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analyse

L'avenir de la radio locale en danger?

Dans le studio de Radio Taïga

L'avenir des radios locales est-il en danger?

Photo : Radio-Canada / Mario De Ciccio

Gérald Fillion

ANALYSE - En me rendant la fin de semaine dernière à une soirée festive organisée pour souligner les 50 ans de la radio de Lac-Mégantic, j'ai réalisé combien ce médium demeure essentiel et nécessaire, très utile, partout dans les centres urbains et dans les régions, mais tout particulièrement dans les petites communautés.

C’est à Lac-Mégantic que j’ai commencé à travailler dans les médias, il y a 25 ans déjà. Michel Brochu et François Lavallée m’ont donné ma première chance en octobre 1993, une expérience que je n’oublierai jamais. En rencontrant quelques-uns des artisans, qui ont travaillé à CKFL AM puis au 106,7 FM de 1968 à aujourd’hui, j’ai retrouvé la flamme qui habite les passionnés qui font de la radio locale. Ce sont ces gens-là qui sont les plus proches de la population.

La radio est un médium de proximité, d’intimité, d’accompagnement, qui nous suit partout et qui, dans les petites localités en particulier, occupe une place significative dans l’économie.

L’animateur Guy Massé m’a expliqué combien cette proximité amène une confiance des auditeurs et des annonceurs. C’est, encore aujourd’hui, la grande force des médias locaux face aux géants du numérique que sont Google et Facebook.

Tout de même, les médias régionaux et locaux ont le même défi à relever que les grands groupes, qui est celui d’attirer les plus jeunes, dont la consommation est très diffuse sur le web, à travers leurs téléphones intelligents et les ordinateurs. Nous sommes en concurrence avec le monde, sans frontière, sans quotas, sans limites, en français, en anglais, dans d’autres langues, avec YouTube et plusieurs autres médias sociaux. Et, sur le plan économique, les médias régionaux doivent aussi pérenniser leur modèle d’affaires.

Baisse des revenus de publicité

Selon le CRTC, les revenus des radios commerciales au pays sont en baisse depuis 4 ans. « Le déclin persistant des revenus de publicité, écrit le CRTC dans un rapport sur les résultats financiers 2017, oblige les stations à ajuster leurs dépenses. »

Les revenus de plus de 700 radios commerciales sont passés de 1,623 milliard de dollars à 1,52 milliard de 2013 à 2017 au Canada, une baisse importante de 6,3 %. Les revenus de publicité locale ont chuté de 13 % durant cette période.

L’un des enjeux pour les radios locales, c’est la publicité gouvernementale. Le propriétaire d’Attraction Radio, Sylvain Chamberland, qui détient 15 stations au Québec dont celle de Lac-Mégantic, m’expliquait que les gouvernements ont déplacé leurs achats de publicité vers les géants américains sur le web et concentrent leurs achats dans les grands centres, essentiellement chez Cogeco et Bell.

Or, le public des petites localités a aussi besoin d’entendre les messages d’intérêt public des gouvernements, au même titre que les citoyens des villes, selon Sylvain Chamberland.

Dans une lettre ouverte publiée le 18 février 2017 dans Le Devoir, Sylvain Chamberland et Tanya Beaumont, présidente de l’Association des radios communautaires du Québec, écrivaient que « non seulement cette approche néglige une partie importante de la population vivant en dehors des grands centres, mais elle est aussi basée sur la fausse perception que le débordement des grands réseaux permet de rejoindre les marchés régionaux ».

« Quand il est question de l’état des routes, de la santé publique ou de toute autre communication gouvernementale, ajoutent-ils, c’est l’ensemble de la population qui est concerné. [...] Y a-t-il au Québec des citoyens de second ordre pour les gouvernements? Que l’on soit à Montréal, à Québec, à Blanc-Sablon, à Lac-Mégantic ou aux Îles-de-la-Madeleine, nous devrions tous être informés, c’est une question de respect du poids démographique de toutes les régions, mais avant tout d’intérêt public. »

L’enjeu demeure entier, me disait Sylvain Chamberland un an et demi après la publication de cette lettre.

Facebook, Google et le gouvernement Trudeau

La Presse rapportait le 1er février dernier que les dépenses du gouvernement Trudeau sur Facebook et Google s’étaient élevées à 16,8 millions de dollars en 2017, ce qui représente près de 55 % de l’argent consacré à la publicité, selon des données colligées par Services publics et Approvisionnement Canada.

Le 19 juin, toujours dans La Presse, on apprenait que les achats de publicité sur Google et Facebook coûtaient 1,3 milliard de dollars par année aux contribuables canadiens. Selon l’organisme Les amis de la radiodiffusion, les déductions d’impôt sur l’achat de publicités en ligne auprès de groupes étrangers devraient être éliminées. Les grands géants américains et étrangers du web vont chercher jusqu’à 80 % des revenus de publicité en ligne au Canada.

Le gouvernement du Canada révise, ces jours-ci, la Loi sur la radiodiffusion. Un soutien financier a été annoncé en début d’année pour la presse locale. Québec a aussi annoncé des soutiens ciblés à certains médias écrits. Maintenant, sans créer de nouveaux programmes qui soulèvent toujours des questions névralgiques sur la distance entre les gouvernements et les salles de rédaction, est-il pensable pour les gouvernements d’évaluer leur approche en matière de publicité afin de soutenir davantage les médias locaux?

Il faut savoir que, de 2008 à 2016, 169 établissements médiatiques ont fermé au Canada, selon les données qu’on retrouve dans Le miroir éclaté. Et ces fermetures se poursuivent. Or, « les quotidiens et les hebdomadaires, les stations de radio et, dans certains cas, les chaînes de télévision des petites villes ont une fonction civique importante, est-il écrit dans le rapport ».

« Ils offrent une variété de nouvelles, d’informations communautaires et de publicités locales qui créent des liens entre les gens et leur communauté. Ils les aident à savoir tout ce qui se passe dans leur milieu : les produits en solde, les décès ou encore les résultats de l’équipe de hockey junior. Ils font partie du tissu social et favorisent la cohésion à travers tout le pays. Ils peuvent aussi jouer un rôle crucial à des moments décisifs, par exemple lorsqu’il est temps de se rendre aux urnes. »

C’est une question de vitalité économique, c’est une question de démocratie également. Dans une petite ville comme Lac-Mégantic, pas besoin de vous expliquer longtemps que la radio locale, comme le média écrit local, L’écho de Frontenac, sont essentiels à l’information de la population. Ils l’ont été dans les heures et les jours qui ont suivi la tragédie du 6 juillet 2013. Or, la reconstruction est longue à se faire, des décisions importantes doivent encore être prises, leur rôle est capital, plus que jamais.

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