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Élections de mi-mandat : Flint hésite entre activisme politique et indifférence

Homer Norris fait la queue pour mettre la main sur des caisses d'eau embouteillée.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

C'est un rituel que vous ne verrez nulle part ailleurs aux États-Unis. Des phares éclairent le stationnement de l'église Asbury United Methodist. Il n'est même pas 6 h du matin en ce mardi matin frisquet, et déjà des résidents commencent à faire la file. À Flint, ville industrielle déchue, pauvre, violente, à majorité noire, les citoyens doivent encore se fier aux églises et aux associations caritatives pour avoir accès à l'eau potable.

Un texte de Philippe Leblanc

Derrière son volant, Homer Norris écoute la radio et joue à des jeux sur son téléphone pour passer le temps. Il espère mettre la main sur huit caisses d'eau embouteillée.

« On nous dit que ça s'améliore, affirme-t-il, mais je ne peux pas encore utiliser l'eau de mon robinet pour me laver. Ça fera bientôt cinq ans que c'est comme ça. Il est hors de question de boire cette eau. Elle est toxique. »

En 2014, la ville surendettée de Flint, alors sous la tutelle de l'État du Michigan, a privatisé son réseau d'eau potable pour réduire ses dépenses. Elle s'est approvisionnée dans la rivière que tous savaient polluée par l'usine de General Motors depuis des années.

L'eau corrosive et mal filtrée a rongé les vieilles canalisations. Cette eau arrivait dans les robinets, chargée de plomb et pouvant causer des maladies. Le plomb s'attaque au système cognitif et peut provoquer des retards d'apprentissage chez les enfants.

Il faut se débarrasser de notre gouverneur républicain, lance Homer en haussant le ton. Il a caché de l'information sur notre eau toxique pendant des années.

Homer Norris, un résident de Flint

La machine démocrate

Une pancarte jaune invitant les gens à aller voter aux élections de mi-mandat.

Les résidents de Flint sont divisés. Les Blancs et les Noirs. Les quelques riches et les moins nantis. Les engagés et les désillusionnés.

Photo : Radio-Canada

Dans un autre quartier de Flint, Arthur Hunter et des amis de l'église Cathedral of Faith font du porte-à-porte pour les démocrates.

Le pasteur a accordé son appui au parti, et les bénévoles tentent maintenant de contrer le désenchantement des électeurs, un des principaux ennemis des démocrates aux dernières élections.

Aux présidentielles de 2016, le Michigan a été un des États à fournir les clés de la Maison-Blanche à Donald Trump. Il a été le premier républicain en 28 ans à remporter le Michigan, une victoire qui repose sur à peine 11 000 voix.

Beaucoup d'électeurs se sont abstenus de voter, et le candidat libertarien a récolté plus de 172 000 votes. « C'est différent cette fois, croit Arthur Hunter. Les gens ont un plus grand intérêt et ils me posent plus de questions sur les élections. »

Il faut dire que les démocrates, qui pourraient remporter la majorité des sièges en jeu, ne ménagent aucun effort. L’ex-président Barack Obama est même venu participer à un grand rassemblement à Détroit vendredi dernier.

Le parti espère entre autres obtenir le poste de gouverneur et faire élire au Congrès américain Rashida Tlaib, la première femme musulmane.

Je dis aux gens que c'est encore plus important de voter cette fois-ci, parce qu'on a un idiot en tant que président. Nous avons un dictateur, pas un président!

Homer Norris, un résident de Flint

Promesses brisées

L'activiste LeeAnne Walters en compagnie de ses deux jumeaux de sept ans, Garrett et Gavin.

L'activiste LeeAnne Walters en compagnie de ses deux jumeaux de sept ans, Garrett et Gavin.

Photo : Radio-Canada

L'activiste LeeAnne Walters nous reçoit dans son salon. Elle accorde un après-midi de congé à ses enfants à qui elle enseigne à la maison. Elle a remporté un prestigieux prix environnemental pour avoir lancé le mouvement citoyen qui a révélé la crise de l'eau potable à Flint.

La contamination au plomb semble avoir engendré des retards d'apprentissage chez ses deux jumeaux de sept ans, Garrett et Gavin.

Comment pouvons-nous faire confiance aux politiciens? Ils n'ont rien fait pour gagner notre confiance à Flint.

LeeAnne Walters, résidente de Flint

Après des années de promesses brisées, LeeAnne et ses amis Keri Webber et Arthur Woodson, qui discutent politique sur son divan, trouvent difficile de faire confiance aux politiciens.

Républicains ou démocrates, c'est du pareil au même pour eux. Ils racontent que même Barack Obama et Hillary Clinton leur ont tourné le dos, gifle dont ils ne se sont pas encore remis.

« Le gouverneur républicain Rick Snyder quitte la politique, précise Arthur Woodson, mais son personnel politique et son entourage se rangent derrière la candidate démocrate Gretchen Whitmer. Est-ce que les démocrates lui ont promis quelque chose? Comment expliquer cette situation? »

Les enjeux locaux

L'activiste LeeAnne (gauche) et ses amis Keri Webber et Arthur Woodson discutent politique sur son divan.

L'activiste LeeAnne (gauche) et ses amis Keri Webber et Arthur Woodson discutent politique sur son divan.

Photo : Radio-Canada

Pour LeeAnne, Keri et Arthur, ce sont les enjeux locaux qui sont importants. Voter démocrate pour contrer Trump à Washington ne les intéresse pas.

« Nos problèmes sont beaucoup plus pressants que le climat politique américain, répond Keri Webber, c'est la santé de nos enfants qui est en jeu. »

Les résidents de Flint sont divisés. Les Blancs et les Noirs. Les quelques riches et les moins nantis. Les engagés et les désillusionnés. Mais les citoyens de Flint sont aussi patients et résilients.

Homer Norris a finalement obtenu ses huit caisses d'eau. Il reviendra la semaine prochaine pour avoir de l'eau et aussi pour aider à sa distribution. L'entraide locale prime plus que tout à Flint.

Donald Trump, président des États-Unis

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