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Trop de risques de sécurité liés à la fatigue dans l’industrie du transport

Un pilote d’Air Canada, dans la cabine de pilotage d’un Airbus A340-600, se prépare pour le départ d’un vol à l’aéroport Montréal-Trudeau.
Depuis 2013, le BST recense en moyenne chaque année 445 incursions sur piste, dont 21 qui présentent des risques très élevés. Photo: La Presse canadienne / André Forget
Radio-Canada

Le Bureau de la sécurité des transports (BST) presse le gouvernement de mettre en place des mécanismes pour réduire le risque d'incidents liés à la fatigue dans le secteur de l'aviation ainsi que ceux du transport ferroviaire et maritime.

Un texte d’Estelle Côté-Sroka

Depuis les années 1990, la fatigue a été reconnue comme cause ou facteur de risque dans 93 incidents.

La présidente du BST enjoint au gouvernement d'accélérer son processus de mise à jour de la réglementation encadrant la fatigue, puisqu'elle ne respecte pas les normes internationales. Kathy Fox explique la lenteur de cette mise à jour par une certaine « résistance de l'industrie », mais aussi une « lenteur des processus ministériels ».

Mme Fox, estime que le gouvernement et l'industrie du transport doivent entamer un changement de culture profond pour s'attaquer à la fatigue, notamment en donnant des formations et en faisant de la sensibilisation.

Le changement peut arriver seulement si nous acceptons de remettre en question nos vieilles habitudes.

Kathy Fox, présidente du Bureau de la sécurité des transports (BST)

Selon le BST, la prévention de la fatigue représente un défi particulier, car les équipes doivent travailler pendant de longues heures, en fonction d'horaires irréguliers et parfois dans différents fuseaux horaires.

Le BST joint ainsi sa voix à celle du Bureau américain de la sécurité des transports (NTSB) qui avait demandé à Transports Canada de modifier les règles canadiennes entourant les heures de vol des pilotes. Le NTSB avait fait cette recommandation après s'être penché sur un incident survenu avec un avion d'Air Canada en juillet 2017 à l'aéroport de San Francisco.

Lenteur d'action du gouvernement

Pour une deuxième année consécutive, le BST souligne que Transports Canada tarde à agir relativement à plusieurs autres dossiers dans lesquels il a émis des recommandations.

Depuis au moins 10 ans, 63 recommandations du BST sont en suspens, ce qui met la population en danger, estime Mme Fox. Cela représente plus de 10 % de toutes les recommandations du BST.

« Des douzaines [de recommandations] sont actives depuis plus de 10 ans sans avoir donné suite à une réponse pleinement satisfaisante », dit Kathy Fox.

Il y a eu peu de progrès, Transports Canada a dépassé plusieurs fois les délais de réponse au BST.

Kathy Fox, présidente du BST

Par exemple, le BST attend toujours de voir le fruit d'une recommandation formulée après l'écrasement du vol 111 de Swissair au large de Peggy's Cove, en Nouvelle-Écosse, qui a coûté la vie à 229 personnes.

Le BST avait demandé l'amélioration des enregistrements de données de vol et de conversations de poste de pilotage pour « avoir des enregistrements de deux heures avec la possibilité [d'enregistrer pendant] au moins 10 minutes en cas de panne de courant », explique Mme Fox.

« Ça, c'est un exemple où le Canada ne rencontre pas les normes internationales », ajoute-t-elle.

On trouve que ce n'est pas raisonnable.

Kathy Fox, présidente du BST

Le porte-parole néo-démocrate en matière de transport, Robert Aubin, pourfend le gouvernement pour son inaction. « Ce sont les mêmes problématiques qui reviennent d'année en année. Pourquoi? Parce qu'autant les conservateurs que les libéraux laissent la place à l'autoréglementation », lance-t-il.

Le ministre des Transports, Marc Garneau, reconnaît qu'on peut apporter des améliorations. Il explique néanmoins que le processus de consultation pour introduire un changement peut parfois prendre du temps.

« C'est un processus qui est essentiel, à moins d'une urgence. Je n'hésite pas de mettre en place un ordre en conseil s'il y a une urgence », dit M. Garneau.

Sans vouloir préciser quand, le ministre assure que des changements seront introduits aussi rapidement que possible, notamment en ce qui a trait à la réglementation concernant la fatigue dans le secteur de l'aviation.

Risque accru de collision sur les pistes d'atterrissage

Le BST demande aussi au gouvernement de mieux prévenir les risques de collisions liés à la présence inopportune d'avions, de véhicules ou de personnes sur les pistes d'atterrissage. Depuis 2013, le BST recense en moyenne chaque année 445 incursions sur piste, dont 21 qui présentent des risques très élevés.

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