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Pour généraliser la maternelle 4 ans, il faudrait plus de 1300 nouvelles classes

Lors de la récente campagne électorale, la Coalition avenir Québec avait promis de généraliser l'offre de la maternelle à tous les enfants de 4 ans. Photo: iStock
Jean-Philippe Robillard

Si le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) tient sa promesse d'étendre la maternelle à tous les enfants de 4 ans, Radio-Canada a appris qu'il manquera plus de 1300 classes, soit l'équivalent d'une soixantaine d'écoles, uniquement dans les commissions scolaires francophones de la grande région de Montréal. Une facture qui pourrait atteindre plusieurs centaines de millions de dollars.

Pendant la campagne électorale, le chef de la CAQ, François Legault, a promis de donner accès à la maternelle quatre ans à tous les petits Québécois. Il espère dépister ainsi plus tôt les enfants en difficulté d'apprentissage et augmenter le taux de diplomation. Un engagement qu'il a réitéré après son élection.

Pour concrétiser cet engagement, le gouvernement caquiste devra délier les cordons de sa bourse et injecter des millions de dollars dans la construction ou la location de nouveaux locaux. Autrement, les principales commissions scolaires de la région de Montréal manqueront de classes et de personnel.

Dans une courte échéance des prochains quatre ans, c'est quasiment impossible.

Catherine Harel Bourdon, présidente de la Commission scolaire de Montréal
Catherine Harel Bourdon, présidente de la CSDM.Catherine Harel-Bourdon, présidente de la CSDM. Photo : Radio-Canada

Selon nos informations, si tous les parents voulaient se prévaloir de ce nouveau service, la Commission scolaire de Montréal (CSDM) aurait besoin de 475 classes supplémentaires, ce qui nécessiterait l'équivalent de 23 nouvelles écoles primaires.

« On n'a pas ces terrains-là, on n'a pas ces classes-là et on n'a pas ce personnel-là, soutient Mme Harel Bourdon. On parle de plus de 475 enseignants et enseignantes, plus les suppléants pour les remplacer. Donc, on voit difficilement d'ici les quatre prochaines années comment on pourrait […] avoir tous ces enseignants-là et toutes ces classes-là. [...] C'est rêver en couleur de penser qu'on pourra, en quatre ans, avoir 475 classes et recruter 475 enseignants. »

À la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, il faudrait 300 classes de plus, soit l'équivalent de 15 écoles additionnelles, tandis que la Commission scolaire de la Pointe-de-l'Île aurait besoin de 130 classes supplémentaires.

La situation est la même dans la couronne nord et sur la Rive-Sud : là aussi, les directions des commissions scolaires se demandent comment elles pourraient étendre l'accès à la maternelle 4 ans à tous les enfants de leur territoire.

Dans la pénurie qu'on vit, c'est quand même peu réaliste.

Louise Lortie, présidente de la Commission scolaire de Laval

La Commission scolaire de Laval (CSDL) aurait besoin de 272 classes additionnelles, soit l’équivalent de 10 à 13 nouveaux établissements, si tous les parents voulaient se prévaloir de ce nouveau service.

La direction de la CSDL estime que l'implantation des maternelles 4 ans pourrait lui coûter près de 285 millions de dollars pour acquérir des terrains, bâtir des écoles et embaucher du personnel.

« C'est quand même un grand défi d'espaces pour nous, mais aussi un défi de trouver du personnel qualifié », souligne Louise Lortie.

« Des enseignants et des enseignantes sortent des facultés, mais leur nombre n’est pas suffisant pour nos besoins actuels, ajoute la présidente de la CSL. Alors, je peux imaginer qu'avec les besoins pour la maternelle 4 ans, le défi sera insurmontable, je dirais, dans les cinq ans. »

À la Commission scolaire Marie-Victorin, on estime avoir besoin de 180 nouvelles classes pour mettre en place la maternelle 4 ans.

L'engagement qu'on a pris, c'est que, dans cinq ans, tous les enfants qui le veulent pourront avoir une place.

François Legault, premier ministre du Québec
Le premier ministre du Québec, François LegaultLe premier ministre désigné du Québec, François Legault, lors d'une entrevue accordée à Radio-Canada, jeudi, à Erevan. Photo : Radio-Canada

En entrevue avec l'animateur Patrice Roy, le chef de la CAQ a reconnu qu'il devra d'ici là se tourner vers les centres de la petite enfance (CPE) et les garderies pour veiller à dépister le plus tôt possible les enfants en difficulté d'apprentissage.

Une idée qui plaît à la présidente de la CSDM.

« Si on est sur une période à long terme de collaboration entre les CPE et les garderies, de faire vraiment un projet d'intervention précoce chez les 4 ans, je pense que c'est réalisable », estime Catherine Harel Bourdon.

Entrevue avec le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge

En entrevue au Téléjournal Grand Montréal, lundi, le nouveau ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, s'est dit d'accord avec Mmes Lortie et Harel Bourdon sur l'impossibilité d'atteindre les objectifs visés à court terme.

« Ça ne marchera pas si on voulait le faire pour demain ou pour septembre prochain. On s’est donné cinq ans pour le réussir, en sachant que, dès septembre prochain, on va ajouter quelques centaines de classes à la grandeur du Québec. Mais à partir de 2019, 2020, 2021, 2022, on pourra en ajouter davantage, parce qu’on va avoir changé la façon de prendre les décisions », a-t-il expliqué.

La porte-parole libérale en matière d’éducation, Marwah Rizqy, croit pour sa part qu'il faut « qu’on puisse rapidement comprendre s’ils ont des troubles d’apprentissage, immédiatement investir à partir de 0, pas juste à 4 ans. De 0 à 3 ans, il y a aussi du travail à faire ». À ce chapitre, la députée mise sur les Centres de la petite enfance (CPE).

L'Association québécoise des CPE estime également que pour dépister rapidement les enfants qui ont des difficultés d'apprentissage, le gouvernement doit d’abord miser sur le réseau et y ajouter des ressources.

À l'heure actuelle, on compte 289 classes de maternelle 4 ans au Québec.

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