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Témoignage du directeur de la SQ à la commission Viens : plusieurs questions sans réponse

Le reportage de Thomas Deshaies
Radio-Canada

Martin Prud'homme, qui était aux commandes de la Sûreté du Québec (SQ) lors des « événements de Val-d'Or », a témoigné pour la première fois à la Commission d'enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics. Il a été longuement questionné par les procureurs de la commission sur sa gestion de la crise de Val-d'Or.

Un texte de Thomas Deshaies et Jean-Marc Belzile

Jusqu’à mai 2015, je n’ai pas d’information ou précision qui m’amènent à penser qu’il y a une problématique majeure à Val-d’Or, a déclaré Martin Prud’homme lors de son témoignage.

Martin Prud’homme aurait été informé des allégations à Val-d’Or au moment du passage de l’équipe de l’émission Enquête à Val-d’Or, en mai 2015, seulement quelques mois avant la diffusion du reportage.

Pourtant, le directeur de police de Lac-Simon, Jean Vicaire, avait affirmé, lors de son témoignage à la commission d’enquête, avoir avisé personnellement la SQ, en 2013, de ces allégations. On n’a retracé aucun document écrit de M. Vicaire qui faisait la dénonciation de ce qui avait été transmis, puis aucun écrit dans ce sens, a assuré l’inspecteur-chef de Val-d’Or, Ginette Séguin, qui accompagnait M. Prud’homme. La SQ analyse présentement le dossier.

Martin Prudhomme a affirmé ne pas avoir suivi de près l’évolution du dossier jusqu’à ce qu’il soit transféré au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Ses réponses aux questions précises du procureur de la commission sont donc restées évasives. Tout à fait normal que le bureau des normes professionnelles reprenne la responsabilité de ces normes. Il est tout à fait normal de garder une certaine distance, a-t-il expliqué.

Une responsabilité commune

Martin Prud'homme admet que la situation à Val-d'Or était problématique. Il dit même y avoir patrouillé pendant une journée afin de constater la situation.

Juste dans mes 24 heures que je patrouillais, je constatais que c’était loin d’être idéal, j’étais convaincu que de répéter cette situation sans arrêt ne nous avancerait à rien. La situation était dangereuse et explosive, c’est au-delà de ce que les policiers peuvent faire comme intervention.

Martin Prud’homme

Le directeur de la SQ a déclaré à la commission que l’amélioration des relations n’est pas uniquement la responsabilité des policiers. C'est clair qu’il y a une problématique au niveau de nos interventions ici dans le centre-ville, mais ce n’est pas qu’un problème qui appartient à la police, a-t-il déclaré, en faisant allusion aux populations marginalisées et itinérantes. Il a expliqué que les agents se sentaient souvent démunis face à ces enjeux.

Interrogé sur les allégations de cures géographiques, Martin Prud'homme a affirmé qu’il n’avait jamais eu connaissance de telles pratiques avant les événements de Val-d’Or.

Il a reconnu qu’il restait du chemin à faire pour assurer la confiance entre les policiers et les peuples autochtones. Mais je suis moralement convaincu qu’on a progressé, mais ce n’est pas encore parfait, a-t-il fait savoir.

Jacques Viens lance un message clair

Une série de preuves a été exposée par le procureur de la commission pour faire état de propos déplacés dans des documents remplis par des policiers de Val-d’Or.

Le commissaire Viens a lancé un message clair à la haute direction de la SQ.

Quand est-ce que les Autochtones vont être traités comme des gens qui méritent d’être traités avec respect? Je suis persuadé que ça doit venir d’en haut.

Jacques Viens

Lors du témoignage de cinq heures, les représentants de la SQ voulaient visiblement parler des nouvelles initiatives mises en place, plutôt que de la situation qui prévalait en 2015.

Bracelet 144

Également directeur par intérim au SPVM, Martin Prud’homme n’a pas été en mesure de répondre à plusieurs questions concernant des dossiers en cours.

C’était le cas concernant le bracelet 144, que plusieurs policiers portaient en appui aux huit policiers de Val-d’Or qui avaient été suspendus en 2015.

Une récente entente conclue entre la SQ et ces huit policiers a fait en sorte que ce bracelet n’est plus porté.

L’inspecteur-chef, Ginette Séguin, affirme que cette entente est confidentielle et qu’elle-même ne connaît pas les détails de cette entente.

Sur la question de savoir pourquoi la SQ n’a pas obligé les policiers à cesser de porter ces bracelets, Ginette Séguin a admis que c’était pour éviter d’augmenter la grogne des policiers envers la SQ.

Mon mandat était de rétablir le lien de confiance avec les communautés autochtones, mais je devais aussi ramener la confiance des policiers envers la SQ. Les policiers avaient mentionné publiquement que ce bracelet était contre l’employeur, alors je ne l’ai pas interdit, parce que je comprenais que leur frustration était à notre endroit et non contre les femmes autochtones.

Des excuses réclamées

Plusieurs organisations, dont le Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or, réclamaient des excuses de la part de la SQ.

Martin Prud’homme a évité la question lorsqu’on lui a demandé s’il comptait présenter des excuses.

Abitibi–Témiscamingue

Autochtones