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Cannabis au volant : la police vous a à l'oeil

Le reportage de Pascal Robidas
Radio-Canada

Une nouvelle escouade a été mise sur pied par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Sa mission est de mettre en place des barrages routiers afin de repérer les automobilistes qui sont sous l'influence du cannabis. Radio-Canada l'a accompagnée pendant une soirée.

Un texte de Pascal Robidas

Les 10 policiers et leur sergent sont entrés en service le jour même de la légalisation du cannabis au Canada. À l'interne, on les surnomme les BRAVES, pour barrages routiers, alcool au volant et évaluation de stupéfiants.

Le jour de la visite de Radio-Canada, l'équipe, réunie au deuxième étage du Centre opérationnel sud de la police de Montréal, reçoit les directives. Elle doit établir trois barrages dans trois endroits différents.

Celui qui donne les ordres, c'est le lieutenant Bryan Cunningham. Cet officier est à l'origine de la formation de cette nouvelle équipe qui a les pleins pouvoirs sur toute l'île de Montréal, peu importe l'heure, l'endroit ou le jour de la semaine.

« La raison pour laquelle on fait ça, le projet BRAVES, c'est que les citoyens nous ont fait connaître leurs doutes, leurs craintes. Et le but, c'est d'intensifier les barrages, de rassurer les gens, d'être très visibles », lance le lieutenant à ses policiers.

Il veut aussi contrer le mythe selon lequel il n'est pas possible d'agir contre la consommation de drogue, parce qu'il n'existe pas d'appareil pour la détecter.

Debout à ses côtés, l'inspecteur Jean-Michel Sylvestre prend le relais pour remercier les policiers présents. Ce sont tous des policiers volontaires provenant de différents postes de quartier sur le territoire du SPVM.

« On veut aussi contaminer tous les policiers de l'ensemble des postes de quartier à cette pratique-là, celle de faire des barrages policiers plus souvent », dit-il.

Douze policiers autour d'une table dans une salle de réunionLes membres de l'escouade BRAVES en réunion Photo : Radio-Canada / Pascal Robidas

Ce soir-là, trois endroits sont ciblés pour mettre en place des barrages policiers sur le territoire du SPVM.

Premier arrêt : le centre-ville. Il est 21 h et les magasins viennent de fermer. À la surprise des automobilistes, la circulation est au ralenti sur le boulevard Robert-Bourassa, en raison du barrage policier.

L'intoxication au cannabis est plus difficile à percevoir que la consommation d'alcool, entre autres parce qu'elle ne modifie pas l'haleine de la personne.

Mais depuis 2010, tous les policiers à Montréal sont formés pour faire passer l'épreuve de coordination des mouvements, ou ECM. Lorsqu'un membre de l'escouade BRAVES soupçonne un automobiliste qui s'arrête au barrage d'avoir les facultés affaiblies, il lui fait passer l'ECM.

Cette méthode a fait ses preuves parmi les différents corps policiers au pays. Elle a amplement passé le test des tribunaux.

Épreuve de coordination des mouvements

L'épreuve comprend trois tests qui peuvent être administrés par les policiers. En cas d'échec, ces tests sont suffisants pour mettre un conducteur en état d'arrestation.

- Test du nystagmus horizontal (mouvement des yeux)

Le policier demande au suspect de suivre un crayon du regard. Il vérifie si l'œil produit un nystagmus, c'est-à-dire un mouvement involontaire et saccadé du globe oculaire.

- Test de la démarche

Le policier demande à la personne de marcher sur une ligne droite et de se retourner.

- Test de l'équilibre

Le policier teste la capacité à effectuer plusieurs actions en même temps, par exemple marcher en ligne droite ou se tenir sur un pied en comptant à voix haute. Sous l'effet d'une drogue, il peut être difficile de respecter toutes les directives du policier.

Source :SAAQ

Tolérance zéro pour le cannabis au volant

Deux policiers avec un homme qui a les mains sur le capot d'une voiture de police.Les policiers arrêtent un homme soupçonné de conduire sous l'influence du cannabis. Photo : Radio-Canada / Pascal Robidas

Selon une étude commandée par CAA-Québec, un conducteur sur cinq banalise les effets du cannabis au volant par rapport à ceux de l'alcool.

Chez les jeunes, c'est le tiers qui pense que le cannabis est inoffensif.

L'infraction de capacités affaiblies, c'est une infraction susceptible d'être commise par n'importe qui. Quand on voit les accidents mortels ou [avec] blessés, c'est souvent du bon monde, qui blesse ou qui tue du bon monde. Et ça, ça m'a toujours écoeuré.

Bryan Cunningham, architecte de l'escouade BRAVES et lieutenant au Service de police de la Ville de Montréal

Pendant ses 16 années comme policier au SPVM, celui qui est derrière l'escouade BRAVES a fait de la sécurité routière son principal combat.

« Dans les 30 dernières années, on s'est amélioré beaucoup pour l'alcool au volant, mais ça a pris beaucoup d'efforts pour changer les mentalités. Là, c'est le jour 1 de la légalisation, est-ce qu'on agit maintenant... ou on attend encore 30 ans? », se demande-t-il.

Au cours de l'opération à laquelle Radio-Canada a assisté, l'escouade BRAVES a intercepté une dizaine de personnes et trois ont été arrêtées pour conduite avec facultés affaiblies.

Lieutenant Cunningham.Le lieutenant Bryan Cunningham du SPVM Photo : Radio-Canada / Pascal Robidas

Un projet pilote unique au SPVM

L'escouade BRAVES n'est encore qu'un projet pilote. Aucune autre initiative du genre n'a vu le jour ailleurs au Québec depuis la légalisation du cannabis.

Pour l'inspecteur Jean-Michel Sylvestre, responsable de la sécurité routière au SPVM, il est important de faire des barrages policiers plus souvent.

C'est fini le temps où on va faire des barrages juste à l'approche des Fêtes. Parce que le cannabis, les gens en prennent malheureusement le jour, le soir comme la nuit, à tout moment.

Jean-Michel Sylvestre, inspecteur et responsable de la sécurité routière au SPVM

Les résultats de ce projet pilote seront étudiés par la haute direction du SPVM d'ici quelques mois.

Pour joindre Pascal Robidas : 514-895-0158 ou pascal.robidas@radio-canada.ca

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