•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Faute de cannabis, la SQDC ferme du lundi au mercredi

Le reportage de Catherine Kovacs
Radio-Canada

Les toutes nouvelles succursales de la Société québécoise du cannabis (SQDC) seront désormais fermées les lundis, mardis et mercredis, et ce, pour une durée indéterminée. Il n'y a tout simplement pas assez de cannabis à vendre.

Depuis la légalisation il y a dix jours, les boutiques de la SQDC ont été prises d’assaut par les consommateurs, ce qui a mené à des ruptures de stock sur bon nombre de produits. La SQDC avait prévu cet achalandage, mais indique que ce sont les fournisseurs qui ne suffisent pas à la tâche.

Elle avait d’ailleurs admis dès le milieu de la semaine que le maintien de son réseau de succursales serait un « défi ».

« Jusqu'à ce que la disponibilité des produits se soit stabilisée, nos magasins seront fermés les lundis, mardis et mercredis », a écrit la SQDC dans une publication sur les réseaux sociaux.

« Nous croyons ainsi pouvoir desservir nos clients de meilleure façon en concentrant nos heures d'ouverture sur quatre jours, (et) leur éviter autant que possible de se déplacer inutilement », a ajouté la SQDC, se disant « sincèrement désolée ».

Des spécialistes du cannabis à Montréal

Si la SQDC est victime de son succès, il reste que l’industrie du cannabis est en pleine expansion au pays. D’ailleurs, la plupart des gens qui œuvrent dans le domaine sont réunis à Montréal vendredi et samedi, à l’occasion de l’ « Expo cannabis ».

Et les intervenants rencontrés par Radio-Canada ont leur opinion sur la défaillance de la SQDC. Pour José Dominguez, consultant dans le milieu du cannabis, la société d'État a sa part de blâme à prendre. « Les ententes avaient été signées avec un certain nombre d’approvisionnements. Je pense que la faute doit retomber sur la SQDC, qui a probablement mal prévu la demande et l’engouement de départ », dit-il.

Evan Morris, président-directeur général du producteur de cannabis Cannara, « il n’y a pas assez de producteurs avec un permis ». « Notre application est déjà donnée à Santé Canada, alors ça va prendre du temps, mais nous sommes patients », dit-il.

Au Québec, il n’y a qu’une dizaine de producteurs, indique pour sa part Maxime Guérin, avocat spécialisé en démarrage d’entreprises liées au cannabis, mais ils n’ont pas tous un permis pour vendre du cannabis à la SQDC.

« Ça prend un permis pour produire, et un autre pour vendre, donc c’est encore une étape de plus », dit-il.

Toujours selon M. Guérin, les délais pour obtenir un tel permis de la part de Santé Canada sont actuellement de six à dix mois.

Une solution pourrait être d’autoriser des micro-producteurs, clame-t-il. « Le marché est encore disponible. Il y a encore de la place pour beaucoup de joueurs. »

Sortir des produits différents, sortir des produits du terroir, quelque chose qui va vraiment être québécois… J’ai l’impression que c’est ça qui va nous permettre de renflouer les coffres de la SQDC.

Maxime Guérin, consultant en cannabis

« Normal »

Le professeur Bruno Larue, membre du Centre de recherche en économie de l'environnement, de l'agroalimentaire, des transports et de l'énergie à l’Université Laval, voit quand à lui un problème d'offre et de demande.

« Il y a un nombre limité de point de vente, donc les gens font la queue, et quand on perd du temps, on se procure une plus grande quantité que si on n’a pas besoin de faire la queue », a-t-il expliqué au micro de l'émission Le 15-18.

« Aussi, quand il y a des produits qui commencent à manquer, il y a des gens qui voient une opportunité pour la revente. Ils achètent plus de produits qu’autrement », ajoute-t-il.

Ce sont des situations "normales" quand on a un produit pour lequel il y a un grand enthousiasme.

Bruno Larue, professeur, Université Laval

La FTQ inquiète

L'annonce de la SQDC est survenue quelques heures à peine après que le président de la FTQ, Daniel Boyer, se fut inquiété des répercussions sur les emplois des problèmes d'approvisionnement de la société d'État. Deux grands syndicats de la FTQ ont déposé des requêtes en accréditation pour représenter ces travailleurs.

Au cours d'une entrevue avec La Presse canadienne, M. Boyer avait dit craindre que des mises à pied soient faites chez ces travailleurs. Ils n'ont pas à faire les frais d'une mauvaise planification des achats ou de la production, a-t-il fait valoir.

« Il y a une grande part d'improvisation dans tout ça. C'est sûr qu'il y a un engouement. On aurait pu s'attendre à ce qu'il y ait un problème d'approvisionnement, mais on ne voit pas la lumière au bout du tunnel, à savoir quand la SQDC va être en mesure de fournir du cannabis à l'ensemble des gens qui veulent en acheter. Pour ça, j'avoue qu'on est très inquiet », a commenté M. Boyer.

Deux des organisations syndicales qui ont déposé des requêtes en accréditation pour représenter des travailleurs de la Société du cannabis, soit les Travailleurs unis de l'alimentation et du commerce (TUAC) et le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), sont affiliées à la FTQ, qui est la plus grande centrale syndicale du Québec. La troisième organisation est le Syndicat des employés de magasins et de bureaux de la Société des alcools, affilié à la CSN.

Pour le premier ministre Legault, il n'est toujours pas question de permettre à l'entreprise privée de vendre du cannabis. Il se dit toujours « très inquiet de l'impact de la consommation de cannabis chez les jeunes » et, pour cette raison, tient à ce que ce soit une société d'État qui s'occupe de la vente.

Aux côtés de la mairesse Valérie Plante, lors d'une conférence de presse conjointe à Montréal, il s'est dit conscient du fait qu'il faudra bien trouver un endroit où les fumeurs de cannabis pourront consommer, dans un contexte où 60 % des Montréalais sont locataires et que les propriétaires ont le droit d'interdire de fumer dans leurs logements.

Avec les informations de La Presse canadienne

Drogues et stupéfiants

Économie