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De Me LeBel à Madame la Ministre

Sonia Lebel qui s'apprête à signer.

Sonia LeBel est ministre de la Justice, des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne ainsi que de la Condition féminine dans le gouvernement Legault.

Photo : Radio-Canada

Elle n'a peut-être pas obtenu le poste qu'elle convoitait après son passage remarqué comme procureure à la commission Charbonneau, mais aujourd'hui, Sonia LeBel est ministre de la Justice. Portrait d'une femme travaillante qui a la justice à coeur.

Sonia LeBel s'est notamment fait connaître des Québécois par son rôle à la commission Charbonneau de 2012 à 2015, mais la nouvelle ministre a été, d'abord et avant tout, une procureure de la Couronne.

Diplômée du Barreau du Québec en 1991, Me LeBel était une avocate volontaire et combative. Féroce même, diraient certains avocats de la défense.

Elle est toutefois considérée par ses anciens adversaires du prétoire comme une avocate qui a du jugement. Venant d'avocats de la défense, il s'agit d'un compliment qui a de la valeur. Surtout quand il est fait par Me Danièle Roy, la présidente de l’Association des avocats de la défense de Montréal, une habituée des dossiers d’importance liés au crime organisé.

Dans sa bouche, « avoir du jugement », c’est être capable de lâcher du lest, de faire des compromis... par opposition à d'autres procureurs, entêtés, qui refusent de faire des concessions.

À la Couronne, avant que ça ne devienne le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), Sonia LeBel a été affectée à toutes sortes de dossiers criminels, allant de voies de fait et de menaces de mort à des vols qualifiés, en passant par le trafic de stupéfiants.

Elle a d'ailleurs consacré plusieurs années de sa carrière à poursuivre les trafiquants de drogue. Elle déployait une énergie formidable pour faire condamner des réseaux de trafiquants, des membres de gangs de rue, sans jamais fléchir. Sonia LeBel était une procureure efficace qui maîtrisait son droit.

Grève des procureurs de la Couronne

C'est en 2011 que l'avocate se fait remarquer du public, pendant le conflit de travail qui amène les procureurs de la Couronne à déclencher la grève. Spectacle unique et surprenant : des centaines d'avocats et d'avocates font du piquetage, en toge, devant les palais de justice partout au Québec pour dénoncer leurs conditions de travail.

C'est à ce moment que le public commence à prêter attention à leur rôle et à constater à quel point la justice est le parent pauvre des affaires de l’État.

Les procureurs de la Couronne exposent alors leurs conditions de travail de professionnels mal équipés, surchargés de travail et sous-payés. Plusieurs d'entre eux n'ont même pas d'ordinateurs. Bref, le public, sidéré, comprend mieux pourquoi il est plus tentant pour les avocats de talent de travailler pour des bureaux privés, en défense, plutôt que pour le secteur public, en poursuite.

À cette époque, Sonia LeBel est secrétaire de l'Association des procureurs de la Couronne du Québec. À ce titre, elle est sollicitée par les médias pour donner des entrevues.

L'avocate est volubile, éloquente. Elle ne se gêne pas pour faire connaître les revendications des procureurs. Elle est invitée à l'émission Tout le monde en parle, où son naturel séduit le plateau et le public.

Peu de temps après son passage sur le plateau de Guy A. Lepage, une loi spéciale force le retour au travail des procureurs.

Recrutée par France Charbonneau

L'ex-procureure en chef de la commission Charbonneau, Sonia LeBel.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'ex-procureure en chef de la commission Charbonneau, Sonia LeBel

Photo : Radio-Canada

Sur les entrefaites, Québec met la commission Charbonneau sur pied. Sonia LeBel est recrutée à titre de procureure par la juge France Charbonneau. L'année suivante, à l'automne 2012, elle remplace le procureur en chef qui vient de démissionner. Elle y met toutes ses énergies.

Personne n'a oublié les témoins coriaces contre lesquels elle se bute alors. Mais des témoins difficiles à interroger, Sonia LeBel en avait vu d'autres, notamment lors de ses procès contre des gangs de rue.

Cette fois, elle se colletaille avec des entrepreneurs récalcitrants, voire muets, ainsi qu'avec des politiciens peu enchantés d'être sur la sellette. On n'a qu'à penser aux ministres Nathalie Normandeau et Julie Boulet, de qui la population attendait des révélations qui ne sont pas venues.

Cependant, l'interrogatoire dont tout le monde se souvient, c'est celui particulièrement musclé qu'elle mène avec Michel Arsenault, alors président de la FTQ. L'épisode du claquement de doigts de la procureure en chef, pour attirer l'attention du témoin, a été mille fois commenté, critiqué, moqué.

Ce n'est assurément pas son meilleur coup, mais, deux ans plus tard, lors des reportages faisant le bilan de la commission, elle a l'humilité de le reconnaître et d'exprimer combien elle regrette ce geste qui lui a été reproché, à raison, et qui a laissé d'elle l'image d'une procureure arrogante et méprisante.

Sonia LeBel a travaillé fort et avec acharnement au cours de cette commission d'enquête; et, bien qu'elle n'ait pas fait l'unanimité, sans doute parce qu'elle pouvait être tranchante, personne ne lui a jamais reproché de ne pas y avoir mis les efforts.

L'après-commission Charbonneau

Sonia Lebel au micro. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Sonia Lebel lance sa campagne électorale dans Champlain.

Photo : Radio-Canada

La plupart des avocats de la commission ont obtenu des postes intéressants, à commencer par Me Denis Gallant qui a été nommé à la tête du Bureau de l'inspecteur général de Montréal.

L'après-commission Charbonneau s'est révélé un peu décevant pour l'avocate vedette qui espérait mieux que de retourner faire des procès au palais de justice de Montréal, même si on lui confiait des dossiers d'importance.

D'autant qu'en peu de temps, plusieurs organismes étaient en quête d'un patron, par exemple le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) et l'Unité permanente anticorruption (UPAC).

Elle aurait pu être nommée à un poste de procureur en chef, peut-être même accéder à la magistrature. Mais elle n'a rien obtenu de ce qu'elle espérait.

Personne n'a été étonné, donc, quand elle a quitté le DPCP en 2017 pour rejoindre les rangs de la CAQ. Personne ne croyait non plus qu'elle resterait bien longtemps dans l'ombre comme conseillère de François Legault.

Les personnes qui la connaissent savaient qu'elle serait candidate pour le parti et ministre de la Justice si elle était élue.

La justice à coeur

Sonia Lebel tout sourireAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La candidate caquiste dans Champlain, Sonia Lebel, a été élue.

Photo : Radio-Canada

Ses anciens collègues saluent sa nomination. Tous ceux qui ont été consultés pour cet article disent avoir la certitude qu'elle fera une « bonne job ».

Sonia LeBel est intelligente, c’est une battante, ce n’est pas une idéologue et elle est terre à terre.

Ce qui n’est pas à négliger, c’est qu’elle a l’intelligence de bien s'entourer pour les dossiers qu'elle ne maîtrise pas; par conséquent, personne n'est inquiet de sa performance à venir.

Elle n'avait pas que des amis à la Couronne, mais elle n'avait pas d'ennemis, de sorte que ses anciens collègues sont capables d’objectivité.

Surtout, ils savent combien elle a la justice à coeur.


Un texte de la journaliste et animatrice Isabelle Richer

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