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Fusillade à Pittsburgh : le présumé tireur fait face à 29 chefs d'accusation

Le reportage de Christian Latreille

Robert Bowers, le présumé auteur de la fusillade qui a fait 11 morts dans une synagogue de Pittsburgh samedi, fait face à 29 chefs d'accusation et pourrait encourir la peine de mort s'il est déclaré coupable.

L’homme de 46 ans a ouvert le feu vers 9 h 45 sur les fidèles réunis à l'occasion de la prière dans la synagogue Tree of Life (Arbre de vie), dans un quartier résidentiel à majorité juive.

L’accusé doit répondre à 29 chefs d’accusation, dont :

  • 11 chefs d’accusation d’entrave à l’exercice de convictions religieuses entraînant la mort;
  • 11 chefs d’utilisation d’une arme à feu pour commettre un crime violent;
  • 4 chefs d’entrave à l’exercice de convictions religieuses ayant causé des lésions corporelles à un agent de la sécurité publique;
  • 3 chefs d’utilisation et de décharge d’une arme à feu lors d’un crime violent.


Le bureau du procureur des États-Unis fera le point lors d'une conférence de presse dimanche matin. Les procureurs fédéraux ont indiqué qu'ils déposeront des accusations de crime haineux, ce qui pourrait valoir la peine de mort au suspect s'il est reconnu coupable. La peine capitale est toujours en vigueur en Pennsylvanie.

Selon des témoins, il aurait crié : « Tous les juifs doivent mourir » pendant qu’il tenait la police en haleine. Le suspect s'est finalement rendu, après des échanges de coups de feu, et il a été emmené à l'hôpital, blessé par plusieurs balles. Son état serait stable.

Le tireur, qui n'était a priori pas connu des services de police, a agi seul. Il était muni d'un fusil d'assaut et de trois armes de poing, ont indiqué les forces de l'ordre.

Robert Bowers était actif sur les réseaux sociaux par des publications à caractère haineux et antisémite. Samedi, il a envoyé un message sur Gab, un site qui se dit voué à la « libre expression » et à la « liberté individuelle », et qui est largement utilisé par des gens d'extrême droite.

Il y dénonçait la Société hébraïque d'aide aux immigrants, coupable selon lui « d'attirer des envahisseurs qui tuent notre peuple », en référence à l'action de cette société auprès des milliers de Latino-Américains en train de remonter le Mexique en direction des États-Unis.

« Je ne peux pas rester les bras croisés à regarder mon peuple se faire massacrer. Ajustez vos lunettes, j'y vais », a-t-il écrit.

La synagogue encerclée par plusieurs véhicules de police. La synagogue contient trois congrégations : Arbre de vie, Nouvelle Lumière et Dor Hadash, qui tenaient toutes des services religieux samedi matin. Photo : The Associated Press / Pam Panchak

Un crime qui n'a rien à voir avec le contrôle des armes à feu, dit Trump

Le président Donald Trump a d'abord réagi sur Twitter, affirmant qu'il observait les développements de la tragédie et terminant son message par « Que Dieu nous protège tous ».

En s'adressant plus tard aux médias, M. Trump a dit que la fusillade « n'a rien à voir avec le contrôle des armes à feu. Si quelqu'un à l'intérieur avait été armé ce matin, le résultat aurait été différent ».

On devrait renforcer nos lois sur la peine de mort. Quand quelqu'un fait ça, il devrait être condamné à la peine de mort.

Donald Trump, président des États-Unis

Le président a déclaré en début de soirée qu'il se rendrait sur les lieux du drame.

Le président américain Donald Trump a dénoncé la fusillade de Pittsburgh dans un discours prononcé lors d'un rassemblement partisan à Indianapolis. Le président américain Donald Trump a dénoncé la fusillade perpétrée dans une synagogue de Pittsburgh, estimant qu'il ne devait y avoir « aucune tolérance » pour l'antisémitisme « ou pour n'importe quelle forme de haine religieuse ». Photo : Reuters / Alexander Drago

Opération policière majeure

La police de Pittsburgh a d'abord encerclé la synagogue pour ensuite fouiller le bâtiment. L'enquête a été prise en charge par le FBI, puisqu'il s'agit d'un crime haineux, relevant du fédéral.

Après avoir demandé à la population de rester confinée, les autorités estimaient, en début d'après-midi, qu'il n'y avait plus de danger pour la communauté.

La synagogue Arbre de vie, située à 10 minutes du centre-ville de Pittsburgh, accueille trois congrégations qui tenaient toutes des services religieux samedi matin. Elle peut recevoir jusqu'à 1200 fidèles, mais seulement une centaine de personnes se trouvaient sur les lieux au moment du drame.

Une voiture de police de Pittsburgh à l'avant-plan; une douzaine de policiers lourdement équipés à l'arrière-plan.Des policiers sécurisent les lieux où s'est tenue la fusillade. Photo : Associated Press / Pittsburgh Post-Gazette/Alexandra Wimley

« Tragédie absolue  »

Selon le gouverneur démocrate de la Pennsylvanie, Tom Wolf, la fusillade est « une tragédie absolue ». « Ces actes de violence insensés ne représentent pas ce que nous sommes en tant qu'Américains. Nous devons tous prier et espérer qu’il n’y ait plus de pertes de vie. »

Nous avons dit "celle-ci [cette fusillade] est de trop" depuis trop longtemps. Les armes dangereuses mettent nos citoyens en danger.

Tom Wolf, gouverneur de la Pennsylvanie

Le gouverneur a demandé à ce que les drapeaux officiels de l’État soient mis en berne à la mémoire des victimes.

« L'Amérique est plus forte que les actes d'un fanatique dépravé et antisémite », a déclaré Ivanka Trump, fille et conseillère du président, convertie au judaïsme peu de temps avant son mariage avec Jared Kushner, lui-même de confession juive.

Tous les bons Américains se tiennent aux côtés du peuple juif pour s'opposer aux actes de terreur et partager l'horreur, le dégoût et l'indignation provoqués par le massacre de Pittsburgh. Nous devons nous unir contre la haine et le mal.

Ivanka Trump, fille et conseillère du président

« Je suis juste triste. Je ne sais pas quoi vous dire [...] Ça ne devrait pas arriver, point. Ça ne devrait pas arriver dans une synagogue », a déclaré Jeff Finkelstein, le président de la Jewish Federation of Greater Pittsburgh.

Des réactions sur la scène internationale

Trois femmes se recueillent en lisant un livre de prières juives près de la synagogue où a eu lieu la fusillade meurtrière, à Pittsburgh. Trois femmes se recueillent en lisant un livre de prières juives près de la synagogue où a eu lieu la fusillade meurtrière, à Pittsburgh. Photo : Getty Images / Jeff Swensen

Le pape François a appelé à « éteindre les foyers de haine qui se développent dans notre société »

Le pape est vêtu d'une robe verte.Le pape François a partagé son indignation face à la fusillade de Pittsburgh, lors d'une messe tenue au Vatican. Photo : Reuters / Tony Gentile

Nous sommes tous blessés par cet acte inhumain de violence.

Le pape François

« Aujourd'hui, les Canadiens sont de tout cœur avec la communauté juive de Pittsburgh qui a subi une attaque antisémite horrible alors qu'elle priait, a affirmé le premier ministre canadien Justin Trudeau sur Twitter. Puissent les familles des personnes tuées trouver du réconfort, et puissent les blessés se rétablir complètement et rapidement. »

« Nous devons faire front commun contre toute cette haine, cette intolérance, cet antisémitisme et cette violence », a souligné de son côté la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland, se disant « horrifiée » par la fusillade.

« Soyons unis contre la haine et le racisme », a pour sa part tweeté le premier ministre québécois François Legault.

Au nom de tous les Québécois et Québécoises, nous offrons toutes nos sympathies et notre soutien aux familles et aux proches des victimes, de même qu’à la communauté juive de Pittsburgh.

François Legault, premier ministre du Québec
Des femmes s'étreignent, le visage tristeDes femmes s'étreignent à proximité de la synagogue Arbre de vie à la suite de la fusillade. Photo : Associated Press / Pittsburgh Post-Gazette/Andrew Stein

Le président français Emmanuel Macron a aussi utilisé la plateforme de microblogage pour exprimer son soutien face au drame.

« Tristesse et pensées pour celles et ceux qui sont tombés à Pittsburgh lors de la fusillade. Nous sommes avec le peuple américain, une nouvelle fois endeuillé », a-t-il écrit.

En Israël, le premier ministre Benyamin Nétanyahou s’est dit « choqué » et « le cœur brisé » face à l’attaque. « Tout Israël pleure avec les familles des morts. Nous nous tenons avec la communauté juive de Pittsburgh. Nous nous tenons avec le peuple américain face à cette horrible brutalité antisémite », a-t-il ajouté.

Le ministre israélien de la Diaspora, Naftali Bennett, a offert l'aide de l'État hébreu à la communauté juive locale.

Climat « tendu et toxique »

Entrevue avec Rafael Jacob, chercheur associé de l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand

Cette fusillade intervient après plusieurs jours de craintes liées à l’envoi postal de colis contenant des substances possiblement explosives à des personnalités démocrates, ce qui a généré une tension élevée au sein de la population.

Pour Rafael Jacob, chercheur à l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand de l'Université du Québec à Montréal (UQAM), cette fusillade contribue au climat « tendu et toxique » que vivent les États-Unis depuis le début de la semaine.

Commentant les propos de M. Trump, il a estimé en entrevue à ICI RDI que « le président américain s’est à la fois montré rassembleur […] et divisif dans plusieurs de ses propos ».

Le président est en pleine campagne électorale à une semaine des élections de mi-mandat, a-t-il rappelé.

« Personne ne peut prédire comment cela influencera les élections. On y va au jour le jour », a affirmé M. Jacob.

Le climat semble beaucoup plus tendu qu’un climat lié aux élections.

Rafael Jacob, chercheur

Cette fusillade intervient alors que les États-Unis ont enregistré en 2017 une hausse des attaques à caractère antisémite, avec quelque 1986 actes tels que harcèlement, vandalisme et agressions. Il s'agit d'une hausse de 57 % par rapport à 2016, selon l'Anti-Defamation League.

Avec les informations de Reuters, Pittsburgh Post-Gazette, CNN, La Presse canadienne, et Agence France-Presse

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