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Autour de l'icône RuPaul, le phénomène drag-queen sort du placard

Portrait de la draq-queen maquillée.

La drag-queen Shannel a participé à la première saison de l'émission Drag Race.

Photo : Reuters / JASON REDMOND

Agence France-Presse
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Longtemps cantonnée aux bars gais, la culture drag-queen se répand désormais comme une traînée de poudre aux États-Unis, au point de devenir un véritable écosystème, porté par la plus célèbre d'entre elles, RuPaul, et par son émission de télévision culte.

« Quand Drag Race a commencé, le public était composé d'hommes gais ou de gens de la communauté LGBT », explique la drag-queen Lady Quesa'Dilla, Alejandro Rodriguez à la ville, animatrice du festival de drag-queens Bushwig, organisé chaque année à Brooklyn depuis sept ans. « Aujourd'hui, c'est devenu grand public, et le coeur de l'auditoire, ce sont des collégiennes », s'enthousiasme-t-elle.

Qui a vu Aquaria, drag-queen vainqueure de la saison 10 de Drag Race, faire hurler d'excitation des adolescentes à son seul passage lors du DragCon de New York ne peut que confirmer. « J'aime le maquillage, les coiffures. Ce sont des choses que nous [les femmes] pouvons faire, explique Sarah, pas encore majeure. C'est un peu extrême, mais j'aime la créativité. »

Une ouverture aux femmes et aux transsexuels

Ils étaient près de 50 000 à la fin de septembre à se presser au DragCon de New York, salon voué aux drags, quatre mois après celui de Los Angeles, qui avait, lui, franchi ce seuil. « Je n'aurais pas parié là-dessus il y a encore cinq ans, s'étonne Raymond Alvarez, visiteur du DragCon de New York. C'est un peu surréaliste. »

L'histoire des drag-queens, personnes qui se construisent une identité fictive basée sur l'archétype de la féminité et se produisent souvent sur scène, est longue de plus d'un siècle, et ses origines sont incertaines. Jusqu'à récemment, elles étaient presque exclusivement associées au milieu homosexuel masculin et à une culture souterraine, que l'on voyait rejaillir ici ou là dans le divertissement grand public, notamment au cinéma avec le film La cage aux folles.

Drag Race, l'émission étendard

Mais à la faveur de l'émission Drag Race, télé-crochet lancé en 2009 sur la chaîne câblée VH1, le phénomène a pris une nouvelle ampleur. Pour sa dixième saison, diffusée au printemps, le programme a réuni en moyenne 723 000 téléspectateurs, un record. L'émission a aussi été consacrée en septembre aux prix Emmy, les récompenses de la télévision américaine, où elle a décroché le titre de meilleure émission de télé-réalité.

Jadis presque exclusivement masculin, le milieu accueille aussi aujourd'hui progressivement des transsexuels et des femmes, même si Drag Race reste réservé aux hommes.

« C'est une célébration de l'individualité, de l'être bizarre qui est en chacun de nous », estime Randy Barbato, cocréateur de Drag Race et de DragCon. Avec son partenaire en affaires Fenton Bailey et RuPaul, ils ont créé un véritable empire de drags, avec de multiples ramifications, y compris à l'étranger.

« C'est formidable, car cela nous permet d'en faire un boulot à plein temps, parce qu'il y a beaucoup plus de visibilité », reconnaît Lae D. Boi, drag-queen de Brooklyn, de passage à Bushwig.

Tout semble réussir à RuPaul Andre Charles, 57 ans, qui occupe la scène des drag-queens depuis 30 ans, porté par son charisme, sa personnalité truculente et un humour dévastateur. Netflix vient d'offrir à celui que la communauté des drags surnomme « Mama Ru » sa propre série de fiction, AJ and the Queen, qui débutera en 2019.

Des versions de Drag Race existent désormais en Thaïlande et au Chili, mais RuPaul, Fenton Bailey et Randy Barbato ne veulent pas s'arrêter là et songent à d'autres déclinaisons. Ils ont même lancé leur propre plateforme de vidéo en ligne, WOW Presents Plus, consacrée à Drag Race et à la culture LGBT.

Portrait de RuPaul portant un costume coloré. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

RuPaul Charles est l'animateur de la populaire émission « Drag Race ».

Photo : The Associated Press / Jordan Strauss

Un acte encore politique?

« C'est devenu un peu superficiel, regrette Raymond Alvarez. Aujourd'hui, beaucoup le font pour l'attention, parce que cela peut rapporter, alors qu'initialement, beaucoup de drags ne le faisaient pas pour l'argent, mais pour s'exprimer. »

La forte dimension politique de cette culture, historiquement très portée sur la revendication des droits des homosexuels, serait-elle désormais reléguée au second plan?« Le phénomène des drags, c'est la résistance, réplique Randy Barbato. Simplement, c'est la résistance avec de jolies couleurs et une attitude positive. Aux États-Unis, aujourd'hui, c'est plus important que jamais. »

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