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Porter la ceinture fléchée à l'Halloween : une appropriation culturelle?

Gros plan de plusieurs ceintures fléchées.
Le port de la ceinture fléchée à Halloween soulève des questions concernant l'appropriation culturelle. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Le déguisement, le week-end dernier, d'un homme portant une ceinture traditionnelle métisse a suscité la controverse à Edmonton et remet de l'avant la question de l'appropriation culturelle lors des festivités d'Halloween ou du Festival du Voyageur à Winnipeg.

« Ce n'est pas correct de prendre le vêtement de quelqu'un, de le mettre pendant une journée et de prétendre devenir cette personne à votre façon, sans avoir à faire l'expérience de ce que signifie en réalité être discriminé chaque jour », a déclaré l’avocate crie Miranda Jimmy, cofondatrice du groupe Reconciliation in Solidarity Edmonton (RISE), à propos du déguisement porté dans cette ville.

Kate Gunn, la directrice des initiatives communautaires de la ville, a présenté ses excuses cette semaine concernant la publication de photos de son mari portant une tenue traditionnelle métisse dans les réseaux sociaux.

Miranda Jimmy estime que le costume est inapproprié, car il comprend une écharpe traditionnelle qui représente, selon elle, la culture et l'identité des Métis.

Le costume n’est pas un sujet d’inquiétude pour André Carrière, le vice-président de la région de Winnipeg à la Fédération des Métis du Manitoba (MMF). La MMF représente quelque 22 000 Métis du Manitoba, selon des chiffres de 2017.

« La ceinture elle-même fait partie de notre culture, dit-il, mais il faut être raisonnable comme adultes et réagir comme des adultes, pas comme des enfants. »

Il pense ainsi que Kate Gunn n’avait pas à s’excuser pour le déguisement de son mari et que c’était « une réaction un peu trop dure » d’attendre de telles excuses de sa part.

Pour sa part, Guy Savoie, doyen de l'Union nationale métisse Saint-Joseph, estime que parler d’appropriation culturelle dans de tels cas « c’est porter ça un peu loin ». Tout en assurant qu’il ne se sentirait pas offensé de voir quelqu’un porter la ceinture fléchée lors de l'Halloween, il ajoute que, selon lui, celle-ci n’est d’ailleurs pas la propriété des Métis.

Les Métis sont issus des voyageurs, mais ça ne veut pas nécessairement dire que les voyageurs appartiennent aux Métis.

Guy Savoie, doyen de l'Union nationale métisse Saint-Joseph

La ceinture fléchée est d'ailleurs mise de l'avant chaque année lors du Festival du Voyageur à Winnpeg. Dans une déclaration écrite, le festival a indiqué être à l'écoute des inquiétudes soulevées relativement à l'appropriation culturelle.

Dans un quartier résidentiel, un homme âgé aux cheveux blancs s'exprime à la caméra. Guy Savoie, doyen de l'Union nationale métisse Saint-Joseph, estime que la ceinture fléchée n’est pas la propriété exclusive des Métis. Photo : Radio-Canada

L'organisation souligne toutefois que l'aspect de partage et de rassemblement qui vient avec la ceinture fléchée est non négligeable dans un contexte comme celui du Festival du Voyageur.

« À l’époque des voyageurs, il y en avait qui étaient Métis, il y en avait qui étaient des Canadiens français, des Écossais, des Irlandais, toutes sortes de gens. Et l’habit avec les mocassins et la ceinture fléchée, c’est plus ou moins l’uniforme de l’époque », soutient l’historien Philippe Mailhot.

Avec une maison et un arbre bien vert en arrière plan, un homme aux cheveux blancs et avec des lunettes à fines montures rectangulaires parle, légèrement aveuglé par le soleil.Philippe Mailhot, historien Photo : Radio-Canada

Il mentionne que les premiers voyageurs étaient des Canadiens français sous contrat qui transportaient des marchandises de l’est à l’ouest du Canada.

Certains d’entre eux, poursuit-il, sont restés dans l’Ouest et ont marié des femmes autochtones, donnant naissance à des enfants métis qui devenaient eux-mêmes des voyageurs.

C’est un mélange, et pour moi c’est un cadeau, on partage un héritage.

Philippe Mailhot, historien

Selon lui, le bât blesse lorsque quelqu’un qui n’a pas d’origine métisse se présente néanmoins comme tel, « mais s’il se présente simplement comme une personne de l’époque des fourrures, je pense qu’il n’y a pas de problème », précise M. Mailhot.

Il conclut en appelant à une certaine prudence lors du choix des déguisements, rappelant que certains d’entre eux, comme les costumes nazis ou les masques censés représenter des personnes noires, se révèlent inappropriés.

Avec des informations de Rémi Authier

Manitoba

Société