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« Tous les responsables » de cette « barbarie » doivent être punis, plaide la fiancée de Jamal Khashoggi

La fiancée de Jamal Khashoggi, Hatice Cengiz, attendant des nouvelles de son mari devant le consulat saoudien d'Istanbul, le 3 octobre. Photo: Getty Images / OZAN KOSE
Radio-Canada

Justice doit être rendue à Jamal Khashoggi, soutient sa fiancée dans une entrevue où elle revient une première fois sur ce qu'elle a vécu après que son conjoint est entré dans le consulat saoudien d'Istanbul, le 2 octobre, où il a été assassiné.

« Ma demande est que tous les responsables impliqués dans cette barbarie, du plus bas au plus haut niveau, soient punis et traduits en justice », a déclaré Hatice Cengiz vendredi à la chaîne turque Habertürk.

M. Khashoggi, qui critiquait la monarchie saoudienne dans des chroniques publiées par le Washington Post, est mort après s’être rendu au consulat saoudien pour obtenir un document lui permettant d'épouser Mme Cengiz.

C'est cette dernière qui, inquiète de ne pas le voir sortir de la représentation diplomatique devant laquelle elle attendait, a alerté les autorités turques, déclenchant ce qui est devenu une crise diplomatique d’envergure internationale.

Je me suis mise à trembler de tout mon corps quand j'ai compris qu'il lui était arrivé quelque chose. Tout à coup, une peur immense s'est abattue sur moi.

Hatice Cengiz

Selon Mme Cengiz, Jamal Khashoggi craignait bel et bien que sa visite au consulat ne donne lieu à des tensions, mais il ne pensait pas que les autorités saoudiennes cherchaient à l’interroger, voire à l’arrêter.

Il avait d’ailleurs été bien reçu lors d’une première visite au même consulat, le 28 septembre, affirme-t-elle.

« Il croyait que la Turquie était un pays sûr »

Mme Cengiz affirme que le consulat ne l’a pas autorisée à entrer avec son fiancé le 2 octobre. Lorsqu'elle a constaté qu'il n'en sortait pas, elle a appelé l'accueil du consulat. « On m'a répondu qu'il n'y avait plus personne à l'intérieur », relate-t-elle.

C'est à ce moment qu'elle a suivi un conseil que lui avait déjà donné M. Khashoggi : en cas de problème, contacte Yasin Aktay, conseiller du président turc Recep Tayyip Erdogan.

« Son réseau local en Turquie était très bon, comme vous le savez, tout comme son réseau politique », a-t-elle souligné. « Il croyait que la Turquie était un pays sûr, que s’il devait être détenu ou interrogé, ce serait résolu rapidement. »

Je suis dans une noirceur que je ne peux exprimer. [...] Jamais une telle chose ne m’avait traversé l’esprit.

Hatice Cengiz

Hatice Cengiz affirme par ailleurs que personne au sein de la monarchie saoudienne ne l’a contactée pour lui offrir des condoléances.

Elle a toutefois parlé au secrétaire d’État américain Mike Pompeo, qui l’a appelée pour discuter de l’affaire. Elle dit lui avoir demandé s’il avait une quelconque nouvelle pouvant la rendre heureuse. « Mais il a dit qu’il n’en avait pas », a-t-elle expliqué.

Mme Cengiz a aussi dit avoir refusé une invitation du président américain. « Trump m'a invitée aux États-Unis, mais cela m'a semblé être destiné à rallier l'opinion publique », a-t-elle indiqué.

Le fils de Khashoggi aux États-Unis

Le fils de Jamal Khashoggi a pour sa part quitté l'Arabie saoudite et est arrivé jeudi à Washington, selon des médias américains, qui citent des sources proches de sa famille.

Mohammed ben Salmane serre la main de Salah Khashoggi.Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, a offert mardi ses condoléances au fils de la victime, Salah Khashoggi. Ce dernier a quitté le pays peu après. Photo : La Presse canadienne / Saudi Press Agency

Selon ces sources, le jeune homme a la citoyenneté américaine et saoudienne, mais la monarchie saoudienne lui interdisait de quitter le pays.

Un porte-parole du département d'État américain, Robert Palladino, a affirmé hier que Washington était « heureux » qu'il ait pu quitter l'Arabie saoudite.

Selon lui, Mike Pompeo avait « clairement » indiqué aux autorités saoudiennes que les États-Unis souhaitaient qu'il soit libre de quitter le pays.

Salah Khashoggi est apparu en public une première fois mardi, lorsqu'il a reçu les condoléances du roi Salmane et de son fils, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, considéré comme le véritable homme fort du Royaume.

Celui que l'on appelle MBS est au coeur de la tourmente dans cette affaire, dans la mesure où plusieurs des principaux suspects dans l'assassinat de Jamal Khashoggi gravitaient dans son entourage immédiat, selon des médias turcs et américains.

La Turquie demande l'extradition de 18 Saoudiens

Le parquet d'Istanbul a demandé vendredi à ce que les 18 Saoudiens arrêtés par la monarchie la fin de semaine dernière soient extradés en Turquie pour y être jugés.

Il est loin d'être certain que Riyad accédera à cette demande, dans la mesure où le consulat où le meurtre de M. Khashoggi a été commis est considéré comme un territoire saoudien.

Plus tôt dans la journée, le président Erdogan a annoncé que le procureur général d'Arabie saoudite doit rencontrer son homologue turc dimanche à Istanbul.

Il a aussi affirmé que les autorités turques, qui poursuivent toujours leur enquête, sont en possession « d'autres éléments » de preuve liés au meurtre.

M. Erdogan a aussi rappelé qu'Ankara attend toujours que Riyad explique ce qu'il est advenu du corps de Jamal Khashoggi.

Selon les dernières explications en provenance de Riyad, la dépouille du chroniqueur aurait été confiée à un « collaborateur local » en Turquie, qui n'a jamais été identifié.

Depuis une semaine, les autorités saoudiennes ne cessent de changer leur version dans cette affaire. Après avoir affirmé pendant 18 jours que Jamal Khashoggi avait quitté son consulat, elles ont fini par admettre samedi dernier qu'il y est mort.

Riyad a d'abord avancé qu'il avait été tué dans une « bagarre » qui a mal tourné, avant de préciser qu'il avait été étranglé lors d'une opération qui n'avait pas été autorisée.

Le procureur général d'Arabie saoudite a finalement déclaré jeudi que, sur la base d'informations fournies par la Turquie, les suspects accusés du meurtre du journaliste Jamal Khashoggi avaient commis un acte « prémédité ».

Trudeau appelle Erdogan

Justin Trudeau et le président Erdogan ont eu un entretien téléphonique pour discuter de l'affaire Khashoggi, a fait savoir vendredi le bureau du premier ministre canadien.

Les deux hommes ont discuté de l'enquête en cours et de la réponse de la communauté internationale à cette affaire, indique-t-il laconiquement.

Plus tôt cette semaine, la ministre canadienne des Affaires étrangères avait indiqué avoir discuté de la situation à deux reprises avec son homologue turc.

Avec les informations de Agence France-Presse, Associated Press, et Reuters

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