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  • Envoyé spécial
  • « Nous allons changer ensemble le destin du Brésil » - Jair Bolsonaro, président élu

    Le reportage de Jean-Michel Leprince
    Radio-Canada

    L'ancien militaire Jair Bolsonaro a gagné son pari : il a été élu président du Brésil dimanche, au terme du second tour.

    Le politicien d'extrême droite, âgé de 63 ans, a obtenu 55 % des voix, alors que son opposant de gauche Fernando Haddad, du Parti des travailleurs (PT) a recueilli 45 % du suffrage.

    « Nous allons changer ensemble le destin du Brésil », a déclaré le président élu dans son premier discours, diffusé sur Facebook.

    Il a promis d'être « le président de tout le pays », en faveur des libertés individuelles, et a invoqué la force de Dieu et le succès des prières des Brésiliens.

    L'air sévère, il a indiqué que son gouvernement « défendra la Constitution, la démocratie, la liberté ». « Ceci n'est ni la promesse d'un parti ni la parole vaine d'un homme, mais c'est un serment devant Dieu », a-t-il poursuivi, répondant ainsi à ses détracteurs qui le voient comme une menace pour la démocratie.

    Nous ne pouvons plus continuer à flirter avec le socialisme, le communisme, le populisme de gauche.

    Jair Bolsonaro, président élu du Brésil

    L’annonce de son élection a été saluée par des manifestations de joie de la part de ses sympathisants, notamment sur l’iconique plage de Copacabana, à Rio, où des feux d’artifice ont illuminé le ciel.

    Une foule de sympathisants de Jari BolsonaroUne foule de sympathisants de Jair Bolsonaro célèbre sa victoire dans les rues de Sao Paulo. Photo : Reuters / Amanda Perobelli

    À Sao Paulo, des automobilistes ont défilé dans les rues à grands coups de klaxons, et des gens ont envahi les rues. La police antiémeute a dû séparer des partisans des deux camps qui se sont bagarrés.

    Des sympathisants de Jair Bolsonaro festoient, dont une femme à l'avant-plan, tout sourireDes sympathisants de Jair Bolsonaro ont laissé éclater leur joie à l'annonce des résultats, comme ici, à Sao Paulo. Photo : Getty Images / Victor Moriyama

    Dans son discours de défaite, Fernando Haddad n'a pas félicité le vainqueur et a demandé à ce que ses « 45 millions d'électeurs soient respectés ».

    « Les droits civiques, politiques et sociaux et le droit du travail sont en jeu maintenant », a-t-il dit. « Nous avons la responsabilité de représenter une opposition qui place les intérêts de la Nation au-dessus de tout ».

    Fernando Haddad et sa femme, entourés de militants. Le candidat défait, Fernando Haddad, prononce un discours après l'annonce des résultats officiels. Photo : AFP/Getty Images / NELSON ALMEIDA

    Jair Bolsonaro, qui se dit ouvertement nostalgique de la dictature militaire de 1964-85, a su rallier une partie de l'électorat qui a rejeté le PT après la présidence de Lula, puis celle de Dilma Rousseff, marquées par des scandales de corruption.

    D'autres se sont laissés séduire par ses promesses radicales en matière de lutte contre l'insécurité, qui a augmenté au pays dans les dernières années. M. Bolsonaro s'est en effet engagé à assouplir la loi sur le port d'armes à feu afin que chacun puisse se défendre. Il veut également encourager les policiers à se montrer sans pitié avec les criminels.

    L'envoyé spécial de Radio-Canada à Rio de Janeiro, Jean-Michel Leprince, observe que Jair Bolsonaro était considéré auparavant comme un député « folklorique », mais qu'il a bénéficié du discrédit des autres formations politiques pour s'imposer. Il a siégé pendant 28 ans au Parlement de Brasilia.

    Le nouveau président polarise les opinions en raison de ses déclarations passées. Il a déjà soutenu qu’une députée du Parti des travailleurs ne méritait pas d’être violée par qu’elle était très laide ou, encore, qu’il serait incapable d’aimer un fils homosexuel et qu'il préférerait le voir mourir dans un accident.

    Défenseur de la famille traditionnelle, il a reçu le soutien crucial des puissantes églises évangéliques et a indigné, par ses déclarations outrancières, une bonne partie des Noirs, des femmes et des membres de la communauté LGBT.

    Lors du premier tour de la présidentielle, le 7 octobre dernier, M. Bolsonaro avait recueilli 46 % des suffrages exprimés, loin devant les 29 % obtenus par Fernando Haddad.

    Les sondages donnaient depuis un moment déjà un large avantage au candidat Bolsonaro, avec quelque 10 points de pourcentage d'écart. Au cours de la dernière semaine, ses appuis avaient toutefois fondu, puisqu’il avait presque 20 % d’avance sur le candidat Haddad durant l’entre-deux tours.

    Deux femmes se serrent dans les bras dans un lieu publicDes sympathisants de Fernando Haddad accusent le coup de la défaite, peu de temps après l'annonce des résultats officiels. Photo : Reuters / Sergio Moraes

    Une journée de vote dans le calme

    Jair Bolsonaro a voté samedi dans un complexe militaire, à Rio. Il n'a pas fait de déclaration et s'est contenté de faire le « V » de la victoire, accompagné de son épouse.

    Comme au premier tour, le vote a été moins confortable pour Fernando Haddad à Sao Paulo, ville dont il a été maire de 2012 à 2016.

    Il a été accueilli par des militants brandissant des roses et entonnant des chansons traditionnelles de la gauche, mais aussi par un concert de casseroles d'opposants.

    Une ambiance tendue a provoqué quelques brefs accrochages entre militants, ce qui a forcé la police à s'interposer.

    « La démocratie est en danger. Les libertés individuelles sont en danger », a déclaré M. Haddad à la sortie du bureau de vote. Mais « le Brésil s'est réveillé ces derniers jours. J'attends les résultats avec beaucoup d'espoir », a-t-il lancé.

    À la sortie des urnes, des électeurs clamaient le nom de leur favori dans les rues.

    Un homme maquillé aux couleurs du Brésil porte une pancarte sur laquelle on peut lire « Bolsonaro, c'est le peuple ». Il fait le signe de la victoire.Les supporters de Jair Bolsonaro témoignaient de leur enthousiasme dans les rues de Rio de Janeiro au cours de la journée. Photo : Getty Images / Buda Mendes

    J'ai voté pour Haddad, parce qu'il représente la continuité de la démocratie au Brésil. On ne peut [pas] donner un chèque en blanc à Bolsonaro qui n'a pas eu le courage de participer aux débats télévisés.

    Un électeur

    « J'ai voté pour Bolsonaro. C'est logique. Je veux un pays meilleur avec plus de sécurité, de paix et d'amour », a confié une autre électrice.

    Dans l’ensemble du pays, le vote s'est déroulé dans « le calme et la normalité », ont indiqué les membres de la mission d’observation de l’Organisation des États américains (OEA).

    L’ex-présidente du Costa Rica Laura Chinchilla, qui dirige la mission, a indiqué en après-midi n'avoir observé « aucun rapport de violence ni d’autres difficultés. »

    Le président sortant Michel Temer a indiqué que son gouvernement était prêt à entamer la transition « demain ou après-demain » avec l’équipe gagnante.

    La transition sera « calme et tranquille », a-t-il dit; le nouveau président recevra toutes les informations « sur ce qui a été fait et ce qui reste à faire » au pays.

    Fernando Haddad et son épouse Ana Estela dans un bureau de voteFernando Haddad a voté plus tôt dans la journée en compagnie de son épouse Ana Estela. Photo : Reuters / Paulo Whitaker

    Fernando Haddad avait encaissé samedi un dur coup lorsque le candidat de centre gauche, Ciro Gomes, a refusé de l'appuyer. Il avait terminé au troisième rang du premier tour de la présidentielle avec 12,5 % des voix.

    M. Haddad bénéficiait cependant du soutien de deux figures importantes de la lutte contre la corruption. L'ancien procureur général Rodrigo Janot et l’ex-juge de la Cour suprême Joaquim Barbosa avaient tous les deux indiqué qu’ils voteraient pour le candidat du Parti des travailleurs, M. Barbosa avouant même que Jair Bolsonaro lui faisait peur.

    Une campagne mouvementée

    M. Bolsonaro a échappé à une tentative d’assassinat le 6 septembre alors qu’il prenait un bain de foule dans la ville de Juiz de Fora, au nord de Rio de Janeiro. Après trois semaines d’hospitalisation, il a repris sa campagne, mais a refusé de participer aux six débats prévus avec Fernando Haddad.

    Il a plutôt mené le reste de sa campagne sur les médias sociaux.

    Ces plateformes ont été utilisées au cours de la campagne pour répandre des fausses nouvelles. Le quotidien Folha de S. Paulo a révélé que des entreprises avaient financé des envois massifs de messages anti-Parti des travailleurs sur WhatsApp avant le premier tour.

    Des entreprises auraient payé près de 3,5 millions de dollars pour des contrats afin de diffuser des centaines de milliers de messages de propagande en faveur de Bolsonaro.

    Au Brésil, la loi électorale proscrit le financement des campagnes par les entreprises. Si cette pratique était avérée, elle constituerait un délit.

    Craintes pour la démocratie

    L’ancien gouverneur de centre droit de Sao Paulo, Alberto Goldman, estime que les institutions brésiliennes seront assez fortes pour empêcher toute dérive à la suite de l’élection de Bolsonaro.

    « Mais je ne suis pas prêt à payer pour en avoir la preuve », ajoute-t-il, annonçant qu’il voterait pour Haddad.

    Pour Marcio Coimbra, de l'Université presbytérienne Mackenzie, le Brésil a des garde-fous avec « un parquet fort, une Cour suprême forte et un Congrès qui fonctionne ».

    Tomaz Paoliello, professeur de Relations internationales à l'université catholique PUC de Sao Paulo, considère que son élection présente « de gros risques pour la démocratie ».

    « Il a toujours pris position pour discréditer les institutions démocratiques. Une fois au pouvoir, il pourrait mettre en oeuvre un vrai démantèlement de la démocratie », a-t-il affirmé.

    « Le futur président devra respecter les institutions, la démocratie et l'État de droit », a déclaré Dias Toffoli, président de la Cour suprême, après s'être rendu aux urnes avec la Constitution.

    Avec des informations de l'envoyé spécial de Radio-Canada Jean-Michel Leprince, de l'Agence France-Presse et de Reuters

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