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Pour en finir avec les emballages de plastique en alimentation

Des bouteilles d'eau en plastique emballées dans du plastique.
Des bouteilles d'eau en plastique emballées dans du plastique. Photo: Getty Images

On cible souvent le consommateur dans la lutte contre les emballages de plastique, en l'invitant à apporter ses contenants à l'épicerie, à utiliser des tasses réutilisables, à éliminer les pailles, à privilégier les grands formats plutôt que les emballages individuels. Et si l'industrie aussi en faisait davantage?

Un texte d’Alain Roy, de L’épicerie

Une tournée rapide dans les allées d’une épicerie révèle à quel point le plastique est omniprésent dans l’industrie alimentaire. Peu importe où l’on regarde, il y en a partout. L’emballage de plastique a sa raison d’être pour protéger, contenir, conserver et transporter certains aliments, mais le recours à cette matière est souvent excessif.

« Il y a un équilibre à atteindre entre l’utilisation du plastique pour prolonger la durée de vie des aliments et minimiser le gaspillage d’un côté, et son utilisation injustifiée de l’autre », précise Louise Hénault Éthier, chef des projets scientifiques à la Fondation David Suzuki. « La pellicule plastique n’est pas toujours le matériau idéal pour améliorer la conservation des aliments », ajoute-t-elle.

Malgré les alertes lancées par les environnementalistes, l’industrie est lente à réagir. Quelques initiatives ont été mises en place, entre autres en interdisant les sacs de plastique dans les commerces de détail, mais quand on regarde les chiffres, on constate une augmentation de l’utilisation du plastique dans l’emballage en épicerie.

« Il faut suivre les normes du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec [MAPAQ] et de l’Agence canadienne d’inspection des aliments [ACIA] », clame Jean-Patrick Laflamme, vice-président aux affaires publiques pour le Conseil de la transformation alimentaire du Québec (CTAQ). « Il faut assurer la salubrité des aliments, qu’ils soient exempts de maladies, de microbes et de bactéries », explique-t-il.

Les réglementations du MAPAQ et de l’ACIA ne préconisent pas de matière précise pour la confection des emballages alimentaires. Les matières utilisées doivent simplement être propres et protéger l'aliment contre les altérations et les contaminations, et ne pas transmettre à l'aliment un goût, une odeur ou un contaminant chimique.

Des légumes emballés dans du plastiqueLe suremballage des légumes Photo : Radio-Canada

C’est le secteur de l’embouteillage qui utilise le plus de plastique dans l’industrie alimentaire. En 2016, il s’est vendu 480 milliards de bouteilles dans le monde. Uniquement dans les usines de Coca-Cola, on en fabrique 3400 par seconde. Selon Antoine Tayya, directeur des communications à Coca-Cola, « on ne peut pas renoncer complètement au plastique. Au Canada, les bouteilles de boissons gazeuses sont consignées, mais pas les bouteilles d’eau et autres boissons qu’on trouve sur le marché. Idéalement, il faudrait que ces autres bouteilles soient recyclées », suggère-t-il.

Seulement 14 % des emballages de plastique sont recyclés dans le monde.

« On trouve d’ailleurs encore beaucoup de matières non recyclables dans les emballages », ajoute Louise Hénault de la Fondation David Suzuki.

suremballageContenants de plastique et de polystyrène couramment utilisés dans l'alimentation. Photo : Radio-Canada

Tout le monde se renvoie la balle : quand ce n’est pas la faute du détaillant, c’est celle du MAPAQ; quand ce n’est pas celle du MAPAQ, c’est celle de l’industrie ou encore celle du consommateur. « L’industrie pourrait en faire plus, soutient Mme Hénault. Quand on regarde les nombreux exemples de sous-dimensionnement où on en met moins sans rapetisser la taille du contenant, on rate une occasion de diminuer la quantité de plastique utilisé. »

Le reportage de Patrick Brunette, Johane Despins et Cindy Todd est diffusé à L’épicerie, mercredi à 19 h 30, à ICI RADIO-CANADA TÉLÉ.

Des solutions prometteuses

Les emballages de plastique ne disparaîtront pas de sitôt, mais certaines entreprises font des efforts pour en diminuer l’usage.

Agropur a réduit d’un quart de millimètre l’épaisseur de ses poches de lait. Keurig a délaissé le plastique multicouche no 7 pour un polypropylène recyclable no 5, en plus de réduire la taille de ses emballages. Le détaillant Metro a introduit les barquettes EVOK qui contiennent 25 % de matières recyclées. Coca-Cola intègre 30 % de résine de canne à sucre dans la fabrication de 7 % de ses bouteilles de plastique.

L’ACIA autorise en effet l'intégration de plastiques fabriqués à base d'amidon de blé, de maïs et d’autres plantes.

« Il est aujourd’hui possible de remettre à neuf les plastiques recyclables no 1 de type PET », renchérit Daniel Solomita, président de Loop, une entreprise de Terrebonne qui a mis au point une technologie pour recycler ce plastique indéfiniment. « On travaille avec Pepsi-Cola, Evian, Nestlé, tous les gros joueurs au monde, se réjouit-il. Notre technologie sera en opération dans plusieurs de leurs chaînes de production d’ici deux ans. »

On voit en gros plans des granules de plastique dans une fiole erlenmeyer.Du plastique recyclé. Photo : Radio-Canada

Avant d’être une réelle préoccupation environnementale, la principale motivation de l’industrie à modifier ses emballages en est une d’ordre financier. « Il faudrait que l’industrie de l’emballage intègre davantage de matières recyclées, idéalement jusqu’à 75 %, suggère Louise Hénault, de la Fondation Suzuki. Cela permettrait de créer une réelle économie circulaire rentable. »

À défaut de voir les emballages de plastique disparaître de nos épiceries, un usage responsable du plastique en intégrant réellement les matières recyclables dans la chaîne de production est une solution à privilégier à court terme. Faute d’initiatives politiques pour y forcer l’industrie, la rentabilité du processus viendra en soutien aux efforts des consommateurs.

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