ancien entraîneur à Franco-Cité, Paul Denis.

« Si j’avais à le décrire, je pense que c’est vraiment son éthique de travail qui le distinguait. Ce n’était pas le plus vocal, mais ç'a toujours été un exemple sur le terrain et en dehors. »

Des modèles à suivre

Cette fameuse ardeur au travail, le secondeur l’attribue à son père, un professeur de français à Franco-Cité qui est d’abord venu travailler seul à Toronto pour ensuite permettre au reste de sa famille d’immigrer.

« C’est quelqu’un de vraiment motivé qui travaille fort. C’est grâce à lui que l’on est ici et que je joue au football. Quand je joue, je pense à tout ça et c’est quelque chose qui me motive. »

C'est une motivation dans toutes les sphères de sa vie, précise-t-il. Au secondaire, Dan Basambombo a même mis le football en veilleuse pour un an pour se concentrer sur ses études et sur l’entraînement physique. Il espérait ainsi faire d'une pierre, deux coups en améliorant ses chances de dominer sur le terrain et dans la salle de classe.

« Comme immigrant, le but que tu as pour tes enfants est qu’ils aillent à l’école et qu’ils obtiennent un diplôme. Pour mes parents, c’était un cheminement plus sûr que la poursuite de rêves sportifs. Mais si tu peux faire les deux, pourquoi pas? Aujourd’hui, ils sont vraiment fiers de moi. »

Un enfant tient la main de sa mèreAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Dan Basambombo pose avec sa mère à Kinshasa quelques années avant que la famille immigre au Canada.

Photo : Radio-Canada / Courtoisie Dan Basambombo

Un autre qui a eu une importante influence sur le parcours de Basambombo est celui qu’il décrit comme un « grand-frère » : son ex-coéquipier chez le Rouge et Or Daniel Tshiamala.

Lui aussi né à Kinshasa et ayant grandi à Ottawa, le vétéran Tshiamala avait transféré des X-Men de Saint-François-Xavier au Rouge et Or, en 2016, pour se rapprocher de sa famille après avoir perdu ses deux parents en l’espace de quelques mois. Dans l’entourage de l’équipe, les deux costauds secondeurs sont devenus les inséparables « Big Dan » et « Small Dan ».

« C’est une personne qui me tient vraiment à coeur. Il m’a appris beaucoup de choses sur la vie et le football. Sur la façon dont je devais approcher mes années universitaires », relate Basambombo.

Au contact de Tshiamala, maintenant membre de l’organisation du Rouge et Noir d’Ottawa, celui qui a soufflé ses 21 bougies en mai a notamment appris les vertus de la patience.

« Si j'ai été un peu impatient par le passé, je suis reconnaissant aujourd’hui envers Glen [Constantin] et Marc [Fortier] parce qu’ils ont attendu le bon moment pour m’embarquer. C’est parce que j’ai eu deux années pour apprendre à jouer la position que je performe bien aujourd’hui. »

Hénoc Muamba marche dans un couloir du stade olympique.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Hénoc Muamba, secondeur des Alouettes de Montréal

Photo : Radio-Canada / Alain Decarie

Sur les traces de Muamba

Lorsque l’on discute de l’éclosion de Dan Basambombo avec Glen Constantin, il évoque le nom d’un autre Canado-Congolais : le secondeur des Alouettes Hénoc Muamba. Premier choix au total du repêchage 2011 de la Ligue canadienne de football après une carrière universitaire à l’Université Saint-François-Xavier, Muamba a eu droit un petit saut dans la NFL avant de s’établir comme un joueur professionnel dominant au nord de la frontière.

« Toutes proportions gardées, Dan me fait penser à lui. J’avais entraîné Hénoc au Défi Est-Ouest et j’avais été surpris de constater qu’il n’avait pas encore une si grande compréhension du jeu. Il avait encore beaucoup de place pour s’améliorer et avec les années, c’est devenu un super bon joueur », explique Constantin.

Une comparaison flatteuse pour Basambombo, dont la famille est proche de Muamba. « C'est un honneur d'être comparé à un joueur d'un si haut calibre. J'aimerais avoir la même carrière que lui, même mieux, si possible », lance-t-il en esquissant un sourire.

Mais le secondeur du Rouge et Or refuse de voir plus loin que la saison actuelle. Il se concentre sur les prochains matchs qui amèneront au Stade TELUS une foule galvanisante.

« Je ne savais pas qu’il y avait un endroit au Canada où le football universitaire était aussi gros et les fans aussi dévoués à leur équipe. »

Le Rouge et Or entame sa marche vers une finale de la Coupe Vanier à Québec.

Tout le travail pendant des années, tous les entraînements, c’est pour jouer ce genre de match.

Une citation de : Dan Basambombo

Ne parlez donc pas d’un futur dans le football professionnel à Dan Basambombo. Il est arrivé à destination.

Pour le moment.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !