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L'ONU dénonce un accord Bangladesh-Myanmar en vue du rapatriement des Rohingyas

Un réfugié rohingya ayant de l'eau jusqu'aux genoux tire un jeune enfant par le bras.
Un réfugié rohingya ayant fui le Myanmar traîne un jeune garçon en arrivant après avoir atteint la rive du Bangladesh en bateau, le 10 septembre 2017. Photo: Reuters / Danish Siddiqui
Radio-Canada

Le Bangladesh et le Myanmar comptent entreprendre dès novembre le rapatriement des Rohingyas réfugiés en territoire bangladais, contre l'avis des Nations unies, qui estiment que les conditions actuelles ne sont pas propices à ce retour.

Plus de 700 000 Rohingyas, des musulmans birmans, ont trouvé refuge au Bangladesh depuis août 2017, pour fuir une campagne de répression menée par l’armée du Myanmar et des milices bouddhistes extrémistes.

Ils vivent depuis dans des conditions précaires dans des camps de fortune.

Un plan de retour avait été convenu en novembre 2017, mais le processus était essentiellement demeuré sans suite. Les deux pays se sont mutuellement accusés d’être responsables de cet échec, tandis que les réfugiés refusaient de revenir, faute de garanties quant à leurs droits et leur sécurité.

Le Bangladesh et le Myanmar ont toutefois convenu mardi de remettre le processus sur les rails, au terme d’entretiens tenus à Dacca entre des responsables bangladais et birmans.

« Nous espérons commencer le rapatriement d'ici la mi-novembre », a annoncé le secrétaire d'État bangladais aux Affaires étrangères Shahidul Haque, après la rencontre. « C'est la première phase. »

Les deux parties ont convenu d'un plan « très concret » pour lancer le processus en novembre, a confirmé un haut responsable du ministère birman des Affaires étrangères, Myint Thu.

« Nous avons montré notre volonté politique, notre flexibilité et notre disponibilité afin de commencer le rapatriement le plus tôt possible », a-t-il ajouté.

Nous avons mis en place un certain nombre de mesures pour assurer que ceux qui sont rapatriés auront un environnement sécuritaire à leur retour.

Myint Thu, secrétaire permanent du ministère birman des Affaires étrangères
Des Rohingyas construisent un abri de fortune dans un camp établi au Bangladesh.Quelque 711 000 Rohingyas ont trouvé refuge au Bangladesh en huit mois, après avoir fui la persécution dans l'État de Rakhine, au Myanmar. Photo : Associated Press / A. M. Ahad

Les conditions ne sont « pas encore propices », déplore l'ONU

Ce plan de rapatriement des Rohingyas a été immédiatement dénoncé par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

Les conditions prévalant dans l’État de Rakhine, d’où ils sont originaires, ne sont « pas encore propices à des retours », a commenté un porte-parole, Andrej Mahecic. Selon lui, les mesures de protection nécessaires à ces retours sont « absentes » de la région.

Il est crucial que les retours ne soient pas précipités ni prématurés. Nous déconseillons l’imposition d’un échéancier ou de cibles chiffrées pour le rapatriement.

Andrej Mahecic, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés

Le président de la Mission d'établissement des faits de l'ONU sur le Myanmar, Marzuki Darusman, a pour sa part affirmé mercredi dernier que les Rohingyas sont victimes d’un « génocide qui est toujours en cours ».

Il a fait cette déclaration avant de présenter un rapport sur cette crise au Conseil de sécurité des Nations unies. Le document de 444 pages, rendu public en septembre, concluait notamment que la campagne de répression visant les Rohingyas s’est traduite par la mort de 10 000 d’entre eux et la destruction de 390 villages.

M. Darusman avait précisé en conférence de presse qu'à l'exception des tueries, toutes les autres caractéristiques de ce crime de masse (ostraciser et discriminer une population, empêcher des naissances, enfermer une population dans des camps, etc.) étaient toujours bien présentes.

Une réfugiée rohingya marche dans le camp de Kutupalong, à Cox Bazar, au Bangladesh.Une réfugiée rohingya marche dans le camp de Kutupalong, à Cox Bazar, au Bangladesh. Photo : Reuters / Mohammad Ponir Hossain

Contre les Rohingyas, « l'intention génocidaire [...] peut être raisonnablement déduite », a-t-il insisté par la suite devant le Conseil de sécurité, sans réaffirmer lors de la présentation du rapport de sa Mission que le génocide se poursuivait.

Il a toutefois plaidé devant le Conseil que « les conditions de retour des Rohingyas ne sont pas réunies ». S'il était effectué maintenant, ce serait les condamner à d'autres assassinats, avait-il mis en garde.

Des conclusions rejetées par le Myanmar

Le rapport de la Mission de l'ONU appelait par ailleurs à poursuivre devant la justice internationale six généraux birmans considérés comme responsables de la situation, dont le commandant des forces armées birmanes, Min Aung Hlaing.

M. Darusman avait d’ailleurs appelé le Conseil de sécurité de l'ONU à saisir la Cour pénale internationale ou à créer un tribunal ad hoc pour juger les génocidaires présumés.

Le gouvernement birman a rejeté les conclusions de la Mission de l'ONU, mis en cause son indépendance et sa composition et souligné avoir établi une commission d'enquête comprenant des diplomates asiatiques.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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