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Élections de mi-mandat : voici où sont les luttes les plus serrées du Sénat

Vue panoramique du Capitole, derrière des drapeaux des États-Unis.

Le Capitole, à Washington, abrite le Congrès des États-Unis, constitué du Sénat et de la Chambre des représentants.

Photo : Reuters / Yuri Gripas

Radio-Canada

Les sièges de 35 sénateurs sont en jeu aux élections de mi-mandat de mardi prochain. Le contrôle de la Chambre haute se jouera tout au plus dans une douzaine d'États. Mais si les modèles prévisionnels s'avèrent, ça augure mal pour les démocrates. État des lieux.

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf

Le Sénat compte actuellement 51 républicains et 49 démocrates (en incluant 2 indépendants qui participent à leur caucus).

Dans la majorité des États soumis au vote des électeurs, l’historique du vote et les sondages laissent peu de doutes sur l’identité du vainqueur.

Selon le site d’analyse The Cook Political Report, il reste 13 luttes à l’issue incertaine, même si les républicains demeurent globalement favorisés pour conserver leur majorité au Sénat.

Un gain net de deux sièges qui assurerait aux démocrates le contrôle de la Chambre haute n’est que le cinquième scénario le plus probable, derrière des scénarios qui favorisent tous les républicains, indique Jennifer Duffy, analyste des luttes sénatoriales pour ce site.

« Je pense que le taux de participation fera une différence », précise-t-elle.

La personnalité des candidats compte pour beaucoup, ajoute Vincent Boucher, chercheur en résidence à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand. « Les courses sont beaucoup plus individualisées qu'à la Chambre des représentants. Ça explique pourquoi, parfois, des États qui penchent du côté républicain pour la présidence peuvent malgré tout élire un candidat démocrate », explique-t-il.


Les États républicains les plus à risque

Les démocrates peuvent espérer des gains potentiels dans seulement cinq États républicains, selon le Cook Political Report. Pour aider les candidats républicains, le président Trump poursuit son blitz de rassemblements partisans dans plusieurs États.

Nevada

Dean Heller est l’unique républicain à défendre un État qui a préféré Hillary Clinton à Donald Trump en 2016. Après s’être déclaré « à 99 % contre Trump » lors de la campagne présidentielle, il ne rate maintenant aucune occasion de le couvrir d’éloges.

Il risque cependant de se faire évincer par la représentante démocrate Jacky Rosen. Le sénateur s'est aliéné une partie des électeurs en se ralliant à la proposition républicaine d’abroger l’Obamacare après avoir promis le contraire. C'est le sénateur républicain sortant le plus vulnérable.

Arizona

La républicaine Martha McSally et la démocrate Kyrsten Sinema regardent devant elles au cours d'un débat.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La républicaine Martha McSally et la démocrate Kyrsten Sinema se disputent le siège du sénateur républicain sortant de l'Arizona, Jeff Flake.

Photo : La Presse canadienne / AP/Matt York

La représentante Martha McSally tente de garder dans le giron républicain le siège du républicain Jeff Flake, ardent critique du président Trump. La première femme pilote de chasse de l’armée américaine affronte la représentante démocrate Kyrsten Sinema, une centriste qui a déjà milité pour le Parti vert. C’est la course la plus serrée aux yeux de l’analyste Jennifer Duffy.

Une certitude : la candidate victorieuse sera la première femme à représenter l’Arizona au Sénat.

L’État n’a pas eu de sénateur démocrate depuis plus de 20 ans. La population latino-américaine y gagne en importance, mais est moins encline à voter, fait valoir Vincent Boucher.

Tennessee

Après huit mandats comme représentante, la républicaine Martha Blackburn brigue le siège de sénateur laissé vacant par Bob Corker dans un château fort républicain. « C’est un État très rouge, commente Jennifer Duffy, mais les démocrates ont un candidat exceptionnellement fort » : Phil Bredesen, ancien maire de Nashville et ex-gouverneur.

Pas étonnant qu’il se définisse comme un centriste : le Tennessee n’a pas voté démocrate depuis 30 ans. Le candidat démocrate a même indiqué qu’il ne se rangerait pas toujours derrière son parti au détriment du président Trump. Il est cependant en perte de vitesse, souligne Vincent Boucher.

Texas

Le républicain Ted Cruz et le démocrate Beto O'Rourke de face.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le sénateur républicain sortant du Texas, Ted Cruz, défend le siège que tente de lui ravir le démocrate Beto O'Rourke (de gauche à droite).

Photo : Associated Press / Tom Fox/The Dallas Morning News

Rival de Donald Trump lors de l’investiture républicaine de 2016 et figure emblématique du Tea Party, Ted Cruz tente de résister aux assauts du représentant Beto O’Rourke, un politicien charismatique qui énergise les démocrates, séduit les indépendants et amasse des dons records.

Est-ce que je crois Ted Cruz favori? Oui, évidemment, parce que c’est le Texas, mais c’est la lutte la plus serrée que j’ai vue dans cet État au cours des 30 ans pendant lesquels j’ai surveillé les luttes pour le Sénat.

Jennifer Duffy, analyste pour le Cook Political Report.

Dans ce bastion républicain qui n’a pas élu de démocrate depuis 1988, les analystes misent sur Ted Cruz. « Mais le seul fait que ce soit compétitif est fascinant », signale Jennifer Duffy. Les sondages les plus récents démontrent cependant que l'avance républicaine s'accroît. Ce n'est pas une élection typique et les modèles pourraient se tromper, nuance toutefois l'analyste.

Mississippi

En plus de voter pour l’élection sénatoriale prévue, les électeurs doivent choisir qui terminera le mandat du républicain Thad Cochran, qui a démissionné pour des raisons de santé.

Les deux meneurs sont sa successeure intérimaire, la républicaine Cindy Hyde-Smith, et le démocrate Mike Espy, un ancien représentant de la Chambre qui a été secrétaire à l’Agriculture dans l’administration de Bill Clinton.

Lors d’une élection spéciale dans cet État, tous les candidats s’affrontent, quelle que soit leur allégeance. Si aucun d'entre eux n’obtient 50 % des voix, un scrutin qui se déroulera le 27 novembre opposera les deux candidats en tête. Les sondages sur une éventuelle lutte Hyde-Smith–Espy favorisent la républicaine dans un État qui n’a pas eu de sénateur démocrate depuis 30 ans.

L’hypothèse semble peu probable, mais le contrôle du Sénat pourrait donc théoriquement se décider à la fin du mois.


Les sénateurs démocrates les plus vulnérables

Le problème, pour les démocrates, c’est que plusieurs de leurs propres sièges sont en danger. Six des sénateurs les plus à risque défendent des sièges que Donald Trump a remportés lors de la présidentielle de 2016, dont 5 avec des marges de plus de 19 points, parfois beaucoup plus.

Dakota du Nord

Les analystes prédisent déjà la défaite de la sénatrice démocrate sortante Heidi Heitkamp. Le clou dans le cercueil : son opposition à la nomination du juge Brett Kavanaugh à la Cour suprême, le mois dernier. Une décision impopulaire dans un État qui a voté pour Donald Trump avec une marge de 36 points lors de la présidentielle de 2016. Réélue de justesse en 2012, elle affronte le républicain Kevin Kramer, le représentant de l’unique district que compte l’État à la Chambre.

Floride

Un montage montre le sénateur démocrate de la Floride Bill Nelson (à gauche) et le gouverneur républicain Rick Scott.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le sénateur démocrate Bill Nelson défend son siège contre son opposant républicain, le gouverneur Rick Scott.

Photo : Reuters / Kevin Kolczynski

En poste depuis 18 ans, le sénateur Bill Nelson fait face au gouverneur républicain sortant, Rick Scott, un multimillionnaire qui a injecté des dizaines de millions de dollars de sa fortune personnelle dans la campagne.

Dans cet État remporté de justesse par Donald Trump lors de la présidentielle de 2016, la fusillade de Parkland a suscité une importante mobilisation étudiante pour le contrôle des armes à feu.

Les milliers de sinistrés de l'ouragan Michael, qui a frappé récemment le nord-ouest de l’État, auront-ils le cœur à voter? s’interroge en outre Jennifer Duffy, qui précise que les territoires les plus touchés couvrent surtout des districts républicains.

Et les dizaines de milliers de Portoricains qui se sont installés en Floride après l'ouragan Maria qui a dévasté leur île en 2017, se rendront-ils aux urnes? La façon dont le président Trump avait géré cette crise, qui a fait quelque 3000 morts, avait suscité des critiques.

Montana

À l’aube du premier rassemblement de Donald Trump dans son État cet été, le démocrate Jon Tester lui a souhaité la bienvenue... dans une publicité. Le fait que le président ait emporté cet État par 20 points en 2016 n’y est pas étranger.

Toujours très populaire auprès de l’électorat du Montana, le président affiche ouvertement son hostilité envers le démocrate, à qui il reproche d'avoir fait dérailler la nomination de son candidat au poste de secrétaire des Anciens Combattants. Son adversaire républicain est Matt Rosendale, le vérificateur de l’État.

Missouri

Josh Hawley et Claire McCaskill, attendant le début d'un débat.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Josh Hawley et Claire McCaskill se disputent le siège de sénateur du Missouri.

Photo : Associated Press / Charlie Riedel

Claire McCaskill cherche à se faire réélire dans un État conservateur balayé en 2016 par Donald Trump avec une marge de 19 points.

Elle tente d'ailleurs de se distancer des libéraux auxquels son rival républicain, Josh Hawley, l'associe. Une de ses publicités la distingue des « démocrates fous » de la gauche radicale. Opposée à la nomination du juge Kavanaugh, elle a invoqué ses positions sur « l’avalanche d’argent occulte » en politique plutôt que les allégations d’agressions sexuelles qui le visaient.

Candidat anti-establisment, résolument pro-Trump, Josh Hawley fait partie des procureurs généraux d'États qui tentent de faire renverser l’Obamacare.

Indiana

Dans cet État qui aime beaucoup le président, le démocrate Joe Donnely n’hésite pas à dénoncer la « gauche radicale ». Ça ne suffira pas, toutefois, à faire oublier aux républicains qu’il s’est opposé à la nomination du juge Kavanaugh.

Il affronte le républicain Mike Braun, un homme d’affaires qui, à l’instar de Donald Trump, se positionne comme « l’outsider voulant assainir le marécage de Washington ». La présence d’une candidate libertarienne pourrait gruger des votes au républicain. En 2016, Trump a récolté 19 points de plus que sa rivale démocrate en Indiana.

New Jersey

Un candidat démocrate du New Jersey devrait voguer facilement vers une victoire. L’État, qui a favorisé Hillary Clinton avec une marge de 14 points en 2016, n’a pas élu de sénateur républicain en près de 50 ans. Mais le sénateur sortant, Bob Menendez, a fait l’objet d’un procès pour corruption, qui a avorté.

« La plus grande menace à la réélection de Bob Menendez n’est pas tant [le républicain ] Bob Hugin lui-même que l’électeur qui décide de lui envoyer un message », fait valoir Jennifer Duffy. La semaine dernière, le Cook Political Report accordait au sénateur Menendez une légère avance, mais il classe maintenant l’État parmi les luttes les plus difficiles à départager.

Virginie-Occidentale

Joe Manchin, s'adressant aux journalistes et, dans une photo distincte, Patrick Morrisey, souriant, devant ses partisansAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

En Virginie-Occidentale, le démocrate Joe Manchin détient une légère avance sur son rival républicain, Patrick Morrisey.

Photo : Associated Press / J. Scott Applewhite et Craig Hudson/Charleston Gazette

Joe Manchin est le seul sénateur démocrate à avoir approuvé la nomination du juge Kavanaugh. L’ancien gouverneur rompt d’ailleurs régulièrement avec son parti lors des votes au Sénat. Il faut dire que les électeurs de la Virginie-Occidentale sont des pro-Trump convaincus : en 2016, le président y a été élu avec 42 points d’avance et sa popularité ne se dément pas.

Joe Manchin défend son siège contre le procureur général de l’État, Patrick Morrisey, un candidat bien terne aux yeux de plusieurs républicains.

Minnesota

La démission du sénateur démocrate Al Franken, dans la foulée d’accusations d’inconduite sexuelle, l’an dernier, a forcé la tenue d’une élection spéciale, venue s’ajouter à celle déjà prévue au Minnesota. Le gouverneur de l’État a nommé Tina Smith successeure intérimaire, mais les électeurs désigneront la personne qui terminera le mandat de l’élu démissionnaire, qui sera échu en 2022.

Elle se mesure à la républicaine Karin Housley, qui siège au Sénat de son État. La première promet de s’opposer aux priorités du président Trump, la deuxième appuie ses politiques, mais ne sait pas si elle est « partisane de sa manière de faire ». L’État a préféré Hillary Clinton à Donald Trump en 2016.

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