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Envoyé spécial

Mensonges et propagande numériques au Brésil

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Au Brésil, un deuxième tour pour élire le président aura lieu le 28 octobre.

Les unes des journaux brésiliens au lendemain du premier tour de la présidentielle.

Photo : The Associated Press / Leo Correa

Jean-Michel Leprince
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Même si on a beaucoup parlé de l'incidence des médias sociaux sur la présidentielle aux États-Unis en 2016, leur influence sur une campagne électorale n'aura jamais été aussi évidente qu'au Brésil, où l'ascension du candidat d'extrême droite Jair Bolsonaro agit comme un signal d'alarme. Plusieurs s'inquiètent de l'avenir de la démocratie si rien n'est fait pour contrôler Facebook, Google et, surtout, WhatsApp.

Le 7 octobre, avant même les premiers résultats, des partisans de Jair Bolsonaro criaient à la fraude et brûlaient des reproductions des boîtes de scrutin électronique.

Leur candidat ne pouvait pas gagner dès le premier tour et ils en avaient vu la preuve sur l’application WhatsApp, un système de messagerie privé qui appartient maintenant à Facebook, très utilisé en Amérique latine, notamment au Brésil.

Pourtant, la réalité est tout autre : le système de vote entièrement électronique brésilien est inviolable, car il n’est pas connecté à Internet, a certifié le Tribunal suprême électoral (TSE).

Offensive numérique

La campagne de Bolsonaro s’est faite toute seule, par les médias sociaux. Toutes ses déclarations y ont été relayées et d’autres ont carrément été inventées et présentées comme véridiques.

La multiplication des fausses nouvelles et de la propagande numérique semble particulièrement bénéficier au populiste de droite face à son principal adversaire, Fernando Haddad, du Parti des travailleurs (PT).

Le quotidien Folha de S. Paulo a révélé que des entreprises avaient financé des envois en masse de messages anti-Parti des travailleurs sur WhatsApp, avant le premier tour.

Des entreprises auraient acheté des « contrats » pour diffuser des centaines de milliers de messages de propagande en faveur de Bolsonaro. Chacun d'entre eux coûterait près de 12 millions de réaux (3,5 millions de dollars).

Au Brésil, la loi électorale proscrit le financement des campagnes par les entreprises. Si cette pratique était avérée, elle constituerait un délit.

L'entourage de Bolsonaro a nié toute responsabilité. « Ce n'est pas raisonnable que, chaque fois qu'il se passe quelque chose, [Bolsonaro] soit désigné comme responsable », a dit Thiago Ayres, son avocat, au quotidien Valor.

En réaction aux révélations du Folha de S. Paulo, WhatsApp a fermé « 100 000 comptes utilisateurs » associés aux quatre entreprises concernées et leur a demandé de ne plus envoyer de messages en masse de la sorte.

Deux exemples provenant des deux camps

L’Agence France-Presse donne l’exemple d’un partisan de Jair Bolsonaro qui disait recevoir environ 500 messages WhatsApp par jour, pour et contre les deux candidats du second tour. « Ma mère a reçu un message disant que Bolsonaro supprimerait le 13e mois, et elle l’a cru », raconte l’électeur.

Parmi les nombreuses rumeurs figure celle du « kit gay » que Fernando Haddad, le candidat du PT, voudrait généraliser dans les écoles primaires pour « enseigner » l’homosexualité. Cette information ne repose sur rien, mais elle a été largement diffusée par les partisans de Jair Bolsonaro.

Un utilisateur de WhatsApp au Brésil a pu ainsi recevoir, au gré des partages de groupe en groupe, un tract électoral dénonçant l’« idéologie de genre » dans les écoles, avec la photographie du candidat Haddad.

« Mensonges, diffamation, calomnies. Quand deux ou trois mensonges sont répétés par des millions de personnes, ça devient une vérité », s’inquiète Ascanio Seleme, chroniqueur au journal O Globo.

Attention au deuxième tour

« C'est un phénomène si nouveau et si récent, c'est la première fois dans une démocratie que nous observons l'utilisation de WhatsApp pour diffuser massivement de fausses informations comme au Brésil », explique Laura Chinchilla, chef de la mission de l'Organisation des États américains (OEA) au Brésil.

Le TSE invite à la vigilance pour que les incidents observés au premier tour ne se reproduisent pas. En même temps, il n’a pas le pouvoir d’empêcher les fausses nouvelles de se propager.

« Nous aimerions vraiment avoir une solution prête et efficace. Mais en fait, nous n’en avons pas. Les fausses nouvelles ne sont pas une nouveauté… Ce qui est nouveau, dans ce contexte électoral, c’est la vitesse de circulation et de diffusion de ces informations qui sont délétères », avoue Rosa Weber, présidente du TSE.

Les fake news, la désinformation qui vise à miner la crédibilité de la justice électorale, sont, selon moi, intolérables et méritent une réponse appropriée.

Rosa Weber, présidente du Tribunal suprême électoral

Heureusement, disent les autorités, rien ne peut rester anonyme sur les médias sociaux. Les coupables peuvent être retrouvés. Mais quand? Certainement pas avant le deuxième tour, qui se tiendra dans deux jours. Il faudra beaucoup de temps pour mener une véritable enquête.

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