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Le médecin qui cherchait les fantômes dans les Prairies

Des gens se tiennent par la main lors d'une séance de spiritisme dans la maison de Thomas Hamilton.

Une séance de spiritisme dans la maison de Thomas Hamilton.

Photo : Archives de l'Université du Manitoba, collection spéciale du Fonds de la famille Hamilton

Radio-Canada

À travers des centaines de photographies et de pages de notes, Thomas Glendenning Hamilton, un éminent médecin de Winnipeg du début du 20e siècle, s'est efforcé de prouver qu'il pouvait communiquer avec les morts. Aujourd'hui encore, le mystère demeure autour de celui qui fut un spiritualiste et un homme politique respecté.

Au début du 20e siècle, Thomas Glendenning Hamilton avait transformé sa résidence de l'avenue Henderson, à Winnipeg, en cabinet d'études paranormales. Cette pièce fermée à clef comprenait un bureau et du matériel photographique de pointe.

Les invités étaient fouillés avant d'entrer et devaient signer une déclaration devant témoin avant de partir. La femme de Thomas Glendenning Hamilton, Lillian, portait la clef de la pièce autour de son cou.

De l'ectoplasme sort par le nez d'une femme.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Une photo prise lors d'une séance de spiritisme à la maison du docteur Thomas Hamilton montre ce qui est censé être de l'ectoplasme.

Photo : Archives de l'Université du Manitoba, collection spéciale du Fonds de la famille Hamilton

Au départ, ces séances devaient être des tentatives pour entrer en communication avec le fils du couple, Arthur, mort de la grippe espagnole, en 1919, à l’âge de 3 ans.

Prouver scientifiquement que les fantômes existent

Jusqu'à sa mort, en 1935, T. G. Hamilton et sa famille ont toujours tenté de prouver de façon scientifique que les fantômes existaient et que l'on pouvait leur parler.

Selon Shelley Sweeney, archiviste en chef aux archives de l'Université du Manitoba, T. G. Hamilton et ses invités croyaient à ce qu'ils faisaient.

« Les gens croyaient qu'il existait une vie après la mort et que, s'ils pouvaient entrouvrir la porte, ils pourraient être capables d’entrer en contact avec leurs êtres chers », explique-t-elle.

Une maisonAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La maison de Thomas Hamilton était située au 185 rue Kelvin, plus tard renommée avenue Henderson. C'est là qu'ont eu lieu les expériences de spiritisme.

Photo : Archives de l'Université du Manitoba, collection spéciale du Fonds de la famille Hamilton

Thomas Glendenning Hamilton, est né en 1873, à Agincourt, en Ontario, de parents écossais, puis s'est installé avec sa famille en Saskatchewan.

Après la mort de son père et de sa soeur, il est finalement arrivé à Winnipeg, où il a fait des études pour devenir médecin.

Il a épousé Lillian Forrester, une infirmière d’Emerson, au Manitoba, et le couple a eu quatre enfants. Thomas Glendenning Hamilton était médecin, mais également un membre éminent de sa communauté qui fut diacre de son église locale et président d'une association des médecins de la province.

Il a été également député à l'Assemblée législative du Manitoba pendant six ans, conseiller scolaire pendant neuf ans représentant provincial au conseil d'administration de l'Association médicale canadienne.

Le spiritisme était à son apogée

En 1918, c'est un ami professeur qui a montré à T. G. Hamilton les principes du paranormal et du spiritisme, un mouvement qui a connu son apogée à la fin des années 1800 et au début du 20e siècle.

L'année suivante, son fils a été victime de la pandémie de grippe espagnole qui sévissait alors dans le monde occidental.

« Cela a été très traumatisant pour toute la famille, raconte l'archiviste Shelley Sweeney. Probablement parce que Hamilton était médecin, je pense qu'il était particulièrement angoissé par le fait qu'il n'avait pas pu sauver Arthur. »

Vers la fin de l'année 1920, T. G. Hamilton et Lillian Forrester avaient commencé leurs propres expériences à la maison, avec l'aide de la nourrice de leurs enfants, Elizabeth Poole, qui était une voyante.

Thomas Hamilton est assis et tient la nourrice de ses enfants pendant qu'elle est en transe.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Thomas Hamilton est assis et tient la nourrice de ses enfants pendant qu'elle est en transe.

Photo : Archives de l'Université du Manitoba, collection spéciale du Fonds de la famille Hamilton

Les expériences ont initialement porté sur la télékinésie, soit le déplacement d'objets à distance. Quelques années plus tard, le couple a étendu ses activités aux cercles de spiritisme, appelés aussi séances, et a ajouté deux médiums, Mary Marshall et sa belle-soeur, Susan Marshall.

De l'ectoplasme sur des photos

C’est à ce moment-là, d’après les rapports de T. G. Hamilton, que les participants à ces activités ont commencé à voir de l’ectoplasme, des nuages blanchâtres qui seraient les manifestations physiques des esprits, sortant par les orifices des visages des voyants, visibles uniquement sur les photographies.

Chaque séance était photographiée par tous les appareils photo achetés à fort prix par le médecin. Dans l’intérêt de la recherche, des personnages connus comme le célèbre médecin winnipégois Bruce Chown et l’avocat Isaac Pitblado ont été invités à y participer.

Des appareils photo.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

De nombreux appareils photo se trouvaient dans la salle où les séances de spiritisme étaient pratiquées afin de photographier les esprits.

Photo : Archives de l'Université du Manitoba, collection spéciale du Fonds de la famille Hamilton

La liste des invités de T. G Hamilton grandissait en même temps que sa popularité. L’ancien premier ministre William Lyon Mackenzie King, le lauréat du prix Nobel de physiologie Charles Richet et l’auteur de Sherlock Holmes, Sir Arthur Conan Doyle y ont, notamment, assisté.

Les voyants n’étaient pas payés pour leur travail, précise l'archiviste Shelley Sweeney.

Les rumeurs sur le phénomène paranormal ont continué pendant une décennie après la mort du Dr Hamilton. D'ailleurs, ce fait remet en question la notion selon laquelle c'était sa femme, Lillian, qui manipulait les images pour que son mari se sente mieux après la mort de leur fils, ajoute-t-elle.

De l'ectoplasme sort de la bouche d'une participante lors d'une séance de spiritisme chez Thomas Hamilton.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

De l'ectoplasme sort de la bouche d'une participante lors d'une séance de spiritisme chez Thomas Hamilton.

Photo : Archives de l'Université du Manitoba, collection spéciale du Fonds de la famille Hamilton

Phénomène mondial

Quand Thomas Glendenning Hamilton a commencé ses investigations, beaucoup de personnes dans le monde occidental étaient en deuil : environ 60 000 Canadiens étaient morts pendant la Première Guerre mondiale et des milliers d’autres ont été tués par la grippe espagnole en 1918-1919.

« Par conséquent, il y avait un phénomène mondial de gens qui tentaient d’entrer en contact avec leurs proches morts. Ce n’était pas juste un cas isolé », ajoute l’archiviste. L’invention de la photographie, qui était vue comme un oeil neutre, a permis aux scientifiques de « voir » les fantômes.

Shelley Sweeney ne pense pas que le Dr Hamilton ait souffert de problèmes psychologiques résultant de la perte de son fils. Malgré son intérêt public pour le paranormal, personne ne l’a, semble-t-il, accusé d’être fou.

Il a d’ailleurs donné plus de 80 conférences en Amérique du Nord et en Europe et était appuyé par le travail d’autres scientifiques qui travaillaient sur le paranormal, dont un grand nombre ayant des expériences en médecine.

Selon des informations d'Aidan Geary

Manitoba

Société