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Partage des pourboires en restauration : la CAQ appelée à se positionner

Un cuisinier à l'oeuvre dans la cuisine d'un restaurant.
Un cuisinier à l'oeuvre dans la cuisine d'un restaurant. Photo: iStock / gorodenkoff
Radio-Canada

Après avoir été déçue par le précédent gouvernement libéral, l'Association des restaurateurs du Québec (ARQ) reprend son bâton de pèlerin. Son objectif : amener le nouveau gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) à modifier la loi qui encadre le partage des pourboires. « On veut rapidement être fixé », avertit l'ARQ.

Un texte d’Alexandre Duval

Depuis des années, des restaurateurs affirment qu’un bon moyen pour lutter contre la pénurie de cuisiniers serait de partager les pourboires obtenus par les serveurs.

Or, la Loi sur les normes du travail ne permet pas aux employeurs d’imposer ni même d’évoquer cette idée. Ce sont les serveurs qui doivent volontairement consentir à redonner une partie de leur pourboire.

« Il est temps, selon nous, d'apporter des correctifs », lance François Meunier, vice-président aux affaires publiques et gouvernementales pour l’ARQ. « On demande uniquement un peu plus de souplesse. »

Un nouveau restaurant qui ouvre ses portes n'a pas la capacité d'imposer le partage des pourboires, même si l'ensemble des travailleurs y consentent!

François Meunier, vice-président aux affaires publiques et gouvernementales pour l'Association des restaurateurs du Québec
François Meunier, vice-président aux affaires publiques et gouvernementales pour l'Association des restaurateurs du QuébecFrançois Meunier, vice-président aux affaires publiques et gouvernementales pour l'Association des restaurateurs du Québec Photo : Radio-Canada

Au printemps dernier, le gouvernement Couillard avait refusé d’inclure cette mesure dans sa réforme de la Loi sur les normes du travail.

La prise de pouvoir de la CAQ représente une opportunité, selon M. Meunier, d’autant plus que François Legault a souvent parlé de l’importance de créer des emplois avec des salaires élevés.

L’ARQ n’a pas perdu de temps : quatre jours après le dévoilement du Cabinet de François Legault, l’ARQ a envoyé une lettre au nouveau ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, afin d’obtenir une rencontre avec lui.

Aucune date n'a encore été fixée, cependant.

« Ça va empirer! »

M. Meunier rappelle que l’écart de salaire entre les serveurs et les cuisiniers est considérable. Selon l’ARQ, le taux horaire moyen se situe entre 26 $ et 27 $ pour les serveurs, alors qu’il n’est que de 16 $ ou 17 $ pour les cuisiniers.

« C'est de comprendre que, finalement, quand le client laisse du pourboire dans un restaurant, il le laisse pour l'ensemble de la qualité du service, lance M. Meunier. C'est un travail d'équipe. »

L’ARQ reconnaît que le partage des pourboires ne réglera pas tous les problèmes, mais martèle qu’il faut rapidement poser des gestes pour atténuer la pénurie de main-d’œuvre en cuisine.

« On a recruté 40 % à 50 % de notre main-d'oeuvre chez les 24 ans et moins depuis les deux dernières décennies. Or, c'est le groupe d'âge qui va le plus réduire en nombre! En fait, on va atteindre le creux en 2021-2022. »

Ça va empirer! Je pense que tout le monde comprend qu'on ne se dirige pas vers des jours meilleurs.

François Meunier, vice-président aux affaires publiques et gouvernementales pour l'Association des restaurateurs du Québec

Le ministre « sensible »

À peine entré dans ses nouvelles fonctions, le ministre Boulet a préféré ne pas accorder d’entrevue à Radio-Canada, le temps de prendre connaissance de ses dossiers.

Par courriel, il a toutefois assuré qu’il était « sensible à l’enjeu de l’écart salarial entre les salariés au pourboire et les autres salariés d’un même établissement dans le secteur de l’hébergement et de la restauration ».

« Nous allons rencontrer l’Association [des restaurateurs du Québec] pour avoir l’heure juste et nous prendrons ensuite une position officielle dans ce dossier », conclut-il.

Une idée qui fonctionne

Bien que les employeurs ne puissent pas imposer une convention de partage des pourboires, cela existe dans plusieurs établissements où les serveurs y ont eux-mêmes consenti.

C’est le cas au restaurant Chez Boulay – bistro boréal, à Québec. Le chef et copropriétaire, Arnaud Marchand, explique que grâce au partage des pourboires, les cuisiniers touchent de 1 $ à 2 $ l’heure de plus, ce qui réduit l’écart salarial avec les serveurs.

Selon lui, il faut que ces conventions puissent être rendues obligatoires par les employeurs, mais avec des limites claires.

Ce qui est important, c’est que les propriétaires aient un pouvoir de le mettre en place, mais sans en prendre le contrôle.

Arnaud Marchand, chef et copropriétaire de Chez Boulay - bistro boréal

Tout comme l’ARQ, M. Marchand croit cependant que la pénurie de main-d’œuvre en cuisine nécessite un ensemble de solutions, comme des mesures qui favorisent la qualité de vie et l’avancement professionnel.

« Je ne pense pas que ça prend juste des pourboires pour garder le personnel au sein de l’équipe, même si c’est quand même très apprécié de chacun des cuisiniers quand ils ont les pourboires. »

Québec

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