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Transports collectifs gratuits : un modèle français à imiter?

Des utilisateurs du réseau d'autobus de transport de Dunkerque circulent dans un pôle d'échange.
Depuis septembre, les citoyens de Dunkerque en France ne paient plus pour prendre le bus. Photo: Communauté Urbaine de Dunkerque

Au début de septembre, Dunkerque est devenue la première agglomération d'Europe de plus de 200 000 habitants à instaurer le transport collectif gratuit. Depuis, les impacts positifs sont nombreux. Des villes comme Québec et Montréal pourraient-elles s'inspirer d'un telle politique? Portrait d'une gratuité payante.

Un texte de Charles D'Amboise

En 2014, l’urbaniste Patrice Viergriete a été élu maire de l’agglomération de Dunkerque avec une promesse phare : moderniser et rendre gratuit le système de transports d’autobus dans cette ville où la voiture était reine.

« La population a eu le choix entre deux grands projets. Nos opposants souhaitaient bâtir un amphithéâtre de 10 000 places, explique le maire. On a décidé d’annuler le projet, ce qui nous a permis de financer la gratuité des transports sans augmenter les impôts. Ça a été un choix politique. »

Le service était déjà financé par un « versement transport », une taxe de 1,55 % que les entreprises versent pour financer le réseau de transport.

Un autobus à Dunkerque, en France« Bus 100% gratuit », peut-on lire sur les autobus de Dunkerque, en France. Photo : Communauté urbaine de Dunkerque

La gratuité a d’abord été instaurée la fin de semaine puis a été appliquée, au début de septembre, à toute la semaine. Des installations ont été aménagées dans l’ensemble du réseau, de nouvelles lignes ont été ajoutées et une cinquantaine de nouveaux bus ont été achetés.

C’était à prévoir, l’achalandage du réseau de transport a augmenté. En semaine, il a doublé. « Le week-end, l’augmentation est de 120 % », note le maire de 48 ans, qui ne s’attendait pas à une telle hausse.

Centre-ville dynamisé

Les mesures de gratuité ont donné un nouveau souffle au centre-ville de Dunkerque, en déshérence depuis plusieurs années.

« Toutes les villes qui sont passées à la gratuité vous le diront. [La redynamisation du centre-ville,] c’est le premier effet. C’est formidable, insiste le maire Viergriete. Il n’y a quasiment plus de locaux vides dans le centre-ville. »

Tout se vend, parce qu’il y a eu un embellissement de la ville et une attractivité du centre-ville.

Patrice Vergriete, maire de Dunkerque

Qui plus est, les mesures de gratuité ont attiré de nouveaux publics.

« Ça a brisé l’isolement chez les personnes âgées, qui sortent davantage de chez [elles] et prennent le bus, soutient le maire. Et il y a beaucoup de cadres qui viennent maintenant travailler en bus. On le voit avec les stationnements au centre-ville, qui sont beaucoup moins bondés. »

Une mesure pour les petites villes?

Spécialiste des transports collectifs, le professeur au Département de science politique à l’Université Laval, Jean Mercier, soutient que les mesures de gratuité en transports en commun « n’ont pas encore fait leur place dans les grandes villes ».

Dans le cas de Dunkerque, les revenus associés aux abonnements et aux billets d’autobus représentaient 10 % du budget total du réseau de transport.

« Pour eux, la gratuité ne représentait pas un énorme coût. Dix pour cent, ça peut facilement être remplacé par d’autres recettes fiscales », affirme le professeur Mercier.

À titre comparatif, les revenus des billets et des abonnements du Réseau de transport de la Capitale (RTC), à Québec, s’élèvent à 69 192 400 $. Ces revenus représentent environ 32 % du budget total du RTC.

On voit surtout le transport gratuit dans des villes plus modestes, moins populeuses, là où la voiture prend beaucoup de place.

Jean Mercier, professeur associé au Département de science politique à l'Université Laval

« On entre dans une époque où les enjeux de transports collectifs, ça devient un sujet de plus en plus important, poursuit le professeur. On le constate autant à Montréal qu’à Québec. On n’a pas fini d’en entendre parler. »

Transport en commun

Société