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Jour de vote pour la diaspora brésilienne au Canada

Au Brésil, un deuxième tour pour élire le président aura lieu le 28 octobre.

Les unes des journaux brésiliens au lendemain du premier tour de la présidentielle.

Photo : The Associated Press / Leo Correa

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les Canadiens ayant la double nationalité et les immigrants d'origine brésilienne qui vivent au pays sont appelés aux urnes dimanche pour élire au second tour le président du Brésil. Dans leur pays ou à l'étranger, le vote est obligatoire pour les Brésiliens.

Un texte de Jean-Philippe Nadeau

Les Brésiliens au pays n'ont plus d'association pour parler en leur nom d'une seule voix et la Chambre de Commerce Brésil-Canada n'a pas voulu nous accorder d'entrevue, parce qu'elle se dit apolitique.

Ils seront toutefois nombreux à se déplacer pour ce second tour à en croire le consulat de Toronto, qui a dû réserver une école de la ville pour organiser le scrutin à cause de la forte mobilisation au premier tour. Les Torontois que nous avons rencontrés affirment que les Brésiliens ont le choix entre la peste et le choléra au second tour de ces présidentielles.

C'est le cas de Regina Garchet Filippov qui vit au pays depuis 1968 après avoir immigré d'abord en Australie trois ans plus tôt. Mon mari ne voulait plus vivre au Brésil, parce qu'il n'y avait pas de travail dans le textile, se souvient-elle. Mme Filippov, 79 ans, n'a donc vécu au Brésil que durant la première année de la dictature militaire qui a contrôlé le pays d'une main de fer de 1964 à 1985.

On voit Regina Garchet Filippov en train de lire dans son appartement à Toronto.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Regina Garchet Filippov à son domicile à Toronto

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Nadeau

Son mari, Alexander Filippov est né de parents russes en Mandchourie sous l'occupation japonaise de 1931 à 1945. Lorsque la Chine a repris le contrôle de la Mandchourie, le régime communiste a demandé aux Russes de la minorité de quitter le territoire. Les beaux-parents de Mme Filippov ont donc immigré au Brésil, parce qu'il était hors de question d'aller vivre en URSS.

Mme Filippov a travaillé à Radio Canada International, où elle était notamment l'animatrice de l'émission Courrier International à la section portugaise. Elle a quitté Montréal trois ans plus tard pour l'Ontario, où son mari avait finalement décroché un emploi dans le textile à Hamilton.

On voit la page frontispice du magazine canadien Wave, un bimensuel en langues anglaise et portugaise.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La page frontispice du magazine canadien bilingue Wave

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Nadeau

Mme Filippov, dont les parents sont d'origine suisse, est aujourd'hui divorcée. Son fils vit en Ontario et sa fille, au Brésil. À l'époque, j'allais voir mes parents au Brésil durant la dictature, mais j'ai cessé d'y aller durant quelques années lorsqu'ils sont décédés. Elle avoue que ses parents n'étaient pas politisés et qu'ils n'ont jamais été inquiétés. Mais la loi et l'ordre régnaient partout. Il n'y avait presque plus de libertés.

On voit de vieilles photos de Regina Garchet dans les années 1960 au Brésil.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Regina Garchet Filippov dans les années 1960 au Brésil

Photo : gracieuseté: Regina Filippov / Jean-Philippe Nadeau

Dagmar Nogueira, 52 ans, se souvient davantage de cette période. On portait l'uniforme à l'école, on ne pouvait aller où on voulait, parce que les déplacements étaient contrôlés et les autorités étaient suspicieuses, mais étant donné que je ne connaissais pas encore la démocratie, je ne me rendais pas compte de ce qu'on manquait en termes de liberté.

Mme Nogueira a immigré au Canada en 2008 après avoir rencontré un Canado-Brésilien quatre ans plus tôt. Elle se souvient de l'allégresse qui a éclaté au grand jour lorsque les militaires ont accepté en 1985 le retour à la démocratie avec le multipartisme et les élections libres.

Je goûtais enfin à la liberté, les gens souriaient, nous étions remplis d'espoir et nous pensions que le meilleur était encore à venir.

Dagmar Nogueira

Mme Filippov ajoute que la corruption et la violence qui affligent aujourd'hui le Brésil n'existaient pas. Les gens avaient trop peur de faire quoi que ce soit de répréhensible, dit-elle. Si la dictature a apporté quelque chose de bon, c'est d'avoir éradiqué la corruption, mais la lutte contre ce fléau ne mérite en aucun cas de violer les libertés civiles.

Mme Filippov ne croit toutefois pas que le Brésil connaîtra à nouveau la dictature si le candidat Bolsonaro devait remporter le second tour de l'élection, même si cet ancien militaire ne cache pas son admiration pour cette période sombre de l'histoire brésilienne. Je doute qu'il ose nous faire revenir en arrière, mais j'ai peur que le pays ne se rétablisse jamais économiquement s'il devait être élu.

Jair Bolsonaro, candidat à la présidence du Parti national social libéral (NSBP), salue ses partisans alors qu'un membre de son équipe de sécurité le conduit, dans le quartier de Ceilandia, au Brésil, le mercredi 5 septembre 2018. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jair Bolsonaro, ancien capitaine d’armée, provocateur au verbe enflammé, nostalgique de la dictature, est devenu le favori des pronostics.

Photo : The Associated Press / Eraldo Peres

L'ancienne animatrice de RCI ajoute que ses compatriotes sont toutefois lassés et qu'ils voteront pour le changement qu'incarne Bolsonaro.

Le choix qu'on nous offre aujourd'hui est le statu quo en la personne d'Haddad ou l'incertitude en la personne de Bolsonaro.

Regina Filippov

Selon elle, Bolsonaro n'aura toutefois pas le choix de former une coalition avec la droite, parce que son parti d'extrême droite est trop petit. Depuis qu'elle a 70 ans, Mme Filippov n'est plus obligée de voter. Je n'ai donc pas voté au premier tour et il est hors de question que j'aille voter pour l'un des deux candidats au second tour de dimanche.

Christian Pedersen, 37 ans, est pour sa part confus par rapport à la situation dans son pays. Il n'aime aucun des candidats du second tour. Je pense qu'il est toutefois exagéré de dire que Bolsonaro est d'allégeance d'extrême droite, mais il a très mauvaise réputation après ses commentaires sur les gais et les femmes.

On voit le journaliste Christian Pedersen au balcon de son appartement à Toronto.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le journaliste Christian Pedersen au balcon de son appartement à Toronto

Photo : gracieuseté: Christian Pedersen

Ce Brésilien d'origine danoise a quitté le Brésil en 2002 pour un Canadien qu'il a depuis épousé. Ce journaliste vit aujourd'hui à Toronto, où il travaille pour le magazine de langue portugaise Wave. Je ne vais aller voter que pour conserver mon passeport, mais j'ignore encore pour qui - peut-être blanc -, mais bien des personnes pensent comme moi, dit-il.

Regina Filippov pense aussi que Jair Bolsonaro est un politicien sexiste, homophobe, sournois et calculateur.

Bolsonaro sera notre président Trump à nous et Fernando Haddad n'est que la marionnette de Lula, qui le manipule depuis sa prison.

Regina Filippov

Mme Nogueira pense la même chose et dit regretter que ses compatriotes soient si naïfs et si peu informés. Les Brésiliens n'ont aucune mémoire après les événements des années 1970, souligne-t-elle.

On voit Dagmar Nogueira qui travaille comme puéricultrice dans un jardin d'enfants de Toronto.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Dagmar Nogueira travaille comme puéricultrice dans un jardin d'enfants de Toronto.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Nadeau

Mme Nogueira compte aller voter, mais par défaut, parce que son candidat préféré a été éliminé de la course après être arrivé troisième au premier tour. Je n'ai pas le choix, je vais voter pour le Parti des travailleurs de Haddad pour barrer la route à Bolsonaro, mais j'ai honte de le faire, explique-t-elle en pleurant.

Ce sont deux mauvais choix et je crains que tous les deux ne tentent de réécrire la constitution, ce qui serait effrayant au niveau de nos libertés.

Dagmar Nogueira

Christian Pedersen dit craindre lui aussi pour les droits de ses amis qui sont restés au Brésil. Bolsonaro est très fort dans les sondages, il risque de l'emporter et cela fait peur, parce qu'on ne sait pas trop à quoi s'attendre de lui. Il ne croit pas lui non plus que le pays deviendra une dictature comme en 1964.

Cela ressemblera toutefois à un mélange de Brésil à la Trump avec des aspects radicaux de la société vénézuélienne.

Christian Pedersen

Le journaliste pense que la société deviendra encore plus violente si Jair Bolsonaro est élu. Il s'est prononcé en faveur du port d'arme pour que les citoyens puissent se défendre eux-mêmes, ce qui n'augure rien de bon. Fernando Haddad n'est, selon lui, pas mieux, parce qu'il traîne des scandales à l'époque où il était maire de Sao Paulo et qu'il est associé à Lula. Il faudra choisir entre le moins pire des deux, conclut-il.

Un homme aux cheveux grisonnants marche parmi les photographes et caméramans. Il porte un veston et sourit légèrement. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Fernando Haddad, ancien maire de Sao Paulo, avait été choisi comme alternative si la candidature de Lula à l'élection présidentielle 2018 venait à être invalidée.

Photo : Getty Images / AFP/Nelson Almeida

Mme Nogueira ne croit toutefois pas que le Brésil devienne comme le Venezuela si jamais Fernando Haddad remporte la majorité des suffrages comme l'a prétendu Jair Bolsonaro durant la campagne.

Elle pense néanmoins que la corruption ne sera pas endiguée si le statu quo demeure. Mme Filippov est du même avis. Le Brésil est dans un état lamentable, la corruption gangrène la société depuis que Lula a pris le pouvoir il y a 15 ans, dit-elle.

Mme Filippov s'attend à ce que le pays soit secoué par des manifestations de la part des partisans du candidat qui perdra le second tour. Mme Nogueira se dit pour sa part convaincue que de nombreux Brésiliens frapperont à la porte du Canada pour émigrer, parce que le pays sera intenable selon elle... surtout si Bolsonaro gagne l'élection présidentielle.

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