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Pourquoi les démocrates devraient reconquérir la Chambre des représentants, mais pas le Sénat

Vue panoramique du Capitole sous un ciel nuageux et dont la réflexion est visible dans l'eau.

Le Capitole, à Washington, qui abrite le Congrès des États-Unis, constitué du Sénat et de la Chambre des représentants.

Photo : Reuters / Joshua Roberts

Radio-Canada

Deux ans après l'élection surprise de Donald Trump et la victoire républicaine dans les deux chambres du Congrès, les Américains retourneront aux urnes. Renouvelleront-ils leur confiance envers les républicains ou aideront-ils les démocrates à prendre leur revanche lors des élections de mi-mandat du 6 novembre? Selon toute vraisemblance, les deux à la fois.

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf

La vague bleue anticipée il y a quelques mois a perdu de la vigueur.

L’enthousiasme des démocrates, très mobilisés depuis l’élection de Donald Trump, est resté intact. Mais les audiences récentes sur la nomination à la Cour suprême du juge Brett Kavanaugh, accusé d'agressions sexuelles, ont contribué à raviver les ardeurs des républicains.

La bataille pour le contrôle du Sénat et celle pour l'obtention de la majorité à la Chambre des représentants s'inscrivent dans des dynamiques très différentes.

La Chambre des représentants : avantage aux démocrates

Les républicains détiennent actuellement 236 des 435 sièges. Les démocrates, 193. Et six sièges sont vacants.

Les démocrates ont besoin de ravir 23 sièges aux républicains pour reprendre le contrôle de la Chambre, qu’ils ont perdu en 2010.

Propulsés par l’impopularité de Donald Trump, ils sont mieux positionnés pour franchir le seuil des 218 sièges nécessaires à une majorité.

« Les républicains devraient payer le prix des politiques polarisantes du président Trump », résume Vincent Boucher, chercheur en résidence à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand.

Les élus sortants jouissant habituellement d’un avantage aux urnes, les démocrates sont aussi favorisés par le nombre record de républicains qui ne se représentent pas : près d’une quarantaine. C’est le double de ce qu'on voit chez les démocrates.

Dans les dernières semaines, l’ampleur de la victoire espérée par les démocrates a cependant fondu.

Le site d’analyse politique The Cook Political Report leur prédit un gain de 20 à 45 sièges, plus probablement entre 30 et 40.

Une victoire républicaine à la Chambre reste possible, mais peu probable, souligne Vincent Boucher.

« Si un tel scénario se produit, il s’expliquera par une faible participation électorale. Mais ce serait étonnant, si on se fie à l’enthousiasme affiché par les démocrates », signale le chercheur.

Où se jouera le contrôle de la Chambre des représentants?

De chaudes luttes se profilent dans 75 districts situés dans une trentaine d’États, de la Californie à la Floride en passant par New York et le Minnesota.

Signe que les républicains sont en danger, 29 des 30 luttes où les deux camps sont au coude-à-coude dans les sondages se livrent dans des districts qu’ils représentent.

Pire encore, ils tirent de l’arrière dans 18 districts qu’ils ont remportés en 2016, alors que seulement deux démocrates partagent cette situation.

Les républicains sont particulièrement vulnérables dans plusieurs des 25 districts qui ont choisi leur parti à la Chambre en 2016, mais préféré Hillary Clinton à Donald Trump, notamment en Californie.

Les démocrates ont notamment dans leur ligne de mire les contrées républicaines de cet État, qui prendra des allures de champ de bataille, notamment dans les quatre districts républicains du comté d’Orange, près de Los Angeles.

Symbole par excellence de la défaite crève-coeur d'Hillary Clinton dans des bastions démocrates, la Pennsylvanie, où plusieurs districts sont susceptibles de changer de couleur, sera elle aussi au coeur du combat pour le contrôle de la Chambre des représentants.

Ordonné par la Cour suprême de l’État, le redécoupage de la carte électorale, jugée en faveur des républicains, pourrait aider la cause démocrate.

L’année des banlieues

Les pancartes électorales du candidat républicain Jay Webber et de son adversaire démocrate Mikie Sherrill sont déployées sur le terrain d'une maison de Chatham, une banlieue du New Jersey.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Située dans la banlieue de Chatham, le 11e district du New Jersey figure parmi les luttes serrées de la Chambre des représentants.

Photo : Reuters / Nancy Lapid

Plusieurs des courses compétitives du pays se livrent dans des banlieues aux profils divers, observe Vincent Boucher.

Certaines cités-dortoirs généralement aisées et éduquées, dont l’électorat traditionnellement républicain a voté « à reculons » pour Donald Trump, sont susceptibles de lui opposer un « contre-pouvoir », explique M. Boucher. Cette volonté s'exprime particulièrement chez les électrices.

Le chercheur évoque aussi les banlieues plus pauvres, où vivent d’importantes minorités ethnoculturelles, habituellement moins enclines à voter, ou d’autres encore, dans la deuxième couronne ou couvrant des régions rurales, qui se sont déjà montrées ouvertes aux démocrates.

On a l’impression que l’élection va se jouer dans des circonscriptions qui se retrouvent dans des banlieues de grandes villes comme Chicago, Los Angeles, Houston, Atlanta et Miami.

Vincent Boucher, chercheur en résidence de la Chaire Raoul-Dandurand

La majorité des districts républicains qui ont boudé Donald Trump en 2016 comportent aussi des banlieues qui pourraient changer de couleur, selon le magazine The Atlantic.

Le Sénat : avantage aux républicains

D’un point de vue arithmétique, les démocrates semblent avoir à portée de main la reconquête de tout le Congrès. À deux sièges d’une majorité au Sénat, les 49 démocrates semblent bien placés pour gruger du terrain aux 51 républicains.

Mais ces chiffres sont trompeurs.

« La dynamique, dans les courses pour le Sénat, est animée par la carte politique et la situation géographique », résume Jennifer Duffy, analyste des luttes sénatoriales pour le site The Cook Political Report.

Sur les 35 sièges en jeu cette année (dans 33 États), 26 sont occupés par des démocrates.

La situation se complique davantage pour les démocrates : 10 des États qu'ils cherchent à conserver ont été remportés par Donald Trump, dont la moitié par plus de 19 points, selon une analyse du Cook Political Report.

Gâtés par le calendrier électoral, les républicains ne défendent pour leur part que neuf sièges, dont plusieurs châteaux forts.

Un seul d'entre eux – le Nevada, représenté par Dean Heller – se trouve dans un État remporté par Hillary Clinton. C’est d’ailleurs le siège républicain le plus à risque, selon Jennifer Duffy.

Où se jouera le sort du Sénat?

Selon les sondages, la guerre de tranchées se gagnera dans une douzaine d’États, en majorité démocrates.

De l’avis général, les républicains y sont nettement favoris.

« Les démocrates sont sur la défensive », précise Mme Duffy. Leurs gains potentiels sont restreints, et ils doivent défendre plusieurs sièges très vulnérables dans des États à tendance républicaine.

La saga hautement partisane entourant la nomination du juge Kavanaugh ne les a pas aidés, notamment au Dakota du Nord, qui a appuyé Donald Trump à 63 % en 2016.

Les analystes nourrissent peu de doutes quant à la défaite que devrait essuyer la sénatrice sortante Heidi Heitkamp dans la foulée de son opposition à la nomination du magistrat.

Le chemin vers une majorité n’était déjà pas facile pour les démocrates, et il s’est compliqué davantage.

Jennifer Duffy, analyste pour The Cook Political Report

Les sénateurs démocrates du Montana, de la Floride, de l’Indiana, du Missouri et du New Jersey sont au coude-à coude avec leurs rivaux républicains et ceux de la Virginie-Occidentale et du Minnesota ne détiennent qu’une légère avance, selon The Cook Political Report.

Quatre États républicains se trouvent au centre de luttes compétitives : le Nevada, le Tennessee, l’Arizona et le Texas. Un cinquième – le Mississippi, qui fait l'objet d'une élection spéciale, penche vers la candidate républicaine.

La républicaine Martha McSally et la démocrate Kyrsten Sinema regardent devant elles au cours d'un débat.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La républicaine Martha McSally et la démocrate Kyrsten Sinema se disputent le siège du sénateur républicain sortant de l'Arizona, Jeff Flake.

Photo : La Presse canadienne / AP/Matt York

« Si les démocrates se dirigent vers une défaite au Dakota du Nord, cela signifie qu’ils doivent remporter trois des quatre sièges républicains au centre de luttes serrées. Ce n’est pas réaliste », explique Jennifer Duffy.

Selon son modèle statistique, un gain net de deux sièges qui assurerait aux démocrates le contrôle de la Chambre n’est que le cinquième scénario le plus probable.

Il y a davantage de chances que les républicains gagnent un ou même deux sièges, que le nombre d’élus de chaque parti reste inchangé ou que les deux formations soient à égalité, scénario qui permettrait aux républicains de conserver la majorité grâce au vote prépondérant du vice-président, évalue l’analyste.

Le sort des deux Chambres est-il scellé?

Le site de prédictions probabilistes 538 donne aux démocrates six chances sur sept de réussir leur pari à la Chambre des représentants, mais favorise les républicains au Sénat, leur conférant cinq chances sur six de l'emporter.

Sur papier, les démocrates conservent donc une infime chance de remporter le Sénat, et les républicains de conserver la Chambre.

« Tout est possible – on l’a vu en 2016, convient Vincent Boucher. Mais ces scénarios sont à ce stade-ci peu probables. »

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